Selon Le Monde, le débit de l’Amou-Daria, principal fleuve d’Asie centrale et source vitale pour l’irrigation en Ouzbékistan, diminue sous l’effet conjugué du changement climatique et de la surexploitation des ressources en eau. Ce phénomène met en péril la production de riz, céréale centrale dans l’alimentation ouzbèke, et interroge sur l’avenir de la sécurité alimentaire dans cette région déjà fragilisée.
Ce qu'il faut retenir
- Débit en baisse : Le fleuve, qui prend sa source dans les glaciers du Tadjikistan avant de se jeter dans l’ancienne mer d’Aral, voit son débit diminuer chaque année en raison de la fonte accélérée des glaciers et de la réduction des précipitations.
- Riz en danger : Le riz, céréale majeure en Ouzbékistan où il représente environ 30 % des surfaces cultivées, dépend à plus de 90 % de l’irrigation par l’Amou-Daria.
- Crise environnementale : La mer d’Aral, autrefois quatrième plus grande étendue d’eau intérieure au monde, s’est réduite de plus de 90 % depuis les années 1960, en partie à cause de la diversion des eaux de l’Amou-Daria et du Syr-Daria pour l’agriculture intensive.
Un fleuve historique au cœur d’une crise écologique
L’Amou-Daria, long de 2 400 kilomètres, est un cours d’eau historique qui traverse plusieurs pays d’Asie centrale, dont l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. « Il est le principal pourvoyeur d’eau pour l’agriculture dans la région », a rappelé un expert en hydrologie cité par Le Monde. Pourtant, son débit a chuté de près de 30 % depuis les années 1980, selon les données de l’Organisation météorologique mondiale. Cette baisse s’explique en grande partie par la fonte des glaciers du Pamir, dont dépendent les affluents du fleuve, mais aussi par une gestion de l’eau de plus en plus contestée.
La construction de barrages hydroélectriques en amont, notamment au Tadjikistan et au Kirghizistan, a exacerbé les tensions entre les pays riverains. Ces infrastructures, bien que nécessaires pour répondre aux besoins énergétiques locaux, réduisent encore davantage le volume d’eau disponible pour l’irrigation en aval, en Ouzbékistan. « Chaque année, nous constatons une diminution des quantités d’eau qui nous parviennent », a déclaré un agriculteur de la région de Khorezm, où la culture du riz est intensive. « Sans des solutions urgentes, les prochaines récoltes pourraient être compromises. »
L’Ouzbékistan face à un défi alimentaire majeur
Avec une population de près de 36 millions d’habitants, l’Ouzbékistan est l’un des plus grands producteurs de riz au monde, exportant environ 1,2 million de tonnes par an. Le riz local, cultivé principalement dans les régions fertiles de la vallée de Ferghana et du Khorezm, est un pilier de la cuisine ouzbèke, utilisé dans des plats emblématiques comme le plov ou les samsa. Pourtant, la baisse des ressources en eau menace directement cette production.
Selon un rapport du ministère de l’Agriculture ouzbek publié en 2025, les surfaces rizicoles ont déjà reculé de 15 % entre 2020 et 2025, en raison de la sécheresse et des restrictions d’irrigation. « Si rien n’est fait, nous pourrions perdre jusqu’à 40 % de notre production d’ici 2030 », a averti un haut responsable du ministère, sous couvert d’anonymat. Face à cette situation, le gouvernement a lancé des programmes pour diversifier les cultures et introduire des variétés de riz plus résistantes à la sécheresse, mais les résultats restent limités.
Une crise qui dépasse les frontières
L’affaiblissement de l’Amou-Daria illustre les tensions croissantes autour de l’eau en Asie centrale, où les ressources hydriques sont inégalement réparties. Les cinq pays de la région — Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan et Ouzbékistan — sont engagés depuis des années dans des négociations pour un partage équitable de l’eau, sans parvenir à un accord contraignant. « Les conflits latents autour de l’eau risquent de s’aggraver », a souligné un analyste de l’Institut international de gestion de l’eau, basé à Dubaï.
La mer d’Aral, autrefois symbole de coopération environnementale, est désormais un désert toxique où les tempêtes de poussière chargées de pesticides menacent la santé des populations locales. Selon l’ONU, plus de 50 millions de personnes dans la région dépendent directement des ressources de l’Amou-Daria et du Syr-Daria. Une dégradation supplémentaire du fleuve pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà de l’agriculture.
Sans une gestion concertée et des investissements massifs dans la résilience climatique, l’Amou-Daria pourrait bien devenir le symbole d’une Asie centrale au bord de l’effondrement écologique.
Plusieurs pistes sont explorées : modernisation des systèmes d’irrigation, introduction de cultures moins gourmandes en eau, mais aussi coopération régionale renforcée. Cependant, les désaccords entre pays riverains et le manque de financements freinent les avancées.