La « Bear Week » de Provincetown, dans le Massachusetts, célèbre chaque été la diversité corporelle au sein de la communauté LGBTQI+, en mettant en avant les hommes gays ou bisexuels enrobés et poilus. Mais cette année, l’événement a pris une tout autre dimension, sous l’effet des traitements antiobésité à base de GLP-1 comme l’Ozempic ou le Wegovy. Selon Courrier International, qui reprend des témoignages du New York Times et du quotidien allemand Tagesspiegel, cette révolution médicale transforme durablement une communauté qui s’était construite autour de l’acceptation de corps non conformes aux standards de minceur.

Ce qu'il faut retenir

  • Les traitements à base de GLP-1, comme l’Ozempic, sont de plus en plus utilisés aux États-Unis, où 11 % de la population en prendrait, selon les données disponibles.
  • La « Bear Week » de Provincetown, qui fête son 25e anniversaire en 2026, a été marquée cette année par la présence massive de participants sous traitement amaigrissant.
  • Des figures de la communauté, comme René Alvarez, ont perdu jusqu’à 68 kg grâce à ces médicaments, suivis d’interventions chirurgicales pour retirer l’excès de peau.
  • Des bears historiques, comme Charlie Nuttall, s’interrogent sur l’avenir de leur « tribu », estimant avoir perdu leur identité corporelle et sociale.
  • Les débats au sein de la communauté portent autant sur les bénéfices santé de ces traitements que sur leur impact culturel et identitaire.

Une communauté fondée sur l’acceptation des corps non conformes

Les « bears » forment une sous-culture au sein de la communauté LGBTQI+ qui valorise les corps plus enrobés, souvent associés à une image plus mature, poilue et moins soumise aux canons de beauté traditionnels. Comme l’explique le Tagesspiegel, ces hommes ont historiquement constitué leur propre espace pour lutter contre l’exclusion liée à des idéaux de minceur jugés trop rigides. Aux côtés des bears, on trouve aussi les « otters » (sveltes et poilus) ou les « twinks » (minces et imberbes), chacun correspondant à des codes esthétiques précis.

Thomas, un bear berlinois interrogé par le Tagesspiegel en juillet 2026, rappelle que cette communauté se veut inclusive : « Fondamentalement, tout le monde peut faire partie des ‘ours’ : même ceux qui ne correspondent pas aux attributs des ursidés s’y sentent accueillis. » Sascha Osmialowski, DJ et bear, ajoute que l’on peut y vieillir, prendre quelques kilos ou voir ses cheveux grisonner sans cesser d’y être accepté : « C’est un espace où l’on se sent toujours le bienvenu. »

L’Ozempic s’invite dans la fête : une « Bear Week » méconnaissable

La « Bear Week » de Provincetown, événement emblématique de la communauté, célèbre cette année un quart de siècle d’existence. Pourtant, comme le rapporte le New York Times le 17 juillet 2026, impossible d’échapper cette fois aux médicaments amaigrissants. René Alvarez, 54 ans, présent sur la plage de la station balnéaire, a perdu 68 kg grâce à un traitement au GLP-1 et à trois interventions chirurgicales pour retirer l’excès de peau. Il confie au quotidien new-yorkais : « C’est une Bear Week d’un tout autre genre. »

Al Parker, originaire de Raleigh en Caroline du Nord, distribue des flyers pour des « croisières en bateau pour les ours » à destination des îles britanniques et de l’Alaska. Lui-même prend du Zepbound, un autre médicament antiobésité à base de GLP-1. Sa présence illustre la porosité croissante entre les espaces dédiés à la culture bear et l’usage de ces traitements.

Des divisions émergentes au sein d’une communauté unie

Si certains bears saluent les bienfaits de ces médicaments pour la santé, d’autres s’interrogent sur leur impact identitaire. Michael, un bear de 48 ans, comprend ceux qui ont choisi de perdre du poids pour des raisons médicales : « Si les gens se sentent mieux, tant mieux pour eux. » Cependant, il précise ne pas avoir l’intention de « coucher avec des mecs maigres », préférant rester fidèle à ses partenaires plus corpulents. Stephen, son compagnon, constate d’ailleurs avoir « plus de succès » depuis que les bears enrobés se font plus rares.

Ces transformations ne laissent personne indifférent. Charlie Nuttall, 39 ans, se définit comme un « ourson », une sous-catégorie des bears. Après avoir perdu 97,5 kg grâce à une chirurgie bariatrique et à des traitements au GLP-1, il déclare au New York Times : « J’ai l’impression d’avoir perdu ma tribu. » Mesurant 1,98 m pour 108 kg avant sa perte de poids, il représente l’archétype du bear traditionnel, aujourd’hui en voie de disparition dans les rassemblements estivaux.

Un phénomène qui dépasse le cadre des fêtes communautaires

Les traitements à base de GLP-1, tels que l’Ozempic ou le Wegovy, ont révolutionné la prise en charge de l’obésité, un problème de santé publique touchant 1 milliard de personnes dans le monde en 2022, selon l’Organisation mondiale de la santé. Aux États-Unis, leur adoption massive — 11 % de la population — reflète une tendance plus large à l’usage de ces médicaments pour des raisons à la fois médicales et esthétiques.

Pour les bears, cette évolution pose une question délicate : ces traitements, en modifiant les physiques, risquent-ils de faire disparaître une culture fondée sur l’acceptation des corps non minces ? Le New York Times rapporte que des discussions informelles ont eu lieu lors de la « Bear Week » sur ce thème, certains évoquant même un scénario futuriste : « Des ‘ours’ sous Ozempic. C’est un film d’horreur », ironise Kevin Healy, un banquier d’affaires new-yorkais présent à l’événement.

Et maintenant ?

La question de l’avenir de la communauté bear se pose désormais à l’aune de ces transformations. Si les bienfaits santé des traitements au GLP-1 ne sont plus à démontrer, leur impact culturel reste à évaluer. Les prochains rassemblements, comme la « Bear Week » de 2027, pourraient révéler si cette sous-culture parvient à s’adapter ou si elle doit se réinventer. Une chose est sûre : l’équilibre entre santé individuelle et préservation d’une identité collective sera au cœur des débats.

L’évolution de cette communauté illustre plus largement les tensions actuelles entre santé publique, normes sociales et diversité corporelle. Alors que les traitements amaigrissants continuent de gagner en popularité, leur intégration dans des espaces comme la « Bear Week » pourrait bien redéfinir les contours de l’acceptation de soi et des autres.

L’article cite principalement l’Ozempic et le Wegovy, deux médicaments antiobésité agissant sur le récepteur du GLP-1 (glucagon-like peptide-1). Il mentionne également le Zepbound, un autre traitement de cette famille utilisé par certains participants à la « Bear Week » de Provincetown.