À Addis-Abeba, en Éthiopie, un lieu discret mais emblématique fait renaître depuis une décennie un genre musical unique : l’éthio-jazz. Selon RFI, l’African Jazz Village, niché au sous-sol du Ghion Hotel, est devenu en quelques années le cœur battant de cette fusion entre les gammes pentatoniques éthiopiennes et le jazz nord-américain. Quatre soirs par semaine, des artistes de toutes générations s’y produisent sous le regard attentif de celui que l’on considère comme le père de ce style, Mulatu Astatke.

Ce qu'il faut retenir

  • L’African Jazz Village, situé sous le Ghion Hotel à Addis-Abeba, est un lieu mythique dédié à l’éthio-jazz depuis une dizaine d’années.
  • Le club accueille des concerts quatre soirs par semaine, mêlant artistes confirmés et nouvelles générations.
  • Mulatu Astatke, figure centrale du genre, y est régulièrement présent et participe aux performances.
  • L’éthio-jazz combine des influences pentatoniques éthiopiennes et des rythmes du jazz américain, créant un son distinctif.
  • Ce lieu contribue à la préservation et à la diffusion d’un patrimoine musical africain contemporain.

Un héritage musical né dans les années 1950

L’éthio-jazz, aussi appelé Ethio-jazz, est né d’une rencontre improbable entre des musiciens éthiopiens et des influences américaines dans les années 1950. Mulatu Astatke, formé au jazz et à la musique classique, a joué un rôle clé dans son développement. « Je voulais créer quelque chose qui sonne éthiopien tout en intégrant les harmonies du jazz », a-t-il expliqué à RFI. Ce mélange, à la fois subtil et énergique, a marqué l’histoire de la musique africaine en donnant naissance à un style reconnaissable entre tous.

Longtemps oublié après l’âge d’or des années 1970, l’éthio-jazz a connu une renaissance au début des années 2000 grâce à des rééditions d’albums et à l’engouement des DJs occidentaux. C’est dans ce contexte que l’African Jazz Village a émergé, offrant une scène permanente à ce patrimoine vivant.

Un lieu au service de la transmission

Le club, situé dans les sous-sols du Ghion Hotel, est bien plus qu’une simple salle de concert. Il fonctionne comme un laboratoire où se croisent les générations. Les soirs de spectacle, on y entend aussi bien des morceaux classiques de l’éthio-jazz que des créations contemporaines inspirées par ce genre. Mulatu Astatke, désormais âgé de plus de 80 ans, y est une présence régulière, guidant les jeunes talents et participant parfois aux jam sessions.

« C’est ici que l’éthio-jazz vit et respire », souligne un habitué interrogé par RFI. Les murs du club, imprégnés d’histoire, accueillent des musiciens de toute l’Afrique, attirés par ce creuset musical. L’ambiance y est à la fois chaleureuse et studieuse, loin des foules des grands festivals internationaux.

Un modèle de préservation culturelle

L’African Jazz Village incarne une démarche rare sur le continent africain : celle de la valorisation d’un patrimoine musical par la scène locale. Contrairement à d’autres lieux qui misent sur des événements ponctuels, ce club propose une programmation régulière, permettant aux amateurs de découvrir l’évolution de l’éthio-jazz. « On ne vient pas ici pour une soirée, mais pour un voyage musical », confie un visiteur régulier.

Les concerts, souvent accompagnés de discussions sur l’histoire du genre, attirent un public varié : Éthiopiens nostalgiques, expatriés, et mélomanes venus du monde entier. Certains artistes, comme le saxophoniste Getatchew Mekurya, disparu en 2016, y ont marqué l’histoire avant de devenir des légendes.

Et maintenant ?

À l’ère du streaming et des salles virtuelles, l’African Jazz Village pourrait jouer un rôle clé dans la pérennité de l’éthio-jazz. Plusieurs projets de numérisation des archives du club sont évoqués, afin de rendre accessible ce patrimoine à un public plus large. Une tournée européenne est également prévue pour l’automne 2026, avec la participation de jeunes talents formés sur place. Reste à voir si ce modèle, encore fragile, parviendra à s’inscrire durablement dans le paysage musical africain.

L’éthio-jazz, avec ses mélodies envoûtantes et ses rythmes envoûtants, continue de fasciner bien au-delà des frontières éthiopiennes. À Addis-Abeba, l’African Jazz Village en est le gardien. Et tant que des musiciens comme Mulatu Astatke y poseront leurs instruments, ce genre musical aura de beaux jours devant lui.

L’éthio-jazz se caractérise par l’utilisation de gammes pentatoniques typiques de la musique traditionnelle éthiopienne, combinées à des harmonies et des rythmes issus du jazz américain. Ce mélange crée un son à la fois familier et exotique, marqué par des instruments comme le krar (lyre éthiopienne) ou le masenqo (vièle), tout en intégrant des cuivres et des contrebasses propres au jazz.