Avec plus de 160 styles reconnus et une histoire vieille de plus de 10 000 ans, la bière s’affirme aujourd’hui comme un univers bien plus complexe qu’une simple boisson de convivialité, selon Euronews FR. À l’occasion de la Journée internationale de la bière, célébrée chaque premier vendredi d’août, les amateurs et les professionnels mettent en lumière la richesse sensorielle, culturelle et gastronomique de ce breuvage, souvent sous-estimée face au vin sur certains marchés traditionnels comme le Portugal.

Ce qu'il faut retenir

  • La Journée internationale de la bière, créée en 2007 à Santa Cruz (Californie), est désormais célébrée dans plus de 50 pays.
  • La bière repose sur quatre ingrédients naturels – eau, malt, houblon et levure – dont les combinaisons génèrent plus de 160 styles.
  • Le Portugal reste un marché largement dominé par les bières pilsner, mais la diversité des styles gagne du terrain, notamment à travers les accords mets-bière.
  • Les traditions brassicoles se divisent entre le Vieux Monde (Europe, notes classiques) et le Nouveau Monde (États-Unis, houblons intenses et fruités).
  • Une dégustation rigoureuse de bière mobilise les cinq sens et peut durer jusqu’à 20 minutes.

Une journée dédiée à un héritage millénaire

Initiée en 2007 par un groupe d’amis à Santa Cruz, en Californie, la Journée internationale de la bière est devenue un rendez-vous mondial. Elle rassemble désormais des consommateurs et des professionnels dans plus de 50 pays, souligne Euronews FR. Cette date met en avant une boisson aux multiples facettes, bien au-delà de son image de breuvage informel ou festif.

Filipa Santos, beer sommelier et brand manager de la marque portugaise Sagres, explique que l’intérêt pour la bière naît souvent de la découverte de sa complexité. « Des ingrédients aux différentes écoles brassicoles, la boisson offre une diversité qui va du classique européen aux interprétations contemporaines du *Nouveau Monde* », précise-t-elle. Son parcours, marqué par plus de 20 ans dans le marketing et une spécialisation dans le secteur brassicole depuis 2011, reflète cette évolution.

Quatre ingrédients, une infinité de possibilités

La bière repose traditionnellement sur quatre éléments naturels : l’eau, le malt, le houblon et la levure. Pourtant, leurs combinaisons et leurs proportions varient considérablement selon les styles et les traditions locales. « La différence tient au rôle de premier plan que chaque ingrédient assume ensuite, selon les écoles et le style », explique Filipa Santos.

L’eau, qui représente 93 % de la composition d’une bière, joue un rôle clé. Pour une pilsner, une bière peu amère et polyvalente, on utilise une eau douce afin de ne pas altérer l’équilibre du malt. À l’inverse, une bière comme la Guinness ou une stout nécessite une eau dure, riche en minéraux, pour renforcer l’intensité et la complexité des saveurs. Le malt, généralement issu d’orge mais aussi de blé ou d’autres céréales, détermine la couleur et les notes céréalières, évoquant parfois le pain grillé ou les céréales fraîches.

Le houblon apporte son lot d’amertume et d’arômes, allant des notes herbacées ou florales aux profils plus fruités ou citronnés. Quant à la levure, elle transforme les sucres en alcool et en gaz carbonique, tout en influençant le profil final. « Elle peut être la protagoniste, comme dans les bières belges, où l’on retrouve des notes de clou de girofle, d’épices ou de banane », détaille la spécialiste.

Un univers de plus de 160 styles, du classique au contemporain

À partir de ces quatre ingrédients, plus de 160 styles de bière sont aujourd’hui reconnus. Pourtant, certains marchés restent ancrés dans des habitudes bien précises. Au Portugal, par exemple, les bières pilsner, légères et rafraîchissantes, dominent largement le paysage. Mais cette diversité ne se limite pas à une seule catégorie. Parmi les styles les plus populaires figurent les IPA (India Pale Ale), aux arômes intenses de houblon, les stout, foncées et aux notes de café ou de chocolat, ou encore les weissbier, des bières de blé plus douces et fruitées.

Ces variations reflètent des traditions brassicoles géographiques distinctes. Dans le Vieux Monde, les styles classiques mettent en avant le malt et les bières de blé, souvent troubles et légèrement sucrées. En Allemagne, les witbier (couleur jaune paille à doré clair) et les weissbier (doré à ambré), non filtrées, sont emblématiques. La pilsner, quant à elle, est née à Pilsen, en Tchéquie, et incarne aujourd’hui un standard sur de nombreux marchés.

En Angleterre, en Écosse et en Irlande, la bière est fortement liée au malt, en partie à cause de l’histoire de ces pays dans la production de whisky. Les houblons anglais, souvent terreux, reflètent cette tradition. En Belgique et en France, les brasseurs misent sur l’originalité et les mélanges audacieux, comme la fermentation spontanée, qui donne naissance à des bières complexes et acidulées, parfois agrémentées de fruits fermentés, telles les kriek, à base de cerises.

Le Nouveau Monde, laboratoire d’innovation et de saveurs intenses

Le Nouveau Monde – avec les États-Unis, le Brésil ou le Japon en tête – a révolutionné l’approche de la bière en réinterprétant les styles classiques. L’exemple le plus frappant est l’IPA, originaire d’Angleterre mais profondément transformée par les brasseurs américains. Ces derniers ont introduit des houblons aux profils plus tropicaux et intenses, comme ceux cultivés dans la Yakima Valley, aux États-Unis. « Comme pour le vin, le houblon reflète le terroir où il est cultivé, offrant des arômes qui correspondent aux préférences des nouveaux consommateurs », souligne Filipa Santos.

Une dégustation qui sollicite tous les sens

Comprendre la bière ne se limite pas à connaître ses styles ou ses origines. La dégustation est un art qui mobilise les cinq sens. Filipa Santos recommande de ne pas remplir le verre jusqu’au bord et d’utiliser un verre adapté, proche d’un verre à vin blanc, pour mieux capter les arômes. « Le choix du verre est crucial pour libérer les notes aromatiques », explique-t-elle.

La dégustation commence par l’observation : couleur, limpidité, turbidité et formation de mousse. Le toucher permet ensuite de vérifier si la bière est à la bonne température. L’ouïe entre en jeu pour évaluer l’expressivité des bulles de gaz. Vient ensuite l’arôme, où l’on peut identifier des notes citronnées, tropicales, grillées ou épicées. Le goût confirme ou infirme les impressions olfactives, tandis que le rétro-nasal – l’arôme qui remonte dans le nez en fin de dégustation – est essentiel pour apprécier pleinement la bière. « Une dégustation rigoureuse peut durer 20 minutes ou plus », précise la beer sommelier.

De la convivialité aux accords mets-bière, une boisson en pleine réinvention

Longtemps associée aux moments de détente ou de socialisation, la bière gagne du terrain dans de nouveaux contextes, notamment à table. « La bière est un liant social, un désinhibiteur qui reste liée à la convivialité, mais elle gagne aussi en polyvalence », observe Filipa Santos. Les accords mets-bière se multiplient, allant des bières légères avec des fruits de mer aux associations plus audacieuses, comme une bière noire avec un pastel de nata, ce gâteau traditionnel portugais.

Les habitudes de consommation évoluent également. « Nous avons un consommateur plus attentif à son mode de vie, plus rigoureux dans ses choix », note la spécialiste. Cette tendance se traduit par la croissance des bières sans alcool ou à faible taux d’alcool, une catégorie en plein essor, comme dans d’autres segments de boissons alcoolisées. « Les spiritueux et les vins proposent déjà des versions à 0,0 %, et la bière suit cette dynamique », ajoute-t-elle.

Service et expérience : les clés d’une dégustation réussie

Pour que la qualité d’une bière soit pleinement appréciée, son service est primordial. « Une bonne bière mal servie ne rendra pas justice au produit », insiste Filipa Santos. Cela implique d’utiliser le bon verre, de respecter la température idéale et d’adopter des gestes comme faire tourner le verre pour libérer les arômes. « Le *perfect serve* est un enjeu majeur pour valoriser l’expérience », souligne-t-elle.

Malgré ces avancées, certains préjugés persistent, notamment l’idée que la bière serait moins sophistiquée que le vin. « Ce stigmate n’a pas lieu d’être. Il reflète surtout un manque de connaissance. La bière possède une richesse historique et une diversité encore trop peu reconnues », conclut la spécialiste.

Et maintenant ?

Le marché de la bière continue d’évoluer, porté par l’innovation et une demande croissante pour des produits plus diversifiés et adaptés aux nouveaux modes de consommation. Les prochains mois pourraient voir une accélération des accords mets-bière dans la restauration, ainsi qu’une généralisation des bières sans alcool, notamment dans les événements dédiés. Reste à observer si cette tendance se confirmera lors des prochaines éditions de la Journée internationale de la bière, prévue chaque premier vendredi d’août.

En conclusion, la bière, bien plus qu’une boisson, est un véritable héritage culturel et gastronomique, dont la complexité et la diversité méritent d’être explorées au-delà des clichés. À l’heure où les consommateurs recherchent des expériences authentiques et informées, elle a toutes les cartes en main pour s’imposer comme une alternative sérieuse au vin.

Dans le Vieux Monde, les styles les plus emblématiques incluent les pilsner (originaires de Tchéquie), les witbier et weissbier (Allemagne et Belgique), ainsi que les bières de fermentation spontanée comme les kriek (Belgique). Ces bières se distinguent par des notes souvent maltées, légèrement sucrées ou fruitées, et une forte tradition brassicole locale.

Filipa Santos recommande d’utiliser un verre proche d’un verre à vin blanc, sans le remplir jusqu’au bord. Le choix du verre dépend aussi du style : par exemple, une stout sera mieux servie dans un verre à pied large pour concentrer ses arômes, tandis qu’une pilsner se dégustera dans un verre haut et étroit pour préserver sa fraîcheur.