Le 5e Régiment de Cuirassiers est parvenu à abattre un drone grâce à un char Leclerc français modifié, selon Capital. Des tirs de validation ont été réalisés le 21 mai lors d’un exercice mené à Abu Dhabi, dans des conditions plus exigeantes qu’en situation réelle. « Des tirs de validation ont été réalisés sur des cibles volantes dans des conditions plus difficiles qu’au combat : axe d’approche perpendiculaire à l’axe de tir, trajectoire de vol erratique, cible plus petite ne comportant ni explosif ni carburant, le tout à une altitude supérieure à ce qui a été observé », a détaillé le gouverneur militaire de Strasbourg, sous l’autorité duquel opère le régiment.
Ce qu'il faut retenir
- Un char Leclerc modifié a abattu un drone lors d’un test réalisé à Abu Dhabi le 21 mai 2026.
- Les conditions de tir étaient plus complexes que celles d’un engagement réel : trajectoire erratique, cible de petite taille et altitude élevée.
- Le système repose sur un obus à effet canalisé (OEFC) de 120 mm, transformé en « fusil de chasse » tirant des milliers de billes métalliques.
- Cette innovation a été commandée par le ministère des Armées pour renforcer la protection des chars contre les drones, notamment les modèles tactiques comme les Shahed russes.
- L’efficacité de ce système reste limitée à quelques centaines de mètres, ce qui en fait une solution de dernier recours.
Une réponse aux nouveaux défis de la guerre moderne
La modernisation du char Leclerc s’inscrit dans une logique plus large de renforcement des capacités de défense face aux menaces aériennes émergentes. Comme l’indique Zone Militaire et comme le rapporte Capital, le ministère des Armées avait en effet souligné la nécessité d’améliorer la protection des blindés contre les drones, les mines et les engins explosifs improvisés (IED). Cette adaptation répond à un contexte où les drones, qu’ils soient tactiques ou kamikazes, deviennent une menace récurrente sur les champs de bataille contemporains.
Les tests menés par le 5e Régiment de Cuirassiers s’inscrivent dans cette dynamique. Ils visent à évaluer la capacité des blindés français à contrer des cibles mobiles et imprévisibles, une compétence devenue cruciale depuis le conflit en Ukraine, où les drones Shahed iraniens ont démontré leur efficacité. Autant dire que l’enjeu dépasse le cadre français : il s’agit de préparer les forces armées à des scénarios où les drones pourraient jouer un rôle décisif, que ce soit en appui ou en menace directe.
Un système ingénieux mais limité dans son usage
Le principe technique de cette innovation a été expliqué par Marc Chassillan, ingénieur expert en systèmes d’armes, lors d’une intervention sur BFM Business. Selon lui, le canon du Leclerc a été modifié pour fonctionner comme un « fusil de chasse géant ». « C’est une grosse chevrotine de fusil de chasse qui balance un millier de billes dans l’air, en espérant qu’une ou deux touchent le drone », a-t-il précisé. Concrètement, le char utilise un obus à effet canalisé (OEFC) de 120 mm, pesant 11,5 kg, chargé de projeter des micro-projectiles en direction de la cible.
Cependant, cette solution présente des limites opérationnelles majeures. Comme l’a souligné l’expert, son efficacité reste confinée à une distance de quelques centaines de mètres. « Ce n’est efficace qu’à quelques centaines de mètres, c’est le dernier rempart », a-t-il expliqué. Le système est donc conçu pour agir en dernier recours, lorsque les autres moyens de défense aérienne (missiles, canons anti-aériens) ont échoué ou ne sont pas disponibles. Il pourrait néanmoins s’avérer précieux face à des drones tactiques de faible portée, équipés d’une charge explosive limitée, comme ceux employés par les forces russes en Ukraine.
Un char adapté à de multiples menaces
Le Leclerc, initialement conçu pour dominer les champs de bataille terrestres, fait l’objet de modernisations successives pour répondre à des enjeux de plus en plus variés. Outre la menace des drones, sa protection contre les mines et les IED a été renforcée, tandis que ses capacités de communication et de détection ont été améliorées. Ces adaptations s’inscrivent dans le cadre du programme SCORPION, qui vise à moderniser l’ensemble des moyens blindés de l’armée française d’ici 2030.
Selon les informations relayées par Capital, le ministère des Armées a identifié plusieurs axes prioritaires pour ces mises à niveau : la résistance aux attaques par drones, la protection contre les projectiles guidés, et l’intégration de systèmes de contre-mesures électroniques. Le succès des tests menés à Abu Dhabi confirme que le Leclerc conserve une marge de progression, même après plus de trente ans de service. Reste à déterminer si cette innovation pourra être déployée à grande échelle, ou si elle restera cantonnée à des unités spécifiques.
Cette innovation soulève également des questions sur l’évolution future des blindés. Faut-il privilégier des solutions hybrides, combinant canons traditionnels et systèmes anti-drone dédiés, ou développer des plateformes entièrement repensées pour les conflits de demain ? Une chose est sûre : avec l’essor des drones, la guerre sur le sol européen ne ressemblera plus à celle des décennies passées.
Selon les informations disponibles, le coût exact n’a pas été divulgué. Cependant, l’utilisation d’un obus à effet canalisé (OEFC) de 120 mm, déjà en dotation dans l’armée française, limite les dépenses supplémentaires. Le principal investissement réside dans la R&D et l’intégration du système, mais aucun chiffre précis n’a été communiqué par le ministère des Armées.
Aucune annonce officielle n’a été faite à ce sujet. Pour l’instant, les tests menés à Abu Dhabi visent à valider la technologie avant une éventuelle intégration dans les arsenaux français. Une utilisation en Ukraine dépendrait d’une décision politique et logistique, ainsi que de l’évolution du conflit.