Alors que l’Europe voit le nombre total de projets d’investissement étrangers chuter à son plus bas niveau depuis onze ans, l’Allemagne, autrefois locomotive économique du continent, enregistre un recul marqué de son attractivité. Selon Euronews FR, qui s’appuie sur l’EY Europe Attractiveness Survey 2025, seulement 5 026 nouveaux projets ont été annoncés en Europe l’an dernier, soit 7 % de moins qu’en 2024. Une tendance qui illustre la concurrence accrue entre les États pour séduire les entreprises internationales, dans un contexte économique mondial marqué par des incertitudes persistantes.
Ce qu'il faut retenir
- L’Allemagne, malgré une baisse de 10 % en 2025, reste en 3ᵉ position en Europe avec 548 projets, son niveau le plus bas depuis 2009
- La France conserve la 1ʳᵉ place malgré un recul de 17 % (852 projets), devant le Royaume-Uni (730 projets, -14 %)
- L’Espagne (+20 %) et la Turquie (+7 %) enregistrent les plus fortes progressions, tandis que l’Italie, la Belgique et le Portugal voient leurs chiffres reculer
- Les États-Unis redeviennent le premier investisseur en Allemagne (98 projets, +9 %), devant la Chine (82 projets, -15 %)
- À l’échelle mondiale, les investissements directs étrangers ont chuté de 11 % en 2024, avec un recul de 58 % pour l’Europe
L’Allemagne, un géant économique en perte de vitesse
Avec 548 projets d’investissement en 2025, l’Allemagne conserve sa troisième place européenne, mais paie le prix fort d’une baisse continue de son attractivité. Le nombre de nouveaux projets a reculé de 10 % sur un an, et de 44 % depuis 2019, un repli bien plus marqué que celui enregistré par la France (-28 %) ou le Royaume-Uni (-34 %). Une tendance qui s’inscrit dans la durée et interroge sur la capacité du pays à maintenir son rang de première économie européenne. « Une forte pression fiscale, des coûts du travail élevés, une énergie chère et une bureaucratie paralysante » expliquent en grande partie ce déclin, selon les analystes cités par Euronews FR.
Bref, l’image d’un « rocher économique au milieu de la tempête » s’effrite. L’Allemagne, qui a longtemps incarné la stabilité et la qualité de son environnement des affaires, voit son attractivité remise en question par des investisseurs de plus en plus regardants. Un constat qui contraste avec les ambitions affichées par Berlin ces dernières années en matière de transition énergétique et d’innovation industrielle.
La France en tête, mais sous la menace de la concurrence
Malgré un net repli (-17 %) en 2025, avec 852 projets d’investissement, la France conserve la première place en Europe. Une performance qui s’explique en partie par la stratégie offensive menée depuis 2018 sous le label « Choose France ». Lors du dernier forum des investisseurs, le président Emmanuel Macron a annoncé s’attendre à des engagements étrangers à hauteur de 93 milliards d’euros, un record selon l’Élysée. Pourtant, cette dynamique ne suffit pas à masquer les défis structurels du pays, comme la complexité administrative ou des coûts énergétiques élevés.
Le Royaume-Uni, avec 730 projets (-14 %), complète le podium, talonné par l’Espagne qui réalise une percée remarquable. Avec 383 projets, soit une hausse de 20 %, le pays ibérique se classe désormais en 4ᵉ position, devant la Turquie (376 projets, +7 %). Ces deux pays profitent notamment d’une main-d’œuvre qualifiée et de coûts opérationnels comparativement plus attractifs que dans les économies occidentales.
Les gagnants et les perdants de l’année 2025
Parmi les pays en progression, la Pologne confirme son attractivité avec 285 projets (+10 %), tandis que les Pays-Bas enregistrent une hausse de 8 % (159 projets). À l’inverse, l’Italie (-8 %), la Belgique (-11 %) et le Portugal (-5 %) voient leurs chiffres diminuer. Des disparités qui reflètent des stratégies économiques différenciées et des environnements des affaires parfois contrastés. En Allemagne, par exemple, le secteur industriel, historiquement porteur, subit de plein fouet la hausse des coûts énergétiques et la concurrence des pays à bas salaires.
