L’Afrique du Sud franchit une nouvelle étape dans la régulation des cryptomonnaies en proposant un cadre strict pour encadrer les transferts de crypto-actifs vers l’étranger et vers les wallets non-custodial. Selon Cryptoast, un projet de manuel réglementaire, baptisé « Crypto Assets Manual for Cross-Border Activities », a été publié ce lundi 8 août 2026 par le Trésor national et la banque centrale sud-africaine (SARB), afin de recueillir l’avis du public jusqu’au 30 septembre.
Ce qu'il faut retenir
- Un manuel réglementaire (« Crypto Assets Manual for Cross-Border Activities ») a été publié par le Trésor national et la SARB pour encadrer les transferts crypto transfrontaliers et vers les wallets non-custodial.
- Les transactions vers des wallets non-custodial ou entre prestataires locaux et étrangers devront être déclarées au Financial Surveillance Department (FinSurv).
- Seuls les particuliers pourront exporter des cryptos dans la limite de leurs allocations en devises, tandis que les entreprises seront exclues de ces transferts sortants.
- Les transferts entrants depuis un wallet non-custodial vers une plateforme locale seront considérés comme « non-permissibles », bloquant ainsi leur rapatriement.
- Le texte est soumis à consultation publique jusqu’au 30 septembre 2026, avant une entrée en vigueur encore indéterminée.
Un cadre réglementaire inédit pour les flux crypto
Ce projet s’inscrit dans la continuité d’une volonté affichée par les autorités sud-africaines de durcir leur approche face aux cryptomonnaies. Comme le rapporte Cryptoast, le Trésor national et la SARB cherchent à encadrer les transferts de crypto-actifs à l’international, ainsi que les mouvements vers des wallets non-custodial, ces portefeuilles auto-hébergés où l’utilisateur conserve seul ses clés privées.
Pour l’Afrique du Sud, il s’agit de compléter le projet de règlement sur la gestion des flux de capitaux, dévoilé en avril 2026, qui avait suscité de vives critiques en raison de son approche jugée trop restrictive. Le nouveau manuel, en consultation jusqu’au 30 septembre, vise à clarifier les obligations des acteurs locaux et internationaux, tout en répondant aux enjeux de transparence et de lutte contre les flux financiers illicites.
Des obligations strictes pour les transferts transfrontaliers
Concrètement, toute transaction sera considérée comme transfrontalière dès lors que des crypto-actifs transitent entre un prestataire local agréé et un prestataire étranger, ou vers un wallet non-custodial. Ces mouvements devront obligatoirement être signalés au Financial Surveillance Department (FinSurv), l’unité de la banque centrale chargée du contrôle des changes. En revanche, une opération d’achat ou de vente de Bitcoin en rands sur une plateforme locale restera classée comme domestique et ne sera pas soumise à déclaration.
Une particularité de ce projet réside dans la distinction entre particuliers et entreprises. Dans un premier temps, seuls les particuliers seront autorisés à exporter des cryptomonnaies à l’étranger, et ce dans la limite de leurs allocations existantes en devises — soit le single discretionary allowance ou le foreign capital allowance. Les entreprises sud-africaines, elles, seront exclues de ces transferts sortants, ce qui pourrait limiter leur capacité à investir ou à se développer à l’international.
Les wallets non-custodial dans le viseur des régulateurs
Autre mesure marquante : les transferts entrants depuis un wallet non-custodial vers une plateforme locale seront considérés comme « non-permissibles ». Autrement dit, un utilisateur qui souhaiterait rapatrier ses cryptos depuis son propre portefeuille auto-hébergé se heurterait à un blocage réglementaire. Les autorités justifient cette approche par la volonté de « détecter, dissuader et perturber les flux financiers illicites » et de limiter les risques d’arbitrage réglementaire entre acteurs régulés et non régulés.
« Ce cadre vise à renforcer la transparence et à lutter contre les activités illicites tout en préservant l’innovation dans le secteur crypto », a déclaré un porte-parole du Trésor national sud-africain, cité par Cryptoast.
Une consultation publique sous haute tension
Le projet de règlement publié en avril 2026 avait déjà suscité des critiques de la part de plusieurs experts, qui l’accusaient de vouloir « criminaliser » les échanges crypto transfrontaliers et de porter atteinte à la vie privée. Le Trésor avait alors démenti cette intention, promettant un cadre plus équilibré. Le nouveau manuel, bien qu’il ne prenne pas encore en compte les retours de la première consultation — toujours en cours d’analyse —, marque une avancée dans cette direction.
Pour l’instant, le texte ne distingue pas les différents types de crypto-actifs et ne confère pas aux cryptomonnaies le statut de monnaie officielle en Afrique du Sud. Des travaux complémentaires sont annoncés, notamment pour suivre l’évolution des normes locales et internationales. À noter que le pays compte déjà plusieurs centaines de prestataires d’actifs virtuels licenciés, selon les données de Chainalysis, et que les grandes banques développent des produits crypto pour leurs clients institutionnels.
Quelles conséquences pour les acteurs du secteur ?
Si ce projet est adopté, les acteurs du secteur crypto en Afrique du Sud devront s’adapter à un environnement réglementaire plus contraignant. Les plateformes locales, déjà soumises à des obligations strictes, devront renforcer leurs dispositifs de traçabilité et de reporting pour les transferts transfrontaliers. Pour les particuliers, la possibilité d’exporter des cryptos sera limitée, tandis que les entreprises risquent de voir leurs activités internationales restreintes.
Ce durcissement s’inscrit dans une tendance mondiale de renforcement de la surveillance des flux crypto, notamment sur les échanges transfrontaliers. Une évolution suivie de près par les investisseurs, certains y voyant une dérive vers un contrôle accru des transactions privées.
Si les objectifs affichés par les autorités — lutte contre les flux illicites et transparence — sont largement partagés, la question de l’équilibre entre régulation et innovation reste entière. Reste à voir si ce cadre parviendra à concilier ces deux enjeux, ou s’il deviendra un frein pour un secteur déjà en pleine mutation.
Les entreprises sud-africaines seront exclues des transferts sortants de cryptomonnaies, ce qui limitera leur capacité à investir ou à se développer à l’international. De plus, elles devront se conformer à des obligations strictes en matière de traçabilité et de reporting pour les transactions transfrontalières, sous peine de sanctions.
Les wallets non-custodial, où l’utilisateur conserve seul ses clés privées, sont perçus comme un risque accru de flux financiers illicites. Les autorités sud-africaines souhaitent encadrer ces transferts pour limiter les possibilités d’arbitrage réglementaire et renforcer la transparence des transactions.