Alors que La Havane, ville de près de deux millions d’habitants, fait face à une crise sanitaire sans précédent, les rues et les quartiers sont envahis par des montagnes d’ordures. Selon Euronews FR, cette situation est directement liée aux pénuries de carburant qui paralysent la collecte des déchets, gérée en grande partie par l’État. Les camions, faute de carburant, ne peuvent plus assurer leur mission, laissant les déchets s’accumuler pendant des semaines, voire des mois.

Ce qu'il faut retenir

  • 12 piscines olympiques de déchets solides sont produites chaque jour à La Havane, mais seulement 57 % sont collectées, selon des données municipales publiées en 2025.
  • Les pénuries de carburant ont réduit le fonctionnement des camions de collecte, aggravant une crise sanitaire déjà critique.
  • Les autorités sanitaires craignent une prolifération d’insectes et de maladies, notamment avec l’arrivée des pluies saisonnières et l’élévation des températures.
  • Des initiatives locales, comme le projet El Batazo, tentent de compenser l’inaction des autorités en organisant des opérations de nettoyage communautaires.
  • Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de difficultés économiques à Cuba, marquées par des coupures d’électricité, des pénuries d’eau et des perturbations des transports.

La situation est d’autant plus préoccupante que les températures augmentent à l’approche de l’été. Les habitants, interrogés par Euronews FR, décrivent des scènes de plus en plus fréquentes : des tas d’ordures débordant des bacs, envahissant les trottoirs et les caniveaux. « Les rues sentent mauvais, et les rats pullulent », témoigne un résident du quartier de Centro Habana, contacté par téléphone. Les déchets, en se décomposant sous l’effet de la chaleur, libèrent des odeurs nauséabondes et attirent les nuisibles, posant un risque accru pour la santé publique.

Les responsables de la santé publique ont multiplié les mises en garde. « Avec l’augmentation des températures et les pluies qui s’annoncent, le risque de prolifération de maladies comme la dengue ou le chikungunya est réel », a déclaré le Dr María López, directrice de l’Institut de médecine tropicale de La Havane. « Les déchets non collectés constituent des foyers de propagation idéaux pour les moustiques. » Les autorités locales ont beau reconnaître l’urgence, elles peinent à trouver des solutions durables, faute de moyens logistiques et financiers.

Un cercle vicieux alimenté par la crise économique

Cette crise des déchets s’inscrit dans un contexte de difficultés économiques bien plus large à Cuba. Depuis plusieurs années, l’île fait face à des pénuries chroniques de carburant, aggravées par les sanctions américaines et les difficultés d’approvisionnement en pétrole. En 2025, le gouvernement cubain a réduit de 30 % les livraisons de carburant aux entreprises et aux services publics, un chiffre confirmé par des sources internes à la Compañía Eléctrica de La Habana. Résultat : les transports en commun sont paralysés, les hôpitaux fonctionnent au ralenti, et les camions-poubelles, dépendants des quotas de carburant alloués par l’État, sont souvent cloués au sol.

Les habitants, eux, subissent les conséquences au quotidien. « Avant, les camions passaient une fois par semaine. Aujourd’hui, on est contents quand ils viennent une fois par mois », explique une commerçante du quartier de Vedado. Les commerces, déjà fragilisés par les coupures d’électricité et les pénuries de denrées, doivent désormais composer avec des rues impraticables et des odeurs pestilentielles. « Les clients évitent de venir, et les touristes, quand ils arrivent, repartent rapidement », ajoute-t-elle.

Les initiatives locales pallient l’inaction des autorités

Face à l’incapacité des pouvoirs publics à résoudre la crise, des initiatives citoyennes tentent de prendre le relais. Le projet El Batazo, lancé en 2023 par des associations locales, organise des campagnes de nettoyage dans les quartiers les plus touchés. Les bénévoles collectent les déchets recyclables et évacuent les ordures accumulées, souvent à leurs frais. « On ne peut pas attendre éternellement l’État. Si on ne fait rien, ce sera pire », confie Carlos Mendoza, coordinateur du projet à La Havane.

Les résultats sont visibles, mais insuffisants. Selon les estimations d’El Batazo, les bénévoles ont permis de ramasser plus de 5 000 tonnes de déchets depuis le début de l’année, un chiffre qui reste dérisoire face aux 4 300 tonnes quotidiennes produites par la ville. Les autorités municipales reconnaissent l’utilité de ces initiatives, mais insistent sur le fait que « la solution ne peut venir que d’une relance du système de collecte étatique ».

Et maintenant ?

Si aucune amélioration n’est attendue à court terme, les prochaines semaines seront cruciales. Avec l’arrivée des pluies, prévue pour le mois de juin, le risque de contamination des nappes phréatiques et de propagation de maladies vectorielles devrait s’accentuer. Le gouvernement cubain a annoncé le déblocage de 10 millions de dollars pour financer l’achat de carburant et la réparation de camions-poubelles, une somme jugée insuffisante par les observateurs. « Ces mesures sont un pas dans la bonne direction, mais elles arrivent bien tard », estime José Antonio Fernández, économiste spécialiste de Cuba. Pour l’heure, les habitants de La Havane n’ont d’autre choix que de s’adapter, en attendant des jours meilleurs.

Cette crise des déchets à La Havane illustre les défis structurels auxquels Cuba doit faire face. Entre pénuries, manque d’investissements et inefficacité administrative, la situation sanitaire et environnementale du pays reste extrêmement fragile. Et si les rues de la capitale continuent de s’enfoncer dans les ordures, la question n’est plus seulement celle de la propreté urbaine, mais bien celle de la survie des habitants.

Les autorités sanitaires craignent notamment la prolifération de maladies comme la dengue, le chikungunya et la leptospirose, transmises par les moustiques et les rongeurs attirés par les déchets. L’Institut de médecine tropicale de La Havane a déjà signalé une hausse des cas suspects de dengue dans les quartiers les plus touchés par la crise des ordures.

Le gouvernement a annoncé un plan d’urgence incluant le déblocage de 10 millions de dollars pour l’achat de carburant et la réparation de 50 camions-poubelles. Une campagne de sensibilisation auprès des habitants est également prévue pour limiter la production de déchets. Aucune date précise n’a été communiquée pour l’application de ces mesures.