Les raisons de cette prudence des investisseurs sont multiples. Selon Euronews FR, la faiblesse de la croissance économique en Europe, les incertitudes géopolitiques et les conflits commerciaux pèsent sur les décisions des multinationales. « Les entreprises internationales hésitent davantage à engager des capitaux dans un contexte où les coûts restent élevés et les perspectives de croissance limitées », explique un expert cité par le média. La complexité réglementaire en Europe est également pointée du doigt, freinant l’implantation de nouveaux sites industriels ou de centres de recherche.
L’origine des investissements en mutation
Les flux d’investissement vers l’Allemagne illustrent cette évolution des priorités. En 2025, les entreprises américaines sont redevenues les premiers investisseurs étrangers en Allemagne, avec 98 projets (+9 %), devant la Chine (82 projets, -15 %). Un retournement de situation après que Pékin avait dépassé Washington en 2024. Pourtant, malgré cette embellie, les chiffres restent bien en deçà de ceux enregistrés il y a dix ans, où l’Allemagne attirait plus de 200 projets américains par an.
À l’échelle européenne, les États-Unis restent le premier investisseur étranger avec 943 projets en 2025, devant les entreprises allemandes elles-mêmes. Ces dernières, malgré un recul de 24 % de leurs investissements à l’étranger, conservent leur statut de premier investisseur européen. La France et la Turquie se distinguent comme les principales destinations des capitaux allemands, marquant un recentrage géographique des entreprises du pays.
L’Europe en recul face à la concurrence mondiale
Si l’Europe peine à attirer les investisseurs, c’est aussi parce que le continent perd du terrain face à d’autres régions du monde. Selon le World Investment Report 2025 de la CNUCED, les investissements directs étrangers (IDE) mondiaux ont reculé de 11 % en 2024, pour s’établir à 1 493 milliards de dollars. Une baisse qui touche particulièrement l’Europe, où les flux ont chuté de 58 %, passant de 439 à 182 milliards de dollars. Dans le même temps, l’Amérique du Nord enregistre une progression de 23 %, tandis que l’Asie, malgré un léger recul de 3 %, reste la première destination des capitaux internationaux avec 605 milliards de dollars.
Cette désaffection pour l’Europe s’explique en partie par des facteurs structurels, comme la rigidité des marchés du travail ou des fiscalités parfois dissuasives. Les « économies relais » – comme le Luxembourg, les Pays-Bas ou l’Irlande – sont exclues des calculs de la CNUCED pour éviter les distorsions liées aux holdings et aux flux financiers intra-groupes. Une méthodologie qui met en lumière la fragilité de l’attractivité réelle du continent, au-delà des effets d’aubaine.
Reste à voir si l’Allemagne parviendra à retrouver une partie de son attractivité perdue, ou si d’autres pays européens, comme l’Espagne ou la Pologne, continueront leur ascension. Une chose est sûre : dans un contexte économique mondial incertain, chaque projet d’investissement compte, et la bataille pour attirer les entreprises internationales ne fait que commencer.
Plusieurs facteurs expliquent ce recul. D’abord, la pression fiscale et les coûts du travail élevés pèsent sur la compétitivité des entreprises. Ensuite, les prix de l’énergie, bien que légèrement atténués depuis 2023, restent élevés et pénalisent les industries énergivores. Enfin, la bureaucratie et la complexité réglementaire en Allemagne sont souvent pointées du doigt par les investisseurs internationaux comme des freins majeurs à l’implantation de nouveaux projets.
Plusieurs pistes sont envisagées. L’Union européenne travaille sur une simplification des normes pour réduire la charge administrative pesant sur les entreprises. Par ailleurs, des plans de relance ciblés, notamment dans les énergies renouvelables et les technologies vertes, pourraient attirer de nouveaux capitaux. Enfin, la renégociation des accords commerciaux avec les États-Unis et la Chine sera cruciale pour sécuriser les flux d’investissement.