La première puissance économique européenne, l'Allemagne, traverse une crise multidimensionnelle qui dépasse largement le cadre national. Selon Euronews FR, Berlin a subi une humiliation diplomatique en mai 2026 avec l'échec de sa candidature à un siège non permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, un revers qui en dit long sur la perte de crédibilité internationale du pays. Contre toute attente, l'Allemagne s'est inclinée face à des nations bien plus petites comme le Portugal et l'Autriche, un résultat que le chroniqueur Claus Strunz qualifie de « sérieux avertissement » pour Berlin.
Ce qu'il faut retenir
- L'Allemagne a perdu son siège au Conseil de sécurité de l'ONU face à des pays comme le Portugal et l'Autriche, une première pour la première économie européenne.
- Seize ans de gouvernance Merkel (2005-2021) ont été suivis de trois années de coalition dysfonctionnelle sous Olaf Scholz (2021-2024), avant l'arrivée de Friedrich Merz à la chancellerie.
- Quatre priorités sont identifiées pour relancer l'Allemagne : compétitivité économique, défense, gestion des migrations et innovation technologique.
- Le « Made in Germany » est désormais associé aux coûts élevés et à l'inefficacité, une dégradation de l'image qui menace la stabilité européenne.
Pour Claus Strunz, directeur de la rédaction d'Euronews, cette défaite diplomatique n'est que la partie émergée d'un iceberg bien plus large. Après 16 années de gouvernance Angela Merkel, marquées par des erreurs stratégiques en matière d'énergie, d'économie et de politique migratoire, puis trois années de « coalition dysfonctionnelle » dirigée par Olaf Scholz, le gouvernement actuel de Friedrich Merz, en poste depuis 2025, peine à redonner une impulsion forte à Berlin. Résultat : l'Allemagne, autrefois moteur de l'Europe, est aujourd'hui perçue comme une puissance en déclin, tant sur le plan politique qu'économique.
Le « Made in Germany », symbole historique de qualité et d'innovation, est aujourd'hui souvent associé à des coûts prohibitifs et à une bureaucratie paralysante. Comme le souligne Strunz, le pays est devenu « une maison de retraite et un musée d'un monde qui n'existe plus ». Une métaphore forte qui résume la perte de dynamisme d'une nation qui devrait, en théorie, tirer l'Europe vers l'avant.
Une crise de crédibilité qui dépasse les frontières
La défaite diplomatique du mois de mai 2026 n'est pas un accident isolé. Elle s'inscrit dans une tendance de fond : l'Allemagne, première économie européenne, est de moins en moins prise au sérieux sur la scène internationale. Si le Portugal, par exemple, bénéficie d'un important capital de sympathie en Afrique et que son secrétaire général de l'ONU, António Guterres, y contribue largement, l'Autriche voisine a elle aussi obtenu un nombre de voix bien supérieur à celui de Berlin. Pour Strunz, ce résultat est « à la fois une humiliation et un avertissement ».
Cette perte de confiance se manifeste également dans les choix économiques. Les investisseurs et les partenaires internationaux perçoivent désormais l'Allemagne comme un pays en déclin, où la compétitivité s'effrite. Le coût élevé de l'énergie, une administration jugée pléthorique, une numérisation insuffisante et un niveau d'investissement trop faible ont affaibli le socle économique sur lequel reposait autrefois le leadership allemand. Bref, l'équation qui faisait de l'Allemagne le pilier de l'Europe n'est plus valable.
Pourtant, le rôle de Berlin reste crucial. Comme le rappelle le chroniqueur, « l'UE existe tant que l'Allemagne paie », une phrase souvent entendue à Bruxelles, tantôt avec ironie, tantôt avec inquiétude. Sans une Allemagne forte et fiable, c'est toute la construction européenne qui pourrait vaciller. Le risque ? Voir l'Union européenne perdre sa prospérité, sa sécurité et son influence face aux États-Unis et à la Chine, les deux superpuissances qui dominent désormais la géopolitique mondiale.
Quatre chantiers prioritaires pour Berlin
Pour Claus Strunz, la refondation de l'Allemagne ne peut plus attendre. Quatre domaines sont identifiés comme prioritaires pour permettre à Berlin de retrouver sa place centrale en Europe et dans le monde. Premier impératif : retrouver la compétitivité économique. Le coût élevé de l'énergie, une bureaucratie envahissante, une numérisation poussive et un niveau d'investissement insuffisant ont affaibli la première économie du continent. Des réformes structurelles sont nécessaires pour restaurer la compétitivité allemande et redonner confiance aux investisseurs.
Deuxième priorité : reconstruire les capacités de défense. Les réalités géopolitiques ont radicalement changé ces dernières années. La paix et la stabilité en Europe ne vont plus de soi, comme en témoignent les tensions en Ukraine et les ambitions de la Russie. Berlin a fixé un objectif ambitieux pour la Bundeswehr : devenir « la plus puissante armée conventionnelle d'Europe » d'ici 2039. Que cet objectif soit réaliste ou non, il marque au moins une volonté de s'engager davantage dans la sécurité du continent, un rôle que l'Allemagne doit désormais assumer pleinement.
Troisième enjeu majeur : mieux gérer les flux migratoires. Strunz insiste sur un point clé : humanité et ordre ne s'excluent pas. Un pays qui ne protège pas ses frontières, expulse rarement les migrants en situation irrégulière et laisse l'immigration illégale lui échapper ne sera pas pris au sérieux. Des frontières sûres, un système d'asile fonctionnel et une intégration réussie sont des prérequis pour maintenir la cohésion sociale et la confiance dans l'État de droit démocratique.
Enfin, quatrième priorité : redevenir un pôle d'innovation. L'intelligence artificielle, les infrastructures numériques, l'industrie de pointe, la recherche scientifique et les nouvelles technologies énergétiques détermineront la prospérité des générations futures. Pourtant, l'Allemagne, autrefois leader en matière d'éducation et d'invention, recule dans les classements internationaux. Le pays ne compte plus d'université de rang mondial, remporte peu de grands prix scientifiques et surréglemente des secteurs clés comme l'IA ou la génétique. Pour Strunz, il est urgent de tourner la page de l'idéologie et de privilégier le pragmatisme pour rattraper le retard accumulé face aux États-Unis et à la Chine.
« Les valeurs n'ont de poids que si elles s'appuient sur la puissance. Le leadership naît de la force économique, de la crédibilité politique et de la capacité à résoudre les problèmes. »
— Claus Strunz, directeur de la rédaction d'Euronews FR
Un avenir incertain pour l'Allemagne et l'Europe
Pour Claus Strunz, l'Allemagne n'a pas d'autre choix que de se réinventer rapidement. Si elle échoue, le continent européen tout entier en paiera le prix. La question n'est plus de savoir si l'Allemagne peut se permettre de rester dans cet état de déclin relatif, mais bien si elle peut se permettre de ne pas réagir. Comme le rappelle Strunz, l'histoire allemande offre des précédents encourageants : en 1648, la paix de Westphalie a mis fin à la guerre de Trente Ans et posé les bases de la diplomatie moderne en Europe. En 1945, après la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne et l'Europe se sont relevées de leurs ruines pour construire une coopération continentale durable. Enfin, en 1990, la réunification allemande a symbolisé la fin de la guerre froide et le retour de la démocratie en Europe centrale.
Un nouveau départ s'impose donc, et ce, dès maintenant. Pour Strunz, il existe deux issues possibles : soit l'Allemagne se relève et redevient un partenaire fiable pour l'Europe, soit elle sombre dans le déclin et emporte avec elle le projet européen. Dans ce dernier cas, Berlin pourrait entrer dans l'histoire comme « le fossoyeur » de l'Union, plutôt que comme le « médecin » qui a sauvé le patient. Le chancelier Friedrich Merz, en poste depuis 2025, joue un rôle déterminant dans cette équation.
Sans un sursaut rapide, l'Allemagne pourrait bien devenir le maillon faible de l'Europe, un scénario qui, selon Claus Strunz, mettrait en péril la stabilité, la prospérité et l'influence du continent tout entier. Le temps des discours est révolu : place désormais à l'action.
Selon Euronews FR, plusieurs facteurs expliquent ce résultat. D'abord, l'Autriche bénéficie d'une image diplomatique positive, notamment en raison de sa neutralité historique et de son engagement dans les opérations de maintien de la paix. Ensuite, le fait que le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, soit portugais a probablement favorisé le Portugal. Enfin, l'Allemagne, perçue comme en déclin économique et politique, a peut-être perdu des points auprès des pays votants, qui préfèrent désormais soutenir des nations perçues comme plus stables ou plus innovantes.
Parmi les pistes évoquées par Claus Strunz, on trouve la réduction du coût de l'énergie, la simplification administrative, l'accélération de la numérisation et une augmentation significative des investissements publics et privés. Par exemple, Berlin pourrait revoir sa politique énergétique pour réduire la dépendance aux importations coûteuses, tout en accélérant le déploiement des énergies renouvelables. Une réforme fiscale incitant à l'innovation et à l'embauche pourrait également être envisagée.