Dans un secteur longtemps cantonné à un public professionnel, deux marques historiques de vêtements de travail, Kleman et Kidur, élargissent leur horizon en misant sur la durabilité et la qualité de leurs produits. Selon Libération, ces enseignes traditionnellement réservées aux ouvriers, aux agents de la SNCF ou aux professionnels du BTP, sortent désormais des usines pour conquérir une clientèle soucieuse de robustesse et d’éthique. Une stratégie qui s’inscrit en opposition frontale avec l’essor de la fast-fashion, souvent critiquée pour son manque de résistance et son impact environnemental.
Ce qu'il faut retenir
- Les marques Kleman et Kidur, historiquement orientées vers le vêtement de travail, diversifient leur clientèle.
- Leur argumentaire repose sur la durabilité et la solidité de leurs produits, en rupture avec la fast-fashion.
- Une manufacture de chaussures, autrefois dédiée aux agents de la SNCF, illustre cette transition.
Cette évolution n’est pas anodine. Elle s’appuie sur un constat partagé par une partie des consommateurs : l’obsolescence programmée des vêtements grand public. « Les gens en ont assez de racheter des chaussures tous les six mois », souligne un responsable de Kidur, cité par Libération. L’entreprise mise sur des matériaux résistants et des procédés de fabrication artisanale pour se différencier. Du côté de Kleman, la démarche est similaire : proposer des vestes et pantalons conçus pour durer des décennies, avec des coutures renforcées et des tissus épais.
Pourtant, cette transition n’a rien d’évident. Longtemps, ces marques ont vécu dans l’ombre des commandes institutionnelles. Les chaussures de sécurité pour les cheminots de la SNCF, les salopettes pour les mécaniciens ou les vestes de travail pour les ouvriers du bâtiment représentaient l’essentiel de leur activité. Aujourd’hui, elles doivent séduire un public plus large, tout en conservant leur image de sérieux et de fiabilité. Un défi que certaines commencent à relever avec succès.
Une manufacture de chaussures réinventée pour de nouveaux usages
Comme le rapporte Libération, la visite d’une manufacture emblématique de cette transformation permet de mesurer l’ampleur du changement. Installée dans la région lyonnaise, cette usine produisait autrefois des chaussures destinées aux agents de la SNCF. Aujourd’hui, elle diversifie sa gamme pour y intégrer des modèles grand public, vendus sous la marque Kidur. Les semelles en caoutchouc épais, les lacets renforcés et les cuirs traités pour résister aux intempéries restent des caractéristiques communes, mais les finitions et les couleurs s’adaptent aux goûts actuels.
« Nous avons gardé notre savoir-faire artisanal, mais nous avons adapté nos processus pour répondre à une demande plus exigeante en termes de design », explique un cadre de l’entreprise. Les ventes en ligne ont également pris une place centrale, permettant à ces marques de toucher des clients situés bien au-delà de leur bassin historique. En 2025, Kidur a enregistré une croissance de 25 % de son chiffre d’affaires, avec une part croissante de ventes directes aux particuliers.
Un marché en quête de sens, mais encore méconnu
Cette percée s’inscrit dans un contexte plus large où les consommateurs recherchent des alternatives à la production de masse. Selon une étude de l’ADEME publiée en 2024, près de 40 % des Français déclarent privilégier les produits durables, même si cela implique un surcoût. Les vêtements de travail, par leur conception même, répondent à cette attente : ils sont conçus pour être réparés, recyclés, et surtout, pour durer. Pourtant, ces marques peinent encore à émerger dans le paysage médiatique, éclipsées par les géants de la mode rapide.
« Le vêtement de travail a une image ringarde, mais c’est précisément cette image qui garantit sa qualité », estime un expert du secteur interrogé par Libération. Pour contourner ce préjugé, Kleman et Kidur misent sur des collaborations avec des designers ou des influenceurs spécialisés dans le lifestyle outdoor. Une stratégie qui commence à porter ses fruits, notamment auprès des jeunes actifs urbains en quête de pièces intemporelles.
Une chose est sûre : dans un marché de l’habillement en pleine mutation, les vêtements de travail ont encore de beaux jours devant eux — à condition de savoir se réinventer sans renier leurs fondamentaux.
D’après les données fournies par Kleman et Kidur, leurs produits sont conçus pour durer au moins dix ans, contre deux à trois ans pour la plupart des vêtements grand public. Leurs matériaux (cuir épais, tissus renforcés) et leurs méthodes de fabrication (assemblage artisanal) réduisent également l’empreinte carbone par rapport à une production de masse. Cependant, aucune certification indépendante n’a encore validé ces affirmations de manière systématique.