Selon Euronews FR, le Premier ministre albanais Edi Rama a réaffirmé, lors d’un entretien accordé à The Europe Conversation en marge du sommet UE-Balkans occidentaux à Tivat (Monténégro), que l’adhésion de son pays à l’Union européenne est une priorité absolue et une « voie sans alternative ». « Nous sommes des fanatiques. Nous ne sommes pas comme les autres. Nous sommes les fanatiques de la foi dans l’UE », a-t-il déclaré, ajoutant : « Quoi qu’il en coûte, quoi qu’il arrive, nous restons ancrés dans la foi dans l’UE. Pour nous, il n’y a pas de plan B, pas d’alternative, rien. »
Ce qu'il faut retenir
- L’Albanie, candidate à l’UE depuis 2014, a ouvert les négociations d’adhésion en 2020.
- Edi Rama évoque la nécessité d’une nouvelle approche pour l’élargissement, évoquant une « pièce Helmut Kohl » manquante.
- La France et l’Allemagne proposent un processus d’« intégration graduelle structurée » pour relancer l’élargissement.
- Rama et Vučić ont plaidé en mars 2026 pour une intégration partielle des pays candidats comme étape intermédiaire.
- Le Premier ministre albanais met en garde contre les forces anti-UE dans les Balkans, pouvant profiter à Moscou.
- Il appelle à une réponse politique forte face aux ingérences étrangères dans la région.
Un engagement historique pour l’UE
Edi Rama a comparé les pays candidats à des « enfants » devant rejoindre la « famille » européenne. « Les enfants sont autour de la table. Ensuite, ils doivent passer des examens, aller à l’école [...] Ce n’est pas à eux de décider autour de la table, mais l’important, c’est qu’ils restent à table », a-t-il expliqué. Il a rejeté les termes comme « adhésion associée » ou « allégée », insistant sur l’idée d’une famille unie où tous les membres, anciens et nouveaux, participent aux décisions.
Il a salué le rôle d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, pour avoir replacé l’élargissement au cœur de l’agenda européen. « Avant elle, le président précédent disait qu’il n’y aurait pas d’élargissement », a-t-il rappelé. Rama a également souligné que « chaque pays démocratique doit rechercher la paix », dans un contexte de guerre en Ukraine.
Une nouvelle méthode pour l’élargissement
L’Albanie, candidate depuis 2014, a entamé les négociations en 2020, mais le processus reste lent. Rama a reconnu que « l’ancienne méthode d’adhésion ne fonctionne plus ». Il a évoqué l’idée d’une « pièce Helmut Kohl » manquante dans le « puzzle » européen — une référence à l’ancien chancelier allemand, symbole d’une vision politique forte pour l’intégration. Selon lui, il faut inverser l’ordre des priorités : la politique doit précéder les autres étapes.
Cette approche rejoint partiellement la proposition franco-allemande d’un « processus d’intégration graduelle structurée ». Ce document, présenté à la veille du sommet de Tivat, vise à offrir aux pays candidats des avantages concrets dès maintenant, tout en maintenant les critères actuels d’adhésion. Pour Rama, cette initiative pourrait donner un nouvel élan aux négociations.
Les menaces sur la stabilité des Balkans
Le Premier ministre albanais a alerté sur l’existence de forces anti-UE dans les Balkans occidentaux, susceptibles de saper la confiance dans le projet européen. Bien qu’il n’ait pas cité explicitement la Russie, il a évoqué le risque que ces acteurs diffusent l’idée que l’adhésion n’aura « jamais lieu ». « Maia Sandu dit aux Moldaves : “Venez avec moi en Europe”. Mais rien ne se passe », a-t-il illustré en prenant l’exemple de la Moldavie, où le sentiment pro-européen reste majoritaire malgré les pressions russes.
La Moldavie, candidate depuis 2022 et engagée dans des pourparlers avec Bruxelles depuis 2024, illustre les défis de l’élargissement. La Première ministre Maia Sandu, réélue en septembre 2025 face au Bloc patriotique (proche de Moscou), considère l’adhésion comme une « question de survie ». Pourtant, un référendum constitutionnel en 2025 sur l’intégration européenne n’a été adopté qu’à une courte majorité, révélant la fragilité du consensus.
« Il est très important de fermer la frontière politique et de dire : “Ici, c’est une famille. Vous n’avez pas votre place pour répandre des mensonges, attiser la haine contre l’UE et dire aux gens que [l’adhésion] n’aura jamais lieu.” » — Edi Rama, Premier ministre albanais
La question russe et l’urgence diplomatique
Rama a également appelé à un dialogue avec la Russie pour mettre fin à la guerre en Ukraine. « J’espère qu’ils commenceront à se comprendre sur la manière de mettre fin à cette guerre », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant que Moscou reste un acteur hostile. Il a qualifié la Russie d’« ennemi » de l’Europe, « une force qui tue des gens tous les jours dans un autre pays ». Cette position tranche avec les réticences de certains États membres à engager des discussions avec le Kremlin.
Les perspectives de cessez-le-feu se sont renforcées depuis que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a proposé une rencontre en face à face avec Vladimir Poutine, évoquant un « cessez-le-feu total ». Pour Rama, chaque « âme démocratique » doit œuvrer en faveur de la paix, malgré l’hostilité russe.
Pour Rama, l’enjeu est clair : éviter que les lenteurs du processus ne nourrissent le scepticisme dans les Balkans. « On ne peut pas dire aux enfants : “Vous devez rester quelque part dans le voisinage et, quand vous serez prêts, vous rejoindrez la famille.” » Son message, teinté d’urgence, résume les défis politiques et symboliques qui attendent l’UE.
L’Albanie, candidate depuis 2014, attend des avancées sur les négociations ouvertes en 2020. Les propositions franco-allemandes d’« intégration graduelle structurée » pourraient offrir des avantages intermédiaires, mais aucune date officielle n’a été fixée pour une adhésion complète. Les prochaines discussions au Conseil européen en décembre 2026 seront déterminantes.