Les échanges commerciaux et les investissements chinois en Afrique atteignent des niveaux historiques, selon RFI. Pékin présente cette dynamique comme un partenariat équilibré, où chaque partie y trouverait son compte. Pourtant, derrière les chiffres flatteurs se cachent des réalités contrastées, avec une fracture marquée entre les pays exportateurs de matières premières et ceux qui en sont dépourvus.
Ce qu'il faut retenir
- La Chine réalise des échanges commerciaux records avec l’Afrique, dépassant les 200 milliards de dollars en 2025, selon les données officielles chinoises.
- Pékin investit massivement dans les secteurs miniers, énergétiques et infrastructurels des pays riches en ressources naturelles.
- Les pays africains non dotés de matières premières stratégiques peinent à bénéficier de cette manne économique.
- Xavier Aurégan, géographe spécialiste des relations Chine-Afrique, analyse cette dynamique comme un déséquilibre structurel.
- Les dettes contractées par certains États africains envers la Chine suscitent des interrogations sur leur soutenabilité à long terme.
Une relation économique en pleine expansion
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, le volume des échanges entre la Chine et l’Afrique a atteint 280 milliards de dollars, un record historique, selon les données du ministère chinois du Commerce. Ces échanges couvrent aussi bien les importations de pétrole, de minerais ou de produits agricoles que les exportations de machines, de technologies ou de biens manufacturés chinois. Pékin met en avant cette croissance comme la preuve d’un partenariat « gagnant-gagnant », où chaque continent y trouverait un intérêt économique.
Pourtant, cette relation, souvent présentée comme équilibrée, cache des asymétries. « La Chine a besoin des matières premières africaines, et l’Afrique a besoin des investissements chinois », explique Xavier Aurégan, géographe spécialiste des relations sino-africaines et chercheur associé à l’Institut français de géopolitique. « Mais cette dépendance mutuelle n’est pas toujours synonyme d’équité. »
Les pays riches en ressources, principaux bénéficiaires
Les pays africains dotés de ressources naturelles stratégiques, comme le pétrole, le gaz, le cobalt ou le cuivre, sont les principaux bénéficiaires de cette dynamique. L’Angola, le Nigeria, la RDC ou encore la Zambie voient affluer les investissements chinois dans leurs secteurs miniers et énergétiques. En RDC, par exemple, les entreprises chinoises contrôlent désormais près de 80 % de la production de cobalt, un métal essentiel pour les batteries de véhicules électriques.
Ces investissements s’accompagnent souvent de contrats à long terme, garantissant à Pékin un accès privilégié à ces ressources. « La Chine ne se contente pas d’acheter des matières premières, elle construit aussi des infrastructures en échange », précise Aurégan. « Cela lui permet de sécuriser ses approvisionnements tout en gagnant en influence politique sur le continent. »
Les autres pays africains, laissés pour compte ?
À l’inverse, les pays africains qui ne disposent pas de ressources naturelles stratégiques peinent à attirer l’attention de Pékin. Le Sénégal, l’Éthiopie ou le Kenya, bien que dynamiques économiquement, ne bénéficient pas des mêmes flux d’investissements chinois. « Les pays comme le Tchad, le Mali ou le Niger, qui ne disposent pas de pétrole ou de minerais recherchés, sont souvent relégués au second plan », souligne Aurégan. « Ils n’ont pas la même attractivité pour les entreprises chinoises, qui privilégient les secteurs à forte valeur ajoutée. »
Cette situation creuse les écarts entre les pays africains, certains s’enrichissant grâce aux ressources naturelles tandis que d’autres restent dépendants de l’aide internationale ou des investissements limités. « Le risque, c’est que l’Afrique se retrouve divisée entre une poignée de pays riches en ressources et une majorité de pays marginalisés », avertit le géographe.
Des dettes qui interrogent
Autre sujet de préoccupation : l’endettement croissant de certains États africains envers la Chine. Selon un rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), le volume de la dette africaine envers Pékin a dépassé 140 milliards de dollars en 2025. Si certains prêts chinois sont consentis à des taux préférentiels, d’autres suscitent des interrogations sur leur soutenabilité.
« Certains pays africains, comme le Kenya ou l’Angola, ont contracté des dettes importantes pour financer des projets d’infrastructures », explique Aurégan. « Mais si les revenus générés par ces projets ne suffisent pas à rembourser la dette, la situation peut devenir critique. »
Pour Xavier Aurégan, une chose est certaine : « Si l’Afrique ne diversifie pas son économie et ne renforce pas ses capacités de transformation locale, elle restera prisonnière de ce modèle de dépendance. » Une réflexion que Pékin et les dirigeants africains devront prendre en compte pour éviter que cette relation ne se transforme en un piège économique.
Les secteurs miniers (pétrole, gaz, cobalt, cuivre) et énergétiques concentrent l’essentiel des investissements chinois. Les infrastructures (routes, ports, chemins de fer) représentent également une part significative, souvent liée à des contrats « ressources contre infrastructures ».