Le baril de pétrole pourrait durablement s’échanger autour de la barre symbolique des 100 dollars, même en cas de stabilisation géopolitique au Moyen-Orient, selon les analyses de Léa Dauphas, chef économiste chez TAC ECONOMICS. Une hypothèse avancée ce mercredi 15 avril dans l’émission BFM Bourse, présentée par Guillaume Sommerer.

Ce qu'il faut retenir

  • Une hausse durable du prix du baril autour de 100 dollars est désormais envisagée, même en cas de paix, selon les prévisions de TAC ECONOMICS.
  • Le FMI anticipe une croissance économique deux fois supérieure aux États-Unis qu’en Europe cette année.
  • Les pays européens les plus fragiles financièrement, autrefois désignés par l’acronyme « PIIGS », sont désormais surnommés les « BIFS » pour « Belgique, Italie, France, Espagne ».
  • Les négociations entre l’Iran et les États-Unis pourraient reprendre, influençant les cours du pétrole.
  • Les résultats trimestriels d’Hermès et de Kering déçoivent les marchés, pénalisant leurs actions.
  • Les grandes banques américaines affichent des résultats solides, renforçant la confiance des investisseurs.

Un baril à 100 dollars, une nouvelle donne pour les marchés ?

Selon Léa Dauphas, chef économiste chez TAC ECONOMICS, le prix du baril de pétrole pourrait s’installer durablement autour de 100 dollars, et ce, même en l’absence de nouveaux chocs géopolitiques majeurs. Cette projection, évoquée dans l’émission BFM Bourse, s’appuie sur plusieurs facteurs structurels, dont la transition énergétique en cours et les tensions persistantes sur l’offre.

Le Fonds monétaire international (FMI), cité par l’économiste, anticipe par ailleurs une croissance économique deux fois plus élevée aux États-Unis qu’en Europe en 2026. Une divergence qui pourrait peser sur la demande européenne de pétrole, mais aussi sur les dynamiques d’investissement dans les énergies fossiles et renouvelables.

Autre élément notable : l’évolution des désignations des pays européens les plus fragiles sur le plan financier. L’acronyme « PIIGS » (Portugal, Irlande, Italie, Grèce, Espagne), utilisé pendant la crise de la zone euro, a été remplacé par celui de « BIFS », regroupant désormais la Belgique, l’Italie, la France et l’Espagne. Une redéfinition qui reflète à la fois les défis persistants de ces économies et les nouvelles priorités budgétaires européennes.

L’Iran et les États-Unis, un dossier clé pour le marché pétrolier

Dans sa chronique USA Today, Vincent Guenzi, gérant de portefeuille et directeur de la stratégie d’investissement, a souligné que la possible reprise des négociations entre l’Iran et les États-Unis pourrait jouer un rôle central dans l’évolution des prix du pétrole. Une détente entre les deux pays pourrait, en effet, lever partiellement les sanctions imposées à Téhéran, autorisant une reprise des exportations iraniennes et, par ricochet, une augmentation de l’offre sur le marché mondial.

Cependant, cette hypothèse reste conditionnée à la volonté politique des deux camps. En attendant, les tensions géopolitiques, comme le blocus du détroit d’Ormuz, continuent de peser sur les marchés. Guenzi a également noté le rebond des marchés face à ces tensions, signe d’une certaine résilience des investisseurs, malgré les incertitudes persistantes.

Autre élément à surveiller : le renforcement de l’alliance entre Meta et Broadcom dans le secteur technologique. Une dynamique qui pourrait, à terme, influencer les stratégies d’investissement dans les infrastructures numériques, mais aussi la demande globale en énergie, notamment pour les data centers.

Hermès et Kering déçoivent Wall Street

Côté corporate, les résultats trimestriels des groupes de luxe ont déçu les marchés. Thibault François, cofondateur et associé de Fastea Capital, a évoqué dans l’émission BFM Bourse une baisse des ventes chez Hermès au premier trimestre, ainsi que des performances en dessous des attentes pour Gucci, la marque phare de Kering. Ces annonces ont entraîné une baisse des cours de leurs actions, reflétant les inquiétudes des investisseurs quant à la santé du secteur du luxe en Europe.

À l’inverse, ASML a vu ses prévisions pour 2026 révisées à la hausse, tandis que Voyageurs du Monde a enregistré une amélioration de son bénéfice net. Deux signaux contrastés, mais qui illustrent la diversité des performances sectorielles actuelles.

Les grandes banques américaines rassurent les investisseurs

Vincent Guenzi a également mis en avant les résultats solides des grandes banques américaines, publiés ces dernières semaines. Des publications qui ont contribué à renforcer la confiance des marchés, malgré un contexte économique mondial toujours marqué par des incertitudes. Une résilience que David Kruk, head of Trading Desk chez La Financière de l’Échiquier, a qualifiée de « plus forte que toutes les crises qu’on leur oppose ».

Cette confiance s’explique en partie par les anticipations d’un changement à la tête de la Réserve fédérale américaine (FED). Kevin Warsh, dont la nomination est évoquée, est perçu comme un possible successeur à Janet Yellen. Son profil, à la fois proche des milieux financiers et soucieux de stabilité, pourrait rassurer les investisseurs sur la politique monétaire à venir.

La résilience des marchés face aux crises

Dans un environnement marqué par des tensions géopolitiques et des déséquilibres économiques structurels, les marchés financiers affichent une capacité surprenante à absorber les chocs. David Kruk a expliqué que cette résilience s’explique par une adaptation constante des acteurs économiques, capables de digérer les mauvaises nouvelles sans céder à la panique.

Cette observation s’inscrit dans la lignée des analyses de Mabrouk Chetouane, responsable de la stratégie globale de marché chez Natixis Investment Managers. Lors d’une précédente émission, il avait souligné que les marchés américains effectuaient désormais 1 401 quintillions de calculs par seconde, un chiffre vertigineux qui illustre l’ampleur des flux d’informations et des transactions en temps réel.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer les marchés dans les prochaines semaines. D’abord, la reprise des négociations entre l’Iran et les États-Unis, dont les modalités restent à préciser. Ensuite, les publications trimestrielles des entreprises, notamment dans le secteur technologique, qui pourraient confirmer ou infirmer les tendances actuelles. Enfin, les décisions des banques centrales, à commencer par la FED, dont la politique monétaire continuera de peser sur les marchés actions et obligataires.

Côté pétrole, tout dépendra de la capacité des pays producteurs à ajuster leur offre en fonction de la demande mondiale. Une équation complexe, alors que les énergies renouvelables gagnent du terrain et que les investissements dans les infrastructures pétrolières restent en demi-teinte.

Une chose est sûre : dans un contexte où les certitudes s’effritent, les acteurs économiques misent sur leur capacité à anticiper les ruptures, plutôt que de les subir. Reste à voir si cette stratégie suffira à éviter les prochains chocs.

Selon Léa Dauphas, chef économiste chez TAC ECONOMICS, plusieurs facteurs structurels expliquent cette projection : une transition énergétique encore longue, des tensions persistantes sur l’offre, et une demande mondiale qui reste soutenue malgré les ralentissements économiques. L’hypothèse d’un baril à 100 dollars ne suppose pas nécessairement un nouveau choc géopolitique, mais plutôt une intégration de ces dynamiques dans les prix actuels.