Depuis plusieurs mois, l’administration du président américain Donald Trump suscite la polémique en recourant à des images issues de mangas et de séries d’animation japonais dans ses communications officielles. Selon Courrier International, ces utilisations, non autorisées par les ayants droit, ont récemment provoqué l’ire des autorités nippones, qui multiplient les protestations diplomatiques sans obtenir gain de cause.
Ce qu'il faut retenir
- Une vidéo publiée en septembre 2025 par le ministère de la Sécurité intérieure américain a comparé les migrants à des Pokémon, sans l’autorisation de la société détentrice des droits.
- En mars 2026, la Maison-Blanche a utilisé des extraits de Dragon Ball et Yu-Gi-Oh! dans une vidéo sur les frappes américaines en Iran, toujours sans accord des créateurs.
- En juin 2026, Donald Trump a lui-même adopté les traits de Naruto Uzumaki dans une vidéo générée par IA publiée sur Truth Social.
- Le gouvernement japonais a alerté à deux reprises, en avril et juin 2026, l’ambassade des États-Unis à Tokyo sur ces usages abusifs, sans succès.
- Une pétition lancée en juin 2026 par une Japonaise de 34 ans a recueilli plus de 25 000 signatures pour dénoncer ces pratiques.
Cette tendance reflète l’influence croissante des animes et mangas japonais dans la culture populaire américaine, où ces œuvres sont devenues des références pour illustrer des messages politiques ou sociaux. Pourtant, ces détournements systématiques soulèvent une question juridique et éthique : l’utilisation de contenus protégés par le droit d’auteur sans l’accord des ayants droit est-elle acceptable, même pour une institution publique ?
Des détournements récurrents et non autorisés
Le recours à ces images n’est pas anodin. En septembre 2025, le ministère de la Sécurité intérieure américain a publié sur X (ex-Twitter) une vidéo associant des migrants à des créatures de l’univers Pokémon. Or, la société The Pokémon Company, qui détient les droits de la franchise, a clairement indiqué qu’elle n’avait « jamais autorisé » une telle utilisation, comme l’a rapporté la chaîne japonaise TBS en 2025. Pourtant, la vidéo reste accessible en ligne.
Quelques mois plus tard, en mars 2026, la Maison-Blanche a de nouveau franchi la ligne rouge. Dans une vidéo officielle sur les frappes aériennes menées contre l’Iran, elle a inséré des séquences des séries Dragon Ball et Yu-Gi-Oh!, selon l’édition japonaise de la BBC. Une fois encore, aucune autorisation n’avait été sollicitée auprès des ayants droit nippons.
Cette pratique a atteint son paroxysme en juin 2026, lorsque Donald Trump a lui-même endossé les traits du personnage principal du manga Naruto dans une vidéo générée par intelligence artificielle. Publiée sur son réseau Truth Social, l’image du président américain en ninja légendaire a rapidement circulé, suscitant l’indignation au Japon. Une utilisation d’autant plus problématique que le personnage est protégé par des droits d’auteur stricts.
Tokyo hausse le ton, mais sans résultat concret
Face à ces répétitions, les autorités japonaises ont décidé de réagir. Selon le quotidien Mainichi Shimbun, qui cite des sources au sein du ministère des Affaires étrangères, le gouvernement a adressé deux notes diplomatiques à l’ambassade américaine à Tokyo. La première en avril 2026, la seconde en juin, rappelant que « l’accord des ayants droit est nécessaire même pour une institution publique », comme l’a souligné une source gouvernementale citée par le journal.
Pourtant, ces démarches n’ont eu aucun effet. « Les contenus en question n’ont pas été retirés », constate le Mainichi Shimbun. Un responsable japonais cité par le quotidien a déploré un changement d’attitude des États-Unis : « Avant, les autorités américaines étaient très attachées à protéger et à faire respecter leurs propriétés intellectuelles. Aujourd’hui, elles donnent la priorité à la communication de leur gouvernement, au détriment de la protection de ces contenus ».
Cette absence de réaction américaine laisse penser que les autorités japonaises pourraient envisager des mesures plus fermes. Cependant, à ce stade, aucune décision concrète n’a été annoncée. Le silence de la Maison-Blanche sur ces alertes suggère que le gouvernement américain considère ces détournements comme un outil de communication légitime, malgré les objections japonaises.
Une mobilisation citoyenne pour faire respecter les droits d’auteur
Face à l’inaction des institutions, des citoyens japonais ont décidé de prendre les choses en main. Nana Suzuki, une Japonaise de 34 ans, a lancé en juin 2026 une pétition en ligne pour dénoncer l’utilisation abusive des animes et mangas par l’administration Trump. « Je voulais rendre visibles les nombreuses personnes qui réclament le respect pour ces contenus et leurs créateurs », a-t-elle expliqué à la BBC. À ce jour, la pétition a recueilli plus de 25 000 signatures, signe d’un mouvement citoyen qui s’amplifie.
Cette initiative illustre une prise de conscience plus large au Japon, où les créateurs et les fans d’animes et de mangas sont de plus en plus sensibles à la protection de leurs œuvres. Les réseaux sociaux et les plateformes de pétition permettent désormais de fédérer rapidement des soutiens, même à l’échelle internationale. Reste à savoir si cette mobilisation suffira à faire plier l’administration américaine.
Cette affaire met en lumière une tension croissante entre la puissance de soft power des animes japonais et les stratégies de communication parfois expéditives des gouvernements étrangers. Alors que les mangas et les animes représentent un secteur économique majeur pour le Japon – avec un chiffre d’affaires annuel estimé à plus de 20 milliards de dollars –, la question du respect des droits d’auteur prend une dimension stratégique.
Pour l’instant, aucune solution n’est en vue. Les animes et mangas continueront-ils à être utilisés comme des outils de propagande, au mépris des ayants droit ? Ou bien les autorités américaines et japonaises parviendront-elles à trouver un terrain d’entente ? Une chose est certaine : cette polémique pourrait servir de précédent pour d’autres conflits futurs autour de l’utilisation non autorisée de contenus culturels étrangers.
Ces images sont utilisées pour illustrer des messages politiques ou sociaux, en s’appuyant sur la popularité des animes et mangas auprès du public américain. Cependant, cette pratique ne respecte pas les droits d’auteur détenus par les créateurs japonais, ce qui explique les protestations des autorités nippones.
Les ayants droit japonais pourraient engager des poursuites pour violation du droit d’auteur. Cependant, en l’absence de réaction officielle de leur part jusqu’à présent, l’administration Trump semble estimer que les risques juridiques sont limités. Une action en justice pourrait nevertheless entraîner des sanctions financières ou l’obligation de retirer les contenus litigieux.