La Banque centrale européenne (BCE) a réaffirmé, le 27 août 2026, que l’euro numérique offrirait « le niveau maximal de confidentialité permis par la technologie actuelle ». Une déclaration forte de Piero Cipollone, membre du directoire de l’institution, qui cherche à répondre aux inquiétudes croissantes autour de la surveillance des transactions avec cette future monnaie digitale. Selon nos confrères de Cryptoast, cette annonce intervient alors que le projet suscite des débats sur l’équilibre entre protection des données et obligations de lutte contre le blanchiment.
Ce qu'il faut retenir
- Deux modes de paiement pour l’euro numérique : un fonctionnement hors ligne et un en ligne, avec des niveaux de confidentialité distincts.
- En mode hors ligne, seuls le payeur et le bénéficiaire ont accès aux informations de transaction.
- En ligne, l’Eurosystème ne peut identifier directement les utilisateurs, mais les banques peuvent le faire pour des raisons réglementaires.
- L’euro numérique ne remplacera pas les espèces, précise la BCE, tout en soulignant que son infrastructure reste centralisée et soumise à des contrôles stricts.
- Les opérations de chargement et de retrait, même hors ligne, restent soumises aux règles anti-blanchiment.
Un fonctionnement différencié selon le mode de transaction
Pour répondre aux critiques sur la surveillance des paiements, Piero Cipollone a détaillé, dans un entretien publié ce lundi, le fonctionnement de l’euro numérique. Selon ses explications, cette monnaie digitale sera conçue pour opérer selon deux modes distincts : un mode hors ligne et un mode en ligne. Côté hors ligne, les transactions s’effectueront directement entre les individus, sans intermédiaire. Dans ce cas, les données liées au paiement resteront accessibles uniquement au payeur et au bénéficiaire, garantissant une confidentialité comparable à celle des espèces.
En revanche, en mode en ligne, l’Eurosystème ne pourra pas identifier directement les personnes effectuant ou recevant des fonds. Cipollone a précisé que « l’Eurosystème ne pourrait pas relier directement des individus précis à des transactions en euros numériques ». Une affirmation qui vise à rassurer sur le respect de la vie privée, alors que le projet suscite des interrogations sur son potentiel intrusif.
Un système qui sépare données et identités, mais sous contrôle bancaire
Derrière cette promesse de confidentialité, la BCE décrit en réalité une architecture où les données sont segmentées. L’Eurosystème traiterait les règlements sans connaître l’identité des utilisateurs, tandis que les banques, elles, conserveraient le lien entre une personne, son compte et ses paiements. Une séparation des rôles qui, selon l’institution, permettrait de concilier protection des données et conformité réglementaire.
Cipollone a rappelé que l’utilisation de l’euro numérique nécessiterait l’ouverture d’un compte auprès d’une banque ou d’un prestataire européen agréé. Même en mode hors ligne, les opérations de chargement ou de retrait resteraient soumises aux obligations de lutte contre le blanchiment d’argent. Une contrainte qui illustre les limites de la confidentialité promise : le contrôle reste exercé, mais décentralisé entre les mains des acteurs financiers.
Une infrastructure centralisée et soumise à la censure
Malgré les garanties avancées, l’euro numérique s’inscrit dans un cadre strictement encadré. La BCE a confirmé que l’Eurosystème centraliserait le traitement et la vérification de l’ensemble des règlements et des avoirs. Les banques, quant à elles, se chargeraient de la distribution de la monnaie, de la fourniture des portefeuilles numériques et serviraient d’interlocuteur principal pour les utilisateurs. Une organisation qui rappelle le modèle adopté par la Chine pour son e-yuan, souvent cité comme référence en matière de monnaie digitale de banque centrale (MNBC).
Ce choix de centralisation soulève des questions sur la censure potentielle. La BCE n’a pas détaillé les mécanismes de contrôle, mais son approche suggère que l’Eurosystème pourrait, le cas échéant, bloquer des transactions ou geler des fonds en cas de suspicion. Une caractéristique qui contraste avec les promesses d’autonomie et de confidentialité, et qui rappelle que la surveillance, même indirecte, reste possible.
« L’euro numérique garantit le niveau maximal de confidentialité que la technologie actuelle peut offrir. »
— Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE
Une confidentialité supérieure aux virements classiques, mais pas absolue
La BCE met en avant que l’euro numérique offrirait une protection supérieure à celle d’un virement bancaire traditionnel. En effet, en mode en ligne, l’Eurosystème ne pourrait pas accéder directement aux identités des utilisateurs. Cependant, les banques, en tant qu’intermédiaires obligatoires, conserveraient la capacité d’identifier leurs clients, notamment pour appliquer les réglementations anti-blanchiment. Une nuance importante : la confidentialité dépendra donc largement de la confiance accordée aux établissements financiers.
Cette architecture soulève un paradoxe. D’un côté, la BCE promet un outil respectueux de la vie privée, de l’autre, elle reconnaît que les banques pourront lever le voile sur l’identité des utilisateurs en cas de nécessité. Une situation qui pourrait limiter l’attractivité de l’euro numérique auprès des citoyens les plus soucieux de leur anonymat.
Pour l’instant, les débats sur l’euro numérique restent vifs, entre espoirs de modernisation des paiements et craintes d’un outil de contrôle accru. Une chose est certaine : cette monnaie, si elle voit le jour, redéfinira les équilibres entre vie privée et régulation financière en Europe.
Non, la BCE a confirmé que l’euro numérique ne remplacera pas les espèces. Piero Cipollone a précisé que les deux moyens de paiement coexisteraient, chacun répondant à des usages différents.
En mode hors ligne, seuls le payeur et le bénéficiaire ont accès aux données. En ligne, l’Eurosystème ne peut identifier directement les utilisateurs, mais les banques peuvent le faire pour des raisons réglementaires, notamment la lutte contre le blanchiment.