Le gouvernement australien a annoncé, ce jeudi 28 mai 2026, le lancement d’une procédure judiciaire sans précédent contre le géant américain de la chimie 3M. Selon Courrier International, cette action en justice vise à obtenir des dommages et intérêts s’élevant à 2 milliards de dollars australiens, soit 1,23 milliard d’euros, pour compenser la contamination de dizaines de sites sur le territoire national par des polluants éternels. Cette plainte, la plus importante jamais engagée par l’État fédéral, marque un tournant dans la gestion des conséquences sanitaires et environnementales des PFAS, ces substances chimiques persistantes, surnommées « polluants éternels ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le gouvernement australien réclame 1,23 milliard d’euros à 3M pour pollution aux PFAS, la plus grosse action en justice jamais lancée par l’État fédéral.
  • Les mousses anti-incendie de 3M, utilisées par le ministère de la Défense sur 28 bases militaires, sont pointées du doigt pour avoir contaminé des sols et des réserves d’eau.
  • Les PFAS, reconnues cancérigènes, sont désormais présentes dans le sang de près de 100 % des Australiens de plus de 12 ans.
  • 3M est accusé d’avoir dissimulé des données sur la toxicité de ses produits, malgré des tests internes révélant des risques environnementaux.
  • Cette plainte intervient après un accord historique aux États-Unis en 2024, où 3M a accepté de verser 10,7 milliards d’euros pour dépolluer des réseaux d’eau.

Une contamination massive et des accusations graves

Les poursuites engagées par l’Australie ciblent spécifiquement les mousses anti-incendie produites par 3M et utilisées par le ministère de la Défense sur 28 bases militaires du pays. Ces produits contiennent des PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées), des composés chimiques extrêmement persistants dans l’environnement. Selon Courrier International, les sites contaminés incluent des sols, des réserves d’eau et des terres agricoles, entraînant des coûts élevés pour les opérations de dépollution et les indemnisations des populations affectées.

Dans un communiqué, la ministre australienne de la Justice, Michelle Rowland, a accusé 3M d’avoir « caché une série d’informations et donné une image trompeuse des effets de ces substances ». Elle précise que l’entreprise aurait dissimulé des résultats de tests internes révélant la toxicité de ses mousses anti-incendie, malgré ses allégations selon lesquelles ces produits étaient « biodégradables et non toxiques ».

Un scandale sanitaire aux conséquences durables

Les PFAS, utilisées pour leurs propriétés antiadhésives, imperméables et résistantes à la chaleur, sont désormais omniprésentes. Courrier International souligne que « près de 100 % des Australiens de plus de 12 ans » présentent ces substances dans leur sang, des décennies après leur utilisation massive. Classées comme cancérigènes, ces molécules s’accumulent dans les organismes et les écosystèmes, où elles peuvent persister pendant des décennies. Les conséquences sanitaires incluent des risques accrus de cancers, de troubles immunitaires et de problèmes de fertilité.

Les régions les plus touchées sont celles proches des bases militaires où les mousses anti-incendie ont été utilisées. Les habitants de Fullerton Cove, en Nouvelles-Galles-du-Sud, ont été parmi les premiers à alerter sur la contamination de leurs terres. Après une action collective, ils ont obtenu gain de cause et une indemnisation, mais les restrictions d’usage de leurs propriétés persistent, plus de dix ans après la découverte de la pollution.

« Longtemps, on nous a répété que ces produits chimiques n’avaient aucun impact sur la santé, que nous n’avions pas à nous inquiéter… Et maintenant, tout à coup : ‘Oui, nous avons un problème majeur, cela nous coûte beaucoup d’argent, et nous allons nous faire rembourser’. »
Lindsay Clout, habitant de Fullerton Cove, cité par Courrier International

La réponse de 3M et le contexte international

Face aux poursuites australiennes, une porte-parole de 3M a déclaré que l’entreprise n’avait « jamais fabriqué de PFAS en Australie » et avait cessé de vendre ces produits « il y a environ deux décennies ». Elle a ajouté que le ministère de la Défense australien avait continué à utiliser des mousses contenant des PFAS pendant près de vingt ans, malgré l’arrêt de leur commercialisation. Ces déclarations soulignent une responsabilité partagée dans la gestion de cette pollution.

Cette action en justice s’inscrit dans un contexte plus large. En 2024, 3M avait déjà accepté de verser jusqu’à 12,5 milliards de dollars américains (soit 10,7 milliards d’euros) pour éliminer les PFAS de milliers de réseaux d’eau aux États-Unis. Cet accord historique avait marqué un tournant dans la reconnaissance des responsabilités des industriels dans la gestion de ces polluants.

Et maintenant ?

Cette plainte australienne pourrait accélérer la prise de conscience internationale sur les dangers des PFAS et pousser d’autres pays à engager des actions similaires. Les prochaines étapes incluront l’examen des preuves par les tribunaux et la négociation des indemnisations. Une date clé à suivre est celle du dépôt officiel des conclusions, prévue dans les prochains mois. Les experts s’attendent à ce que cette affaire fasse jurisprudence, notamment dans les pays où les PFAS ont été massivement utilisées par les forces armées.

Une reconnaissance tardive pour les victimes

Pour les habitants comme Lindsay Clout, cette action en justice représente une forme de reconnaissance, même si elle arrive tardivement. « La plainte du gouvernement australien contre 3M a un goût doux-amer », confie-t-il. « C’est une reconnaissance, mais cela suscite un peu de colère chez ceux qui sont touchés. » Les restrictions d’usage des terrains contaminés, toujours en vigueur onze ans après leur découverte, illustrent les conséquences à long terme de cette pollution.

Les PFAS, en raison de leur persistance, posent un défi environnemental et sanitaire majeur. Leur élimination des sols et des eaux représente un coût colossal pour les États, tandis que les populations affectées devront composer avec des risques sanitaires pendant des années. Cette affaire rappelle l’urgence d’une régulation plus stricte des substances chimiques et d’une meilleure transparence de la part des industriels.

Un enjeu qui dépasse les frontières

L’affaire 3M en Australie s’ajoute à une série de procédures judiciaires engagées contre des fabricants de PFAS à travers le monde. En Europe, plusieurs pays réfléchissent à des actions similaires, tandis que l’Union européenne renforce progressivement les restrictions sur ces substances. Cette mobilisation internationale pourrait conduire à une harmonisation des politiques de dépollution et à une meilleure protection des populations exposées.

Pour l’heure, le gouvernement australien mise sur cette plainte pour obtenir réparation et financer les opérations de dépollution. Mais au-delà des indemnisations, cette affaire pose une question plus large : comment éviter que de telles catastrophes sanitaires et environnementales ne se reproduisent ? La réponse passera sans doute par une coopération accrue entre États, industriels et scientifiques.

Les PFAS sont associées à plusieurs risques pour la santé, notamment des cancers (rein, testicules), des troubles du système immunitaire, des problèmes de fertilité, des maladies thyroïdiennes et des retards de développement chez les enfants. Leur persistance dans l’organisme et l’environnement en fait des polluants particulièrement dangereux.

Les PFAS se dégradent extrêmement lentement dans l’environnement, si bien qu’elles peuvent persister pendant des décennies, voire des siècles. Leur accumulation dans les sols, les eaux et les organismes vivants en fait des polluants quasi indestructibles, d’où leur surnom de « polluants éternels ».