Pour la dixième fois en moins de deux jours, la capitale ukrainienne, Kyiv, s’est retrouvée paralysée vendredi sous les sirènes d’alerte aérienne. Selon nos confrères de Euronews FR, les habitants ont dû se réfugier à plusieurs reprises dans les abris, alors que la Russie lançait des vagues de drones vers la ville pour la deuxième journée consécutive.

Jeudi, Kyiv avait déjà connu une journée exceptionnelle, restant sous alerte aérienne pendant près de 15 heures, avec 13 alertes successives, selon le ministère ukrainien des Affaires étrangères. « Tout au long de la journée, les sirènes ont retenti à maintes reprises, la Russie lançant de petits groupes de drones vers la capitale ukrainienne. Chaque nouvelle menace mettait la population en danger et l’obligeait à chercher refuge », a indiqué le ministère dans un communiqué.

Ce qu’il faut retenir

  • Kyiv a subi au moins 23 alertes aériennes distinctes en moins de 48 heures, perturbant transports, travail et vie quotidienne.
  • La Russie a lancé 140 drones d’attaque entre 7 h et 19 h jeudi, dont plus de 100 drones à réaction, selon l’armée de l’air ukrainienne.
  • Une personne a été tuée et deux blessées dans la région de la capitale, tandis que 14 entrepôts, 16 maisons et trois immeubles d’habitation ont été endommagés.
  • Environ 90 % des installations modernes de stockage de marchandises en Ukraine ont été détruites par les frappes russes, selon le ministre de l’Agriculture ukrainien.

Une stratégie russe visant à épuiser les défenses et la population

D’après les responsables ukrainiens, la Russie a modifié sa tactique en utilisant des drones à réaction, capables d’atteindre des vitesses allant jusqu’à 500 km/h. Ces engins, bien plus rapides que les drones à hélice de type Shahed, dépassent la capacité des drones intercepteurs ukrainiens, limités à 300 km/h.

Cette méthode permet à Moscou de saturer les défenses aériennes et d’épuiser les forces ukrainiennes, comme l’a souligné Andrii Kovalenko, directeur du Centre ukrainien de lutte contre la désinformation : « Le but est d’épuiser la défense aérienne et la population ». Entre 7 h et 19 h jeudi, l’armée de l’air ukrainienne a comptabilisé plus de 100 drones à réaction parmi les 140 drones lancés, la majorité ciblant directement Kyiv.

Cette approche contraste avec les attaques massives en une seule salve, utilisées précédemment. Les vagues successives de drones, renouvelées sans cesse, prolongent les alertes aériennes et maintiennent la pression sur la ville et ses habitants.

Dégâts civils et perturbations logistiques majeures

Les frappes des deux derniers jours ont causé d’importants dégâts aux infrastructures civiles. Selon les autorités régionales, une personne a été tuée et deux autres blessées vendredi dans la région de Kyiv. Les destructions matérielles incluent 14 entrepôts, 16 maisons individuelles, trois immeubles d’habitation et 16 véhicules, endommagés ou détruits.

Les entrepôts et centres de distribution ont été particulièrement touchés. Taras Vysotskyi, ministre ukrainien de l’Agriculture, a indiqué que 90 % des installations modernes de stockage de marchandises en Ukraine avaient été détruites par les frappes russes. « Cela ne privera pas les Ukrainiens de nourriture, a-t-il précisé, mais cela oblige les distributeurs à réorganiser leurs chaînes d’approvisionnement, en livrant les produits directement des producteurs aux magasins. »

Les perturbations touchent également les transports. Ukrzaliznytsia, l’opérateur ferroviaire public, signale des retards importants dus aux alertes aériennes prolongées. Aucun train longue distance n’a été annulé, mais certains circulent avec plusieurs heures de retard, les opérations étant interrompues par les menaces récurrentes dans le ciel. Ces perturbations devraient se poursuivre au moins une journée supplémentaire, selon la compagnie.

Moscou maintient son discours sur les cibles militaires

Malgré les dégâts avérés causés à des logements, des écoles, des entrepôts et des entreprises, le Kremlin a réitéré vendredi sa position, affirmant que la Russie ciblait uniquement des infrastructures militaires ou liées au secteur militaire. « Les frappes sur Kyiv se poursuivent. Elles se poursuivent de manière systématique et délibérée », a déclaré Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. « Nous continuons de détruire les infrastructures militaires et paramilitaires. Nos militaires savent ce qu’ils font et comment ils le font. »

Cette affirmation contraste avec les images et rapports montrant des destructions civiles. Les attaques des deux derniers jours illustrent l’intensification des frappes russes utilisant des drones, une arme désormais centrale dans la stratégie de Moscou depuis plusieurs mois.

Et maintenant ?

Les autorités ukrainiennes et les observateurs internationaux surveillent de près l’évolution de cette tactique russe, qui pourrait se poursuivre dans les prochains jours. La question de l’adaptation de la défense aérienne ukrainienne, notamment face à la menace des drones à réaction, reste cruciale. Par ailleurs, les répercussions sur l’approvisionnement alimentaire du pays, bien que limitées à court terme, pourraient s’aggraver si les frappes sur les infrastructures de stockage se multiplient.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a convoqué une réunion d’urgence ce vendredi soir pour évaluer la situation et coordonner la réponse des autorités locales et nationales. Les prochaines 48 heures seront déterminantes pour évaluer l’ampleur des dégâts et l’efficacité des mesures prises.

Cette escalade des frappes intervient dans un contexte de tensions accrues entre Moscou et Kyiv, alors que les négociations de paix restent au point mort. Pour l’heure, la priorité des autorités ukrainiennes reste la protection de la population et la préservation des infrastructures essentielles, malgré les difficultés logistiques et humaines engendrées par ces attaques répétées.