La Réserve fédérale américaine (Fed) devrait, selon les prévisions majoritaires des économistes, maintenir ses taux d’intérêt inchangés lors de sa réunion de politique monétaire prévue ce mercredi 9 août 2026, malgré un contexte marqué par une inflation toujours supérieure à l’objectif de 2 %. Cependant, l’incertitude persiste, avec une probabilité estimée à 32 % par les marchés d’une hausse des taux dès cette semaine, selon les données compilées par Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • La Fed devrait maintenir ses taux entre 3,50 % et 3,75 %, un niveau inchangé depuis décembre 2025.
  • Les marchés anticipent une probabilité de 32 % pour une hausse immédiate et de 76 % pour septembre, selon l’outil CME FedWatch.
  • L’inflation globale aux États-Unis s’établit à 3,5 % sur un an en juin, contre 4,2 % en mai, grâce à la baisse des prix de l’énergie.
  • Les tensions au Moyen-Orient, les droits de douane de Donald Trump et l’essor des centres de données pour l’IA alimentent les pressions inflationnistes.
  • Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a affiché une « aucune tolérance » pour une inflation élevée lors d’une audition au Congrès ce mois-ci.

Cette décision intervient dans un environnement économique et géopolitique particulièrement complexe. Alors que la Fed approche de sa réunion de cette semaine, la question centrale reste : ses responsables sont-ils prêts à tolérer une inflation toujours élevée ou vont-ils agir pour la ramener vers leur cible de 2 % ? Pour l’heure, les signes penchent vers une attente, même si le risque d’une hausse en septembre est désormais largement intégré dans les prévisions.

Un contexte économique sous haute tension

La réunion de cette semaine s’inscrit dans un contexte où l’inflation, bien qu’en légère baisse en juin, reste 1,5 point au-dessus de l’objectif de la Fed. Après plus de cinq ans passés à ce niveau, les responsables monétaires américains semblent divisés entre la nécessité de maintenir une stabilité économique et celle de répondre à la frustration croissante face à la persistance des hausses de prix. « La patience des responsables face à une inflation élevée et persistante est globalement épuisée », soulignent Joseph Egelhof et Guneet Dhingra, économistes chez BNP Paribas Securities, dans une note publiée ce mois-ci.

Plusieurs facteurs expliquent cette situation. D’abord, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment la guerre entre Israël et l’Iran, ont provoqué une remontée des prix du pétrole, alimentant les craintes d’une nouvelle accélération de l’inflation. Ensuite, les mesures protectionnistes mises en place par le président Donald Trump, sous forme de droits de douane sur les biens étrangers, continuent de peser sur les coûts des importations. Enfin, l’explosion des investissements dans les centres de données, tirée par le développement de l’intelligence artificielle, a entraîné une hausse des prix des puces informatiques, des équipements et de l’électricité, contribuant à maintenir la pression inflationniste.

Des indicateurs récents qui laissent une marge de manœuvre

Le rapport sur l’inflation de juin, publié ce mois-ci, a apporté un élément de soulagement temporaire. L’inflation globale est tombée à 3,5 % sur un an, contre 4,2 % en mai, tandis que l’inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils de l’énergie et de l’alimentation, s’est établie à 2,6 %, contre 2,9 % le mois précédent. Cette amélioration est principalement attribuée à la baisse des prix de l’énergie. « La logique en faveur du statu quo repose en partie sur cette accalmie des chiffres de l’inflation de juin », explique Padhraic Garvey, responsable régional de la recherche pour les Amériques chez ING.

Ce recul a permis à la Fed de gagner un peu de temps, d’autant que la trêve apparente dans les hostilités entre les États-Unis et l’Iran a également contribué à apaiser les craintes d’une nouvelle flambée des prix de l’énergie. Cependant, Garvey met en garde : « D’un point de vue macroéconomique, l’économie américaine montre des vulnérabilités en dehors du secteur technologique ». Une remarque qui rappelle que les risques de ralentissement ne sont pas négligeables, notamment en raison des incertitudes persistantes sur le front commercial et géopolitique.

Les attentes des marchés et les prochaines étapes

Si la plupart des économistes s’accordent à dire que la Fed maintiendra ses taux à leur niveau actuel ce mercredi, les marchés restent prudents. Selon l’outil CME FedWatch, qui agrège les anticipations des opérateurs de Wall Street, 30 % d’entre eux estiment qu’une hausse est possible dès cette semaine, tandis que 76 % anticipent un relèvement en septembre. Une majorité qui reflète l’incertitude persistante quant à la trajectoire future de la politique monétaire américaine.

Les prochains indicateurs économiques, qui seront publiés dans les prochaines 48 heures, pourraient jouer un rôle clé dans la décision finale. Jeudi, le département du Commerce publiera sa première estimation de la croissance du PIB américain pour le deuxième trimestre, tandis que l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) – la mesure de l’inflation privilégiée par la Fed – sera dévoilé pour le mois de juin. Ces données permettront aux responsables monétaires d’affiner leur analyse et de déterminer si une action immédiate est nécessaire ou si une attente supplémentaire est justifiée.

« Fixer l’inflation d’un œil sévère en attendant qu’elle fonde sous notre regard implacable n’est pas une option », a déclaré ce mois-ci Christopher Waller, membre influent du conseil des gouverneurs de la Fed, lors d’un discours. Son intervention souligne la fermeté croissante au sein de l’institution, alors que l’inflation reste un sujet de préoccupation majeure.

Et maintenant ?

Si la Fed devait décider de maintenir ses taux inchangés ce mercredi, l’attention se porterait immédiatement sur la réunion de septembre, où une hausse serait largement anticipée par les marchés. Les prochains rapports sur l’inflation et la croissance économique, ainsi que l’évolution des tensions géopolitiques, seront déterminants pour éclairer cette décision. En attendant, les investisseurs et les économistes scruteront chaque déclaration des responsables de la Fed pour déceler les moindres indices d’un changement de ton ou de stratégie. La question n’est plus de savoir si une hausse aura lieu, mais quand elle sera jugée nécessaire.

Cette réunion intervient dans un contexte où la Fed, dirigée par Kevin Warsh depuis le début de l’année, semble déterminée à montrer sa fermeté face à l’inflation. Son prédécesseur, Jerome Powell, avait déjà adopté une posture stricte, mais Warsh, connu pour ses positions parfois plus agressives, a réaffirmé sa « aucune tolérance » pour une inflation élevée lors de son audition devant le Congrès début août. Autant dire que la Fed n’est pas près de relâcher sa vigilance, même si elle choisit de temporiser pour l’instant.

Enfin, il reste à observer comment les autres banques centrales, notamment la Banque centrale européenne, réagiront à cette décision. En Europe, où l’inflation a également montré des signes de ralentissement, mais où les défis économiques restent importants, les attentes pourraient évoluer en fonction des choix de la Fed. Une chose est sûre : la politique monétaire américaine continuera de peser sur les équilibres économiques mondiaux dans les mois à venir.

Pour l’heure, une certitude s’impose : la Fed navigue en eaux troubles, entre la nécessité de lutter contre une inflation tenace et le risque de fragiliser une économie américaine déjà sous tension. La réunion de ce mercredi sera un premier test de sa capacité à trouver le bon équilibre.