Les atouts économiques et stratégiques de l’Afrique dans une mondialisation de plus en plus instable et conflictuelle étaient au cœur des débats lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, comme le rapporte France 24.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Afrique dispose de ressources stratégiques (minerais, énergies renouvelables, terres rares) essentielles pour les chaînes d’approvisionnement mondiales
  • Le continent mise sur son dynamisme démographique et ses projets d’intégration régionale pour renforcer son poids géopolitique
  • Les tensions géopolitiques actuelles (guerres commerciales, conflits) pourraient accélérer la recherche de partenariats alternatifs en Afrique
  • Les défis structurels (infrastructures, éducation, gouvernance) persistent malgré des avancées économiques notables

Depuis les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, organisées chaque année en juillet, le rôle de l’Afrique dans l’économie mondiale s’impose comme un sujet central. Selon France 24, les participants ont souligné que le continent africain pourrait devenir un acteur clé dans un contexte où la mondialisation se fragmente sous l’effet des tensions commerciales, des conflits armés et des rivalités entre grandes puissances.

Parmi les atouts mis en avant, les ressources naturelles africaines occupent une place centrale. Le continent abrite des réserves majeures de minerais stratégiques (cobalt, platine, manganèse), de pétrole et de gaz, ainsi que des potentialités considérables en énergies renouvelables. « L’Afrique n’est plus seulement un réservoir de matières premières, mais un laboratoire pour les transitions énergétiques et numériques », a déclaré un expert présent lors des débats. Ces ressources attirent l’attention des grandes puissances, mais aussi des entreprises internationales cherchant à diversifier leurs approvisionnements.

Une démographie jeune et des marchés en croissance

Un autre levier souvent évoqué est le potentiel démographique africain. Avec une population estimée à 1,4 milliard d’habitants en 2026 et un âge médian de 19 ans, l’Afrique représente le plus grand réservoir de main-d’œuvre jeune au monde. Cette dynamique, couplée à une urbanisation rapide, crée un marché intérieur en expansion. Les secteurs de la finance, des technologies et de la consommation enregistrent des croissances annuelles supérieures à 5 % dans plusieurs pays, notamment en Afrique de l’Est et de l’Ouest.

Pour exploiter ce potentiel, les États africains misent sur des projets d’intégration régionale, comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021 et dont la phase opérationnelle s’accélère. « La ZLECAf pourrait doubler les échanges intra-africains d’ici 2030 », a précisé un représentant de la Commission de l’Union africaine lors des débats. Cette initiative vise à réduire la dépendance aux marchés extérieurs et à favoriser la création d’emplois locaux.

Géopolitique : l’Afrique au cœur des rivalités mondiales

Dans un contexte où les tensions entre les États-Unis, la Chine et l’Europe s’intensifient, l’Afrique devient un terrain d’affrontement indirect. La Chine, premier partenaire commercial du continent depuis plus de deux décennies, renforce ses investissements dans les infrastructures, tandis que les États-Unis et l’Union européenne tentent de contrebalancer cette influence en promouvant des partenariats « gagnant-gagnant ». Les annonces récentes de réduction des dépendances stratégiques, notamment dans les secteurs des semi-conducteurs et des terres rares, pourraient pousser les acteurs internationaux à investir davantage en Afrique.

Cependant, cette attention accrue s’accompagne de risques. Les conflits persistants dans certaines régions, comme en République démocratique du Congo ou au Soudan, ainsi que les instabilités politiques dans des pays comme le Niger ou le Mali, pourraient freiner les ambitions économiques. « La stabilité politique et la bonne gouvernance restent les conditions sine qua non pour attirer des investissements durables », a rappelé un économiste présent à Aix-en-Provence.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs pour l’Afrique. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), prévue en octobre 2026, devrait aborder les moyens de renforcer la résilience économique du continent face aux chocs externes. Par ailleurs, plusieurs pays africains organiseront des élections présidentielles ou législatives en 2026-2027, un calendrier qui pourrait influencer les politiques économiques et les partenariats internationaux. Enfin, l’achèvement des corridors transafricains, comme celui reliant le port de Dakar à celui de Djibouti, pourrait transformer les échanges régionaux d’ici 2028.

Alors que le monde se recentre sur des logiques de puissance et de sécurité, l’Afrique pourrait bien incarner une nouvelle forme de mondialisation, plus multipolaire et inclusive. Les prochaines années diront si le continent parviendra à convertir ses atouts naturels et humains en leviers de développement durable, ou s’il restera prisonnier de ses défis structurels.

Malgré une croissance moyenne de 3,5 % par an depuis 2020, l’Afrique fait face à des défis majeurs : insuffisance des infrastructures (seulement 40 % de la population a accès à l’électricité), taux de chômage élevé chez les jeunes (environ 20 % selon la Banque africaine de développement), et dépendance aux matières premières qui expose le continent aux fluctuations des prix mondiaux. La gouvernance, marquée par des niveaux de corruption variables et des instabilités politiques dans plusieurs régions, reste également un frein à l’investissement étranger.