À partir de ce mercredi 2 septembre 2026, les salles françaises découvrent « La Dernière patiente », premier long-métrage de fiction de Rémi Bassaler. Comme le rapporte Franceinfo - Culture, ce drame haletant explore, sur un rythme de 24 heures chrono, les conséquences du délitement des services publics médicaux, en particulier dans les quartiers populaires, à travers le parcours croisé d’une médecin en fin de carrière et d’une jeune femme enceinte en détresse.
Porté par une Anouk Grinberg en retraitée du soin au caractère trempé et une Luàna Bajrami intense en future mère livrée à elle-même, le film s’impose comme une plongée réaliste dans les failles d’un système de santé à bout de souffle. L’œuvre, tournée dans un immeuble HLM de Nancy voué à la démolition, s’attache à dépeindre une sororité née de la précarité et de la violence institutionnelle, le tout sur fond d’hôpital en grève et de désert médical grandissant.
Ce qu'il faut retenir
- Première fiction de Rémi Bassaler, réalisateur formé à la Fémis et passé par le documentaire, qui signe ici un récit ancré dans le réalisme social
- Le film suit Judith (Anouk Grinberg), médecin de 30 ans d’expérience en banlieue nancéienne, qui doit fermer son cabinet la veille de sa retraite
- Aïda (Luàna Bajrami), enceinte de huit mois, se présente à son interphone en pleine nuit : aucun service médical ne peut la prendre en charge
- Sur 24 heures, le duo affronte les conséquences d’un système de santé défaillant, des violences conjugales et une remise en question des principes médicaux
- Le film met en scène la dégradation d’un immeuble HLM, symbole de l’abandon des territoires et des populations
- Sortie nationale prévue le 2 septembre 2026 par le distributeur Tandem
Un huis clos médical dans un décor en voie de disparition
Réalisé par Rémi Bassaler, « La Dernière patiente » s’ouvre sur un constat implacable : un médecin, Judith, s’apprête à quitter un quartier de Nancy où elle a exercé pendant trois décennies. Son cabinet, adossé à un appartement délabré dans un immeuble HLM condamné, incarne à lui seul le désert médical qui gagne du terrain en France. Anouk Grinberg, cheveux blancs courts et allure austère, campe ce personnage de praticienne endurcie, dont la carapace professionnelle masque mal l’épuisement et l’attachement viscéral à son métier.
Le film s’installe dans ce décor dès les premières minutes : l’immeuble, déjà en partie évacué, est en cours de démolition. Judith, qui doit rendre les clés le lendemain, découvre qu’une femme enceinte de huit mois, Aïda, a tenté de joindre tous les services médicaux de la ville en vain. Ni les hôpitaux, ni les gynécologues, ni même les médecins de garde ne peuvent – ou ne veulent – répondre à son urgence. Face à cette situation, la médecin, à contrecœur, accepte de s’impliquer bien au-delà du cadre professionnel, prolongeant ainsi son activité alors qu’elle s’apprêtait à tourner la page.
Une nuit pour interroger le serment d’Hippocrate
Le récit, qui couvre une journée et une nuit, bascule progressivement d’un drame médical à une confrontation humaine et morale. « Je sais ce que je dois faire et je gère », lance Judith à son fils, également médecin, lorsqu’il lui reproche de dépasser les limites de sa mission. Pourtant, cette affirmation, d’abord présentée comme une évidence, se fissure au fil des heures. Le film questionne jusqu’où peut aller l’obligation de soigner dans un contexte où les règles institutionnelles s’effritent.
Derrière la rigidité apparente de Judith se cache une détermination à protéger Aïda, dont la situation révèle une violence conjugale insidieuse. Le compagnon de la jeune femme, Maël (interprété par Félix Lefebvre), incarne l’oppresseur manipulateur, brandissant l’amour comme alibi à ses comportements abusifs. Si le personnage manque parfois de subtilité, il sert de catalyseur à la transformation de Judith, qui passe d’une posture professionnelle distante à une solidarité active avec sa patiente.
Deux actrices au sommet de leur art
Le film repose en grande partie sur les épaules de ses deux interprètes principales. Anouk Grinberg, habituellement associée à des rôles de femmes fortes et réservées, offre ici une performance remarquable de complexité. Son Judith oscille entre autorité médicale et vulnérabilité cachée, une dualité que le réalisateur a su mettre en valeur. « La Dernière patiente » marque ainsi un tournant dans la carrière de l’actrice, habituellement plus présente au théâtre ou dans des seconds rôles.
Face à elle, Luàna Bajrami, déjà saluée pour son interprétation dans « L’Événement » (2021) et « Vie privée » (2026), livre une prestation tout en nuances. Son Aïda est à la fois une survivante et une femme en proie au doute, déchirée entre sa peur de Maël et son besoin de protection. Le duo, malgré les différences de jeu, crée une alchimie rare, soulignant la force du lien qui les unit dans l’adversité.
Un premier film ancré dans l’urgence sociale
Pour Rémi Bassaler, « La Dernière patiente » est une œuvre de commande autant qu’un manifeste. Le réalisateur, après s’être consacré au documentaire, transpose dans cette fiction son observation des dysfonctionnements du système de santé français. Le film aborde des thèmes contemporains comme la désertification médicale, les violences faites aux femmes ou encore l’abandon des territoires, le tout dans un réalisme cru qui rappelle les origines documentaires de Bassaler.
Le choix d’un format court – 1h20 – permet de maintenir une tension narrative constante, entre les urgences médicales, les tensions psychologiques et la dégradation physique de l’immeuble. Le spectateur est ainsi plongé dans un sentiment d’étouffement, à l’image des personnages, pris au piège d’un système qui les dépasse. Le film évite cependant le misérabilisme grâce à une écriture sobre et des dialogues percutants, qui laissent une large place à l’interprétation des acteurs.
Avec « La Dernière patiente », Rémi Bassaler signe un premier long-métrage percutant, où la fiction sert de miroir à une réalité sociale souvent ignorée. Entre huis clos et drame intimiste, le film rappelle que le cinéma peut être un outil de prise de conscience, à condition de ne pas tomber dans le piège du pathos. Reste à savoir si le public répondra présent à ce rendez-vous avec un cinéma exigeant, mais nécessaire.
À ce jour, le réalisateur n’a pas annoncé de nouveau projet. Son premier long-métrage pourrait cependant ouvrir des portes dans le milieu du cinéma social, un genre en plein essor. Pour l’instant, Bassaler reste concentré sur la promotion de son film et les retours du public.
Les deux actrices n’ont pas évoqué de collaboration future dans l’immédiat. Luàna Bajrami est attendue dans plusieurs projets pour 2027, tandis qu’Anouk Grinberg devrait revenir au théâtre. Leur duo dans « La Dernière patiente » pourrait cependant laisser des traces dans leurs carrières respectives.