Un essai publié début 2026 aux éditions Les liens qui libèrent propose une réflexion urgente sur la privatisation croissante des terres en France et ses conséquences sur la liberté de circulation dans les espaces naturels. Dans La Tragédie des enclosures, les auteurs Sarah Vanuxem et Antoine Constantin Caille s’appuient sur l’œuvre d’un poète anglais du XVIIIe siècle, John Clare, pour interroger le droit de cheminer librement et les limites imposées par les enclosures contemporaines. Selon Reporterre, cet ouvrage s’ouvre sur un épisode symbolique : le 2 février 2023, une loi est entrée en vigueur pour encadrer l’engrillagement des espaces naturels tout en renforçant la protection de la propriété privée.

Ce qu'il faut retenir

  • Un essai publié en 2026 aux éditions Les liens qui libèrent analyse la privatisation des terres à travers le prisme historique des enclosures.
  • Les auteurs Sarah Vanuxem et Antoine Constantin Caille s’inspirent du poète anglais John Clare (XVIIIe siècle) pour aborder la question du droit de cheminer librement.
  • Le 2 février 2023, une loi visant à limiter l’engrillagement des espaces naturels et à protéger la propriété privée est entrée en vigueur en France.
  • L’ouvrage souligne un paradoxe : alors que la loi tente de réguler les pratiques, elle renforce aussi les droits des propriétaires terriens.

Un héritage historique revisité à l’aune des enclosures modernes

Sarah Vanuxem et Antoine Constantin Caille, tous deux juristes et chercheurs, revisitent l’histoire des enclosures — ces clôtures imposées aux terres communes en Angleterre à partir du XVIe siècle — pour éclairer les dynamiques contemporaines. Autant dire que leur approche, à la croisée du droit et de la poésie, vise à restituer une dimension humaine à un débat souvent technique. Dans leur livre, ils rappellent que John Clare, poète du monde rural, avait déjà dénoncé au XIXe siècle les effets dévastateurs de la privatisation des terres sur les communautés locales. Aujourd’hui, les auteurs estiment que la France fait face à une situation similaire, où l’accès aux espaces naturels se réduit sous l’effet des grillages et des restrictions d’usage.

Une loi de 2023 qui tente de concilier deux logiques opposées

La loi du 2 février 2023 marque une tentative de réponse à ce phénomène. Officiellement, elle cherche à limiter l’engrillagement des espaces naturels — c’est-à-dire les clôtures qui empêchent le passage dans les forêts, landes ou prairies — tout en protégeant la propriété privée. Mais pour les auteurs, cette législation reste insuffisante. « Cette loi ne remet pas en cause le principe même de l’enclosure », souligne Antoine Constantin Caille. Elle se contente de fixer des règles pour éviter les abus, sans redonner aux citoyens le droit de cheminer librement, comme c’était le cas avant l’essor des propriétés closes.

Le droit de cheminer librement, un principe en voie de disparition ?

En France, le droit de cheminer librement dans la nature — que ce soit pour se promener, cueillir ou simplement traverser — repose sur des textes anciens, comme la loi de 1882 sur la liberté de circulation dans les forêts domaniales. Pourtant, depuis plusieurs décennies, les propriétaires privés et publics restreignent cet accès, soit par des grillages, soit par des panneaux interdisant le passage. Sarah Vanuxem, coauteure de l’essai, rappelle que « le droit de cheminer n’est pas une faveur, mais une liberté fondamentale ». Or, avec l’urbanisation croissante et la multiplication des espaces protégés, cette liberté se réduit comme peau de chagrin.

Et maintenant ?

Les auteurs appellent à une refonte du droit pour réaffirmer le principe de libre circulation dans les espaces naturels. Une piste serait de s’inspirer des modèles étrangers, comme le droit de vagabondage en Suède ou les chemins de traverse en Écosse, qui permettent un accès plus large aux terres. Reste à voir si les pouvoirs publics seront prêts à engager une telle réforme, alors que la pression foncière et les intérêts privés ne cessent de s’accroître. La prochaine échéance législative sur le sujet pourrait intervenir d’ici 2027, lors de la révision de la loi « Climat et Résilience » de 2021.

Avec La Tragédie des enclosures, Vanuxem et Caille invitent à une prise de conscience collective. Le débat dépasse la simple question de l’accès à la nature : il touche à la manière dont une société organise — ou non — l’espace commun. Pour les auteurs, l’enjeu est clair : soit on laisse les clôtures gagner du terrain, soit on réinvente les conditions d’une liberté partagée.

Une enclosure désigne la clôture d’un terrain, qu’il s’agisse d’une forêt, d’une prairie ou d’une lande, empêchant le libre passage. En droit français, cette pratique est encadrée par la loi du 2 février 2023, qui tente de limiter ses excès sans pour autant interdire les grillages.

Oui, mais il est de plus en plus restreint. Il repose sur des textes anciens, comme la loi de 1882, mais son application dépend des propriétaires (publics ou privés) et des interprétations locales. Les restrictions (panneaux, grillages) se multiplient, réduisant les possibilités de circulation.