Près de **7,5 millions de foyers français** se chauffent encore au bois, mais cette pratique représente, selon un avis publié par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), « un contributeur majeur à la pollution de l’air extérieur » en période hivernale. L’expertise, rendue publique le **9 avril 2026**, souligne que les poêles à bûches, poêles à granulés, cheminées à foyer ouvert ou encore chaudières au bois sont à l’origine, en moyenne, de **77 % des concentrations atmosphériques** de particules fines en hiver.

Ce qu'il faut retenir

  • Le chauffage au bois contribue à **77 %** des particules fines dans l’air en hiver en France selon l’Anses.
  • Près de **7,5 millions de ménages** utilisent ce mode de chauffage malgré ses effets polluants.
  • L’avis de l’Anses, publié le **9 avril 2026**, classe cette source de pollution parmi les principales en période hivernale.
  • Les appareils concernés incluent poêles à bûches, granulés, cheminées ouvertes et chaudières.

Une source de pollution sous-estimée

L’Anses rappelle que le bois, souvent présenté comme une énergie renouvelable et locale, génère des émissions importantes de particules fines et d’autres polluants atmosphériques. Ces derniers pénètrent profondément dans les voies respiratoires, aggravant les risques de maladies cardiovasculaires et respiratoires. Selon les experts, les concentrations de particules fines (PM2,5 et PM10) dépassent régulièrement les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pendant les mois les plus froids. « Le bois est une énergie verte, mais son utilisation massive en hiver pose un problème sanitaire réel », explique un porte-parole de l’agence.

Les données de l’Anses s’appuient sur des mesures réalisées dans plusieurs