L’Allemagne n’a obtenu que 104 voix lors du scrutin pour un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, selon Euronews FR. Un résultat insuffisant face aux 134 voix du Portugal et aux 131 voix de l’Autriche, qui occuperont ces deux places à partir du 1er janvier 2027. Plusieurs facteurs expliquent cet échec, allant de l’influence russe aux critiques sur la politique allemande dans les conflits internationaux.
Ce qu'il faut retenir
- L’Allemagne a recueilli 104 voix contre 134 pour le Portugal et 131 pour l’Autriche lors du vote pour un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.
- Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul (CDU), accuse Moscou d’avoir œuvré en coulisses contre la candidature allemande.
- Des critiques reprochent à Berlin une politique étrangère jugée incohérente, notamment sur le conflit israélo-palestinien.
- Le lancement tardif de la campagne allemande en 2019, comparé à l’Autriche (2011) et au Portugal (2013), a joué en défaveur de Berlin.
- Des voix s’élèvent pour remettre en cause le soutien financier de l’Allemagne à l’ONU, bien que le gouvernement maintienne son engagement.
Des accusations de campagne russe contre la candidature allemande
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul (CDU), a directement pointé du doigt la Russie pour l’échec de la candidature de l’Allemagne au Conseil de sécurité. « Que la Russie ne veuille pas d’une telle voix à la table du Conseil de sécurité et qu’elle ait également mené campagne contre nous n’a rien de secret », a-t-il déclaré, cité par Reuters. Wadephul n’a pas détaillé les actions concrètes menées par Moscou, mais a insisté sur l’opposition russe à la présence d’un siège supplémentaire occupé par un pays occidental.
Pour autant, Wadephul n’a pas limité les explications à l’influence russe. Il a également souligné que la position de l’Allemagne dans d’autres conflits, comme au Proche-Orient, n’est pas partagée par tous les États membres. Une nuance importante, alors que Berlin se retrouve souvent au cœur de débats sur son rôle dans les tensions régionales.
Une politique étrangère critiquée pour son manque de cohérence
Au-delà des manœuvres diplomatiques, l’Allemagne fait face à des reproches récurrents concernant sa politique de deux poids, deux mesures. Ekkehard Griep, président de l’Association allemande pour les Nations Unies (DGVN), a évoqué ces critiques lors d’un entretien avec Euronews FR. Il a notamment cité l’attitude allemande face au conflit israélo-palestinien : « D’un côté, l’Allemagne dénonce avec véhémence la violation du droit international par le Hamas le 7 octobre. De l’autre, elle n’insiste pas avec la même vigueur sur le respect du droit international dans la conduite de la guerre par Israël. »
Ces contradictions perçues ont pu influencer certains votes, même si les résultats ne permettent pas d’identifier une cause unique. Plusieurs diplomates et experts soulignent que la perception d’un manque de neutralité a pu jouer contre Berlin, alors que le Portugal et l’Autriche, candidats mieux établis, ont bénéficié d’une image plus consensuelle.
Un retard dans la campagne qui a joué en défaveur de l’Allemagne
Parmi les éléments avancés pour expliquer cet échec, le lancement tardif de la campagne allemande est souvent cité. Contrairement à l’Autriche, qui a annoncé sa candidature dès 2011, et au Portugal, qui s’y est engagé en 2013, Berlin n’a officiellement lancé sa démarche qu’en 2019. Un retard qui s’est avéré difficile à combler, malgré les efforts diplomatiques déployés dans les années suivantes.
Ce retard s’explique en partie par le contexte politique allemand, marqué par des changements de majorité et des priorités différentes. Pourtant, pour Ekkehard Griep, cette lenteur a eu un impact direct : « L’avance acquise pendant des années par le Portugal et surtout par l’Autriche sur la scène diplomatique ne pouvait plus être rattrapée dans la dernière ligne droite. » Wadephul, interrogé sur ce point, a confirmé : « La raison principale est simplement que nous nous sommes lancés beaucoup trop tard dans cette course. »
Un débat sur le financement de l’ONU en Allemagne
Face à cet échec, certaines voix s’élèvent pour remettre en question l’engagement financier de l’Allemagne au sein de l’ONU. Manfred Pentz, ministre des Affaires internationales du Land de Hesse (CDU), a ainsi interrogé dans les colonnes du journal Bild : « Si, à l’avenir, nous n’y avons pas l’influence qui nous revient, la question se pose : pourquoi devrions-nous continuer à investir autant d’argent dans l’ONU ? » L’Allemagne figure parmi les principaux contributeurs financiers de l’organisation, avec des contributions annuelles estimées à plusieurs centaines de millions d’euros.
Ekkehard Griep a tempéré ces propos, estimant qu’une réduction du soutien financier « rendrait notre propre campagne peu crédible ». Pour lui, l’enjeu dépasse le simple siège au Conseil de sécurité : « Ce que nous voulons réellement atteindre en tant qu’Allemagne, à savoir un monde meilleur, notamment en recourant au système des Nations unies, serait alors encore bien plus difficile à atteindre. » Le ministre Wadephul, lors d’une rencontre avec son homologue mexicain Roberto Velasco à Mexico, a réaffirmé que « c’est le Parlement qui décide du niveau de l’engagement financier ». Il s’est cependant dit favorable au maintien de l’engagement actuel, rappelant que « aucune autre institution ne dispose d’une légitimité supérieure à celle de l’ONU lorsqu’il s’agit de résoudre des crises et des conflits ».
Des réactions politiques opposées face à l’échec
L’opposition allemande n’a pas manqué de critiquer la politique étrangère du gouvernement. Claudia Roth, ancienne ministre déléguée à la Culture et coprésidente des Verts, a écrit sur Instagram : « La défaite de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU est la facture d’une politique étrangère et de développement mollassonne. Un an de coalition noir-rouge est marqué par un retrait de la responsabilité internationale : ceux qui relativisent le droit international, procèdent à des coupes radicales dans l’aide humanitaire et la coopération au développement et rompent les engagements climatiques internationaux ne doivent pas s’étonner de la perte de crédibilité sur la scène internationale. »
À l’inverse, Marie-Agnes Strack-Zimmermann, membre de la présidence du FDP et députée au Parlement européen, a défendu sur X (ex-Twitter) la nécessité de maintenir l’engagement international de l’Allemagne : « L’échec de l’Allemagne lors de l’élection au Conseil de sécurité de l’ONU est une cuisante défaite de politique étrangère. Mais en tirer la conclusion qu’il faudrait maintenant se retirer ou remettre en question notre engagement international serait totalement erroné. C’est précisément maintenant que l’Allemagne doit prouver que nous sommes un partenaire fiable de l’ordre international fondé sur des règles. »
L’Allemagne reste un acteur clé de l’ONU, et son engagement dans les missions de maintien de la paix ou de reconstruction post-conflit pourrait lui permettre de regagner une partie de son influence perdue lors de ce scrutin. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si Berlin parviendra à transformer cet échec en opportunité de réforme.
Un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU permet à un État membre d’occuper un siège temporaire (deux ans) pour participer aux décisions concernant la paix et la sécurité internationales. Ces sièges sont répartis géographiquement et élus par l’Assemblée générale. Les membres non permanents n’ont pas de droit de veto, mais leur influence dépend de leur poids diplomatique et de leur capacité à fédérer autour de positions communes.