Pour la première fois de son histoire, l’Allemagne n’a pas été élue au Conseil de sécurité de l’ONU pour le mandat 2027-2028, une première pour la première économie européenne qui se présentait comme candidate. Selon Le Figaro, Berlin n’a recueilli que 104 voix lors du vote de l’Assemblée générale, loin derrière le Portugal (134 voix) et l’Autriche (131 voix), qui ont été élus dès le premier tour pour occuper les deux sièges réservés à l’Europe de l’Ouest.
Ce qu'il faut retenir
- L’Allemagne, qui n’avait jamais échoué à entrer au Conseil de sécurité depuis six participations, n’a obtenu que 104 voix sur les deux-tiers nécessaires pour être élue.
- Le Portugal et l’Autriche ont été élus dès le premier tour avec respectivement 134 et 131 voix, remplaçant des membres sortants comme le Pakistan ou la Somalie à partir de janvier 2027.
- Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a qualifié le résultat de « défaite amère » et évoqué des raisons diplomatiques, dont la position de Berlin sur l’Ukraine et Israël.
- Selon l’analyste Daniel Forti (International Crisis Group), l’échec allemand s’expliquerait par une entrée tardive dans la course et une similitude perçue avec l’Autriche.
Un revers historique pour Berlin
L’Allemagne, membre du G7 et premier contributeur financier à l’ONU, avait siégé six fois au Conseil de sécurité sans jamais essuyer d’échec. Pourtant, mercredi 3 juin 2026, le pays a vu son ambition d’entrer à nouveau dans l’organe exécutif de l’Organisation des Nations unies s’effondrer. « Évidemment, le résultat est une véritable déception, c’est une défaite amère », a déclaré Johann Wadephul devant la presse après le vote, selon les propos rapportés par Le Figaro.
Le Conseil de sécurité compte 15 membres : cinq pays permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et dix sièges non permanents, renouvelés par moitié chaque année. Pour l’Europe de l’Ouest, deux sièges étaient à pourvoir pour la période 2027-2028. Trois pays étaient en lice, mais l’Allemagne n’a pas réussi à rallier les deux-tiers des voix nécessaires, un seuil fixé à 130 voix cette année.
Portugal et Autriche l’emportent dès le premier tour
Le Portugal et l’Autriche ont été élus dès le premier tour, obtenant respectivement 134 et 131 voix, soit les deux-tiers requis. Le chancelier autrichien Christian Stocker a salué un « succès diplomatique majeur » pour son pays. De son côté, Wadephul a pointé du doigt les positions diplomatiques de l’Allemagne, notamment son soutien « infaillible » à l’Ukraine, un dossier qui aurait irrité la Russie. « Ce n’est pas un secret que la Russie ne veut pas d’une telle voix à la table du Conseil de sécurité », a-t-il précisé, ajoutant que Moscou « a fait campagne contre nous ».
L’analyste Daniel Forti, de l’International Crisis Group, avance une autre explication : l’Allemagne aurait été pénalisée par une entrée tardive dans la course, contrairement à l’Autriche, qui mène une « campagne intensive depuis plus de dix ans » en mettant en avant le rôle des « petits pays ». Forti souligne également une possible lassitude de certains États membres face à la similarité des profils allemand et autrichien au sein du Conseil.
D’autres élus et des dynamiques régionales contrastées
Parmi les autres pays élus mercredi, le Zimbabwe a remporté le siège africain dès le premier tour avec 182 voix, tandis que Trinité-et-Tobago a été choisi pour le groupe Amérique latine et Caraïbes (181 voix). En Asie, il a fallu quatre tours pour départager le Kirghizstan, qui l’a emporté face aux Philippines.
Ces nouveaux membres remplaceront à partir du 1er janvier 2027 le Pakistan, la Somalie, la Grèce, le Danemark et le Panama. Ils rejoindront cinq autres pays déjà élus pour 2026-2027 : la République démocratique du Congo, le Liberia, la Lettonie, la Colombie et Bahreïn.
« Berlin a probablement échoué en raison d'une entrée tardive dans la course par rapport à l'Autriche qui a fait une campagne intensive pendant plus de dix ans, en mettant en avant le rôle des "petits pays". »
— Daniel Forti, analyste à l’International Crisis Group, cité par Le Figaro
Un revers qui n’entame pas l’influence allemande à l’ONU
Malgré ce revers, l’Allemagne devrait conserver une voix influente au sein de l’ONU. Premier contributeur financier de l’organisation, Berlin joue un rôle clé dans les négociations internationales et les dossiers humanitaires. « L’Allemagne continuera d’être une voix influente au sein de l’ONU », a assuré Daniel Forti, tout en reconnaissant que ce résultat reflète une perte temporaire de soutien diplomatique.
Le vote de mercredi illustre aussi les tensions géopolitiques actuelles. La position allemande sur la guerre en Ukraine, soutenue par une majorité d’États membres, a clairement pesé dans le scrutin. Wadephul a rappelé que Berlin « n’a pas changé de cap » et que cette politique « est partagée par la majorité des pays ».
Les nouveaux membres élus entreront en fonction le 1er janvier 2027, date à laquelle ils remplaceront les pays sortants. Leur mandat s’achèvera fin 2028, laissant entrevoir de nouvelles élections dans un contexte international toujours marqué par des tensions persistantes.
L’Allemagne, le Portugal et l’Autriche remplaceront le Pakistan, la Somalie, la Grèce, le Danemark et le Panama à partir du 1er janvier 2027. Le Zimbabwe, Trinité-et-Tobago et le Kirghizstan entreront également au Conseil pour la période 2027-2028.