Une cérémonie symbolique s’est tenue jeudi à l’ambassade de France à Berlin : l’Allemagne a restitué à la famille de l’historien et résistant Marc Bloch sept livres confisqués par les nazis en 1942, moins d’un mois avant son entrée au Panthéon. Selon Le Figaro, ces ouvrages, saisis lors des persécutions antisémites, ont été remis à ses descendants lors d’une cérémonie officielle.

Ce qu'il faut retenir

  • Sept ouvrages de Marc Bloch, volés par les nazis en 1942, ont été restitués à sa famille avant son entrée au Panthéon prévue le 23 juin 2026.
  • Ces livres, pour la plupart en français, portent la signature de l’historien et seront déposés à la bibliothèque Halphen de la Sorbonne, spécialisée en études médiévales.
  • Parmi eux figure Fontamara, roman antifasciste d’Ignazio Silone, avec l’ex-libris des Bloch : « Veritas vinum vitae » (la vérité est le vin de la vie).
  • La restitution a été saluée comme « une reconnaissance majeure d’une injustice historique » par le ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimer.
  • Sur les 5 000 à 7 000 ouvrages de Bloch volés par les nazis, seuls 2 000 environ ont été restitués à la Libération ; les autres restent dispersés en Europe.
  • Marc Bloch, arrêté le 8 mars 1944 à Lyon, a été fusillé le 16 juin 1944 à la prison de Montluc avec 27 camarades.

Des livres volés pourchassés par l’idéologie nazie

Les sept ouvrages restitués proviennent de bibliothèques allemandes — Berlin, Francfort et Greiz — où ils avaient été transférés après leur confiscation. Selon Le Figaro, la majorité de ces livres traitent d’histoire et de philosophie, deux domaines chers à Marc Bloch, médiéviste de renom. Tous portent sa signature, facilitant leur identification. Seuls Fontamara, premier roman antifasciste de l’écrivain italien Ignazio Silone, et un ouvrage en allemand complètent cette restitution.

Sur ce dernier livre, un ex-libris personnalisé attire l’attention : une gravure représentant un homme foulant du raisin dans une cuve, accompagnée de la devise latine « Veritas vinum vitae ». Une référence explicite à la quête de vérité qui animait Marc Bloch, engagé dans la Résistance et dont l’œuvre, comme ses actes, incarne cette exigence intellectuelle et morale.

Une restitution symbolique en amont du Panthéon

Cette restitution intervient à un moment clé : Marc Bloch doit entrer au Panthéon le 23 juin 2026, soit 82 ans après son exécution. Le président Emmanuel Macron avait annoncé cette panthéonisation en novembre 2024, saluant « l’œuvre, l’enseignement et le courage » du résistant. Né en 1886 à Lyon dans une famille juive alsacienne, Bloch était professeur d’histoire médiévale à l’université de Strasbourg avant la Seconde Guerre mondiale.

Son arrestation par la Gestapo le 8 mars 1944 à Lyon marque le début d’un calvaire : emprisonné à la prison de Montluc, il subit la torture avant d’être fusillé le 16 juin 1944 aux côtés de 27 compagnons. Son épouse, Simonne Vidal, gravement affectée par ces événements, décédera peu après. Leur histoire incarne la résistance intellectuelle et physique face à l’oppression nazie.

Une recherche encore en cours pour retrouver d’autres ouvrages

Katharina Scheibe, responsable de la restitution à la Bibliothèque de Berlin, a indiqué à l’AFP que d’autres livres de Marc Bloch pourraient encore se trouver dans des bibliothèques ou collections privées en Allemagne. « Nous ne pouvons exclure que d’autres ouvrages soient encore en notre possession », a-t-elle précisé. Selon Le Figaro, les recherches se poursuivent, mais leur aboutissement reste incertain. À ce jour, aucun élément ne permet d’établir avec certitude qui a organisé le transfert des ouvrages de Marc Bloch en Allemagne.

Cette restitution s’inscrit dans un mouvement plus large de retour des biens spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Si 2 000 à 3 000 livres environ ont été rendus à la Libération, une grande partie des 5 000 à 7 000 ouvrages de Bloch reste dispersée à travers l’Europe. Leur récupération s’annonce complexe, en raison de leur dispersion géographique et de la multiplicité des acteurs impliqués dans leur confiscation.

Un geste salué par les autorités françaises et allemandes

Cette restitution a été qualifiée de « signe fort de l’amitié franco-allemande » par l’ambassadeur de France en Allemagne, François Delattre. Du côté allemand, le ministre de la Culture, Wolfram Weimer, y voit « une reconnaissance majeure d’une injustice historique ». Ces déclarations soulignent l’importance symbolique de ce geste, à quelques semaines de la panthéonisation de Marc Bloch, figure majeure de l’histoire intellectuelle française.

« C’est un pas important vers la réparation d’un tort historique. La restitution de ces ouvrages rappelle aussi l’importance de préserver la mémoire des victimes de la barbarie nazie. »
— François Delattre, ambassadeur de France en Allemagne

Et maintenant ?

Les sept ouvrages restitués seront prochainement déposés à la bibliothèque Halphen, spécialisée en études médiévales à la Sorbonne. Cette restitution pourrait relancer les recherches sur d’autres livres de Marc Bloch encore dispersés. Les autorités françaises et allemandes ont indiqué que les enquêtes se poursuivraient, sans however annoncer de calendrier précis. D’ici au 23 juin 2026, date de la panthéonisation, d’autres gestes symboliques pourraient être envisagés pour honorer la mémoire de l’historien et résistant.

Cette restitution pose aussi la question de la récupération des autres biens culturels spoliés pendant la guerre. Si des progrès ont été réalisés ces dernières années, le processus reste long et semé d’embûches. La coopération entre les bibliothèques européennes et les institutions françaises et allemandes sera déterminante pour avancer dans ce dossier.

Ces ouvrages ont été identifiés grâce à la signature de Marc Bloch présente sur chacun d’eux, ce qui a facilité leur traçabilité. Ils proviennent de bibliothèques allemandes où ils avaient été transférés après leur confiscation par les nazis en 1942.