Quatre ans après avoir été dévastée par un incendie de plus de 20 000 hectares, la commune girondine de Landiras porte encore les stigmates du drame. Les feux qui ont à nouveau frappé le sud de la Gironde cet été, notamment à Lège-Cap-Ferret, au Porge, à Saumos ou encore à Biscarrosse, ont ravivé les traumatismes des 2 200 habitants de Landiras. Selon Franceinfo – Faits divers, la petite commune du sud de la Gironde reste loin d’avoir pansé toutes ses plaies, mais elle a désormais mis en place des dispositifs pour limiter les risques futurs.
Ce qu'il faut retenir
- En 2022, l’incendie avait ravagé plus de 20 000 hectares en Gironde, affectant directement Landiras.
- Les feux récents à proximité ont provoqué un retour des angoisses chez les habitants, avec des souvenirs encore vifs de l’évacuation et des fumées étouffantes.
- La commune s’est équipée de nouveaux matériels : camion-citerne, équipements anti-incendie, cartes numérisées des parcelles, sirène et téléphones satellites.
- Des associations locales, comme Land’Avenir, se sont créées pour soutenir les patrouilles de la DFCI et renforcer les moyens de prévention.
- Un parc animalier de Landiras a accueilli des animaux rescapés des incendies récents, montrant l’impact écologique persistant.
Un paysage méconnaissable et des souvenirs douloureux
Sur le terrain, les traces de l’incendie de 2022 sont encore visibles. Fabrice Lucet, responsable des services techniques de Landiras et membre de la Défense de la forêt contre les incendies (DFCI), arpente ce qui fut autrefois une forêt de pins maritimes. Aujourd’hui, le sol n’est plus qu’un tapis de cendres et de terre, où la végétation ne dépasse pas quarante centimètres. « Avant, ici, c’était la forêt, raconte-t-il en laissant couler entre ses doigts une poudre grisâtre. Aujourd’hui, il n’y a plus que le bruit des voitures à la place du roucoulement des oiseaux. »
Ce paysage désolé rappelle à chaque instant le drame qui a frappé la commune. Morgane Lucet, son épouse, évoque avec émotion le sentiment de désespoir ressenti lors des incendies récents. « En 2022, le feu était à deux kilomètres à vol d’oiseau. Là, à une trentaine. Je me suis dit : ‘Oh non, c’est pas vrai, ça recommence…’ » Les fumées, la panique et l’évacuation des maisons ont ravivé des souvenirs qu’elle espérait oubliés. « Le week-end dernier, c’était irrespirable sur Landiras. Il fallait vraiment fermer les fenêtres. Des cendres sont carrément tombées dans les piscines », précise-t-elle.
Une mobilisation citoyenne et municipale pour prévenir les risques
Face à ces traumatismes, les habitants de Landiras ont choisi de se mobiliser. Morgane Lucet, laborantine dans une laiterie, a fondé l’association Land’Avenir avec trois amies. Leur objectif : collecter des fonds pour équiper les bénévoles de la DFCI. Grâce à des événements organisés localement, elles ont pu acheter des équipements indispensables : pantalons et vestes anti-feux, talkies-walkies longue portée, lampes frontales, sacs à fumerolles, et même un camion-citerne de 2 000 litres, autrefois utilisé par les pompiers du Vaucluse. « C’est quand même super rassurant d’avoir ce matériel. On se sent plus forts », confie Thierry Carreyre, président de la DFCI pour Landiras et vigneron de profession.
La municipalité n’est pas en reste. Le maire, Jean-Philippe Dulou, a investi dans une cartographie numérisée des maisons et parcelles à entretenir. Des courriers ont été envoyés aux propriétaires pour leur rappeler leurs obligations en matière de débroussaillage. Une cuve enterrée de 20 000 litres a été inaugurée début août près du supermarché Carrefour, et une sirène d’alerte, ainsi qu’un véhicule équipé d’un haut-parleur, seront opérationnels dès l’automne. « On est maintenant équipés comme il faut, à la hauteur du danger qui nous entoure », assure l’élu. Un investissement total de 35 000 euros a été engagé pour ces dispositifs.
Un héritage qui dépasse les frontières de Landiras
L’expérience douloureuse de 2022 a aussi permis à Landiras d’apporter son soutien aux communes voisines frappées par les incendies cet été. Plusieurs évacués du nord de la Gironde ont trouvé refuge dans des maisons du secteur, tandis que le Parc animalier Sud-Gironde, basé route de Budos, a ouvert ses enclos à des animaux rescapés : biquettes, poules, chevreuils blessés ou perdus dans les flammes de Cestas ou du Porge. « Certains souffrent de brûlures liées aux flammes, d’autres ont été blessés par des voitures ou des grillages dans leur fuite, explique Patrick Meng, le responsable. C’est notre expérience de 2022 qui permet de faire tout ça. C’est malheureux, mais c’est la vérité. »
Fabrice Lucet, lui-même agent de la DFCI, s’est rendu à Saumos pour prêter main-forte lors des incendies récents. « Si ça m’a remué ? Oui, clairement. Ça réveille des souvenirs. Je m’y suis revu. » Sur le chemin du retour, lui et ses collègues se demandaient comment se relever après de telles épreuves. « Les batailles avec les assurances, les experts… Bon courage pour l’après. Ça va durer des années et des années pour eux », confie-t-il.
Des angoisses persistantes et une vigilance de tous les instants
Quatre ans après le drame, les habitants de Landiras vivent désormais dans l’appréhension permanente. Morgane Lucet avoue être prise d’angoisse à chaque panache de fumée aperçu. Josie, rencontrée alors qu’elle faisait ses courses au Carrefour local, admet avoir toujours un sac préparé « au cas où il faudrait dégager vite encore une fois ». « Mes deux fils me disent que j’en fais trop. Moi, je ne sais pas… », confie-t-elle, les yeux perdus dans le vague. La semaine dernière encore, une fausse alerte a provoqué l’intervention des pompiers en urgence : un barbecue mal éteint avait déclenché la panique.
Pourtant, malgré ces souvenirs douloureux, la commune avance. Les dispositifs mis en place et la solidarité entre habitants montrent une résilience qui force l’admiration. « Que ce qu’on a vécu puisse nous servir et servir aux autres », supplie Jean-Philippe Dulou, élu lors des municipales de mars dernier.
Les incendies de cet été en Gironde rappellent cruellement que le danger est toujours présent. Landiras, quatre ans après le drame, montre que la prévention et la solidarité peuvent atténuer les risques, mais le traumatisme, lui, persiste. Entre les souvenirs qui resurgissent et les nouvelles menaces, la commune avance pas à pas, déterminée à ne plus subir, mais à anticiper.
Landiras s’est dotée d’un camion-citerne de 2 000 litres, de vêtements et équipements anti-feux pour les bénévoles de la DFCI, d’une cartographie numérisée des parcelles à entretenir, d’une cuve de 20 000 litres, d’une sirène d’alerte, d’un véhicule avec haut-parleur et de téléphones satellites, pour un investissement total de 35 000 euros.
L’incendie de 2022 avait détruit plus de 20 000 hectares dans le sud de la Gironde, affectant directement des communes comme Landiras, Le Porge ou Saumos.