Selon Euronews FR, le musicologue danois Carl Martin a identifié une structure mélodique récurrente dans des centaines de tubes pop des années 2010. Baptisée « mélodie Gen Alpha », cette séquence de quatre notes s’impose comme un motif quasi universel, traversant les genres et les frontières géographiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Un musicologue danois, Carl Martin, a analysé près de 500 titres avant de retenir 72 chansons partageant la même structure mélodique.
  • Cette « mélodie Gen Alpha » repose sur quatre notes « piliers » organisées en deux phrases musicales, avec un schéma « question-réponse » qui la rend efficace.
  • Des artistes comme Tiësto, Troye Sivan, The Strokes ou Rosé l’ont utilisée, prouvant son universalité à travers les genres (pop, rock, EDM).
  • Selon Martin, son succès tient à son côté « doux-amer » et à sa capacité à évoquer la mélancolie, un thème central de la pop.
  • Bien que ses origines remontent au moins à un titre des Beatles de 1965, des similitudes ont aussi été repérées chez Beethoven.
  • Le phénomène relève davantage d’une « interpolation » inconsciente que d’une violation du droit d’auteur, estime Martin.

Une mélodie omniprésente et insaisissable

Selon Carl Martin, la « mélodie Gen Alpha » se caractérise par une structure simple mais redoutablement efficace : quatre notes « piliers » qui structurent des phrases musicales courtes. « Tous les autres sons gravitent autour d’elles, parce qu’ils tombent sur des temps forts ou que la phrase mélodique se termine sur ces notes », a-t-il expliqué dans une vidéo explicative de 14 minutes.

Ce motif, qui peut sembler anodin à première écoute, devient frappant lorsqu’on l’écoute à la suite. Martin a recensé près de 500 titres avant d’en extraire 72 qui partagent cette signature mélodique. Parmi eux, des tubes comme « APT. » de Rosé et Bruno Mars, « One of Your Girls » de Troye Sivan, ou encore « Ode to the Mets » des Strokes. Des artistes espagnols, indiens, norvégiens ou américains y ont recours, couvrant des styles aussi variés que le pop rock, l’EDM ou la ballade mélancolique.

Martin n’est pas le premier à remarquer ce phénomène. « Je n’ai jamais vu une mélodie précise être utilisée à ce point dans la musique populaire », a-t-il déclaré. Pourtant, cette mélodie n’est pas nouvelle : son nom fait référence à la génération Alpha, née dans les années 2010, mais ses racines remontent bien plus loin. Le musicologue cite notamment le titre des Beatles « It’s Only Love », sorti en 1965, comme l’un des premiers exemples connus. Certains ont même retrouvé des similitudes avec des œuvres de Beethoven, suggérant que ce motif pourrait remonter à plusieurs siècles.

Pourquoi cette mélodie marche-t-elle si bien ?

D’après Carl Martin, la « mélodie Gen Alpha » fonctionne grâce à un schéma « question-réponse » : elle commence par une tension musicale non résolue, avant de conclure sur une résolution « agréable et consonante ». « C’est une mélodie qui sonne très bien en soi et qui possède ce côté doux-amer », a-t-il souligné. Ce caractère ambivalent en fait un outil idéal pour accompagner des thèmes comme la mélancolie ou les chagrins d’amour, deux sujets récurrents dans la pop.

Sa flexibilité est un autre atout. Cette séquence de notes peut s’intégrer à des morceaux radicalement différents, que ce soit un titre pop rock de Yungblud ou un tube EDM de Zedd ou Tiësto. « Elle est tellement flexible que cette même mélodie peut apparaître dans des morceaux qui, par ailleurs, ne se ressemblent en rien », a noté Martin. Cette universalité explique pourquoi elle traverse les époques et les cultures sans perdre de son efficacité.

Interpolation plutôt que plagiat

Malgré les similitudes frappantes entre les titres, Carl Martin estime que ce phénomène ne constitue pas un cas massif de violation du droit d’auteur. Il préfère parler d’« interpolation », un terme désignant l’emprunt d’une mélodie existante sans sampling direct d’un enregistrement. « Ce n’est pas toujours une décision consciente », a-t-il précisé. Selon lui, de nombreux auteurs-compositeurs intègrent cette mélodie après l’avoir entendue dans d’autres tubes, sans même s’en rendre compte.

Cette absence de volonté délibérée de copier réduit considérablement les risques de poursuites. Martin compare ce phénomène à une « tendance musicale » plutôt qu’à une pratique frauduleuse. « Les similitudes peuvent être frappantes, mais elles relèvent davantage d’un emprunt culturel que d’une violation des droits d’auteur », a-t-il résumé.

Un héritage musical vieux de plusieurs siècles ?

L’origine exacte de la « mélodie Gen Alpha » reste floue, mais ses traces remontent à des époques bien antérieures à la génération Alpha. Le musicologue cite les Beatles en 1965, mais des chercheurs ont également repéré des similitudes avec des œuvres de Beethoven. « Depuis la publication de la vidéo de Martin, certains ont remonté des schémas similaires jusqu’à Beethoven », confirme Euronews FR. Cette découverte suggère que ce motif pourrait faire partie d’un langage musical universel, utilisé inconsciemment par des générations d’artistes.

Cette idée n’est pas nouvelle : des musicologues ont souvent souligné que certaines structures mélodiques se répètent à travers les siècles, comme le « riff blues » ou la « cadence parfaite ». La « mélodie Gen Alpha » pourrait bien en être un autre exemple, prouvant que la musique populaire s’inspire autant des traditions que des innovations.

Et maintenant ?

La publication de la vidéo de Carl Martin a suscité un vif intérêt dans la communauté musicale. Des analyses complémentaires pourraient émerger pour confirmer ou infirmer l’hypothèse d’une structure mélodique universelle. Par ailleurs, cette découverte soulève des questions sur la façon dont les compositeurs s’inspirent des tendances passées sans toujours en avoir conscience.

Pour l’instant, la « mélodie Gen Alpha » continue de hanter les ondes radio et les playlists, preuve que certaines recettes musicales traversent le temps sans prendre une ride. Reste à voir si les prochains tubes pop sauront s’en détacher… ou au contraire, l’exploiter davantage.

En attendant, une chose est sûre : si vous entendez une mélodie qui vous semble étrangement familière, il y a de fortes chances qu’elle soit l’une des quatre notes de la « Gen Alpha ».

Selon Carl Martin, la différence réside dans l’absence de volonté délibérée de copier. Il s’agit d’un phénomène d’« interpolation », où des compositeurs intègrent inconsciemment une structure mélodique qu’ils ont entendue ailleurs. Cela ne constitue donc pas une violation du droit d’auteur, contrairement à un sampling ou à une reprise non autorisée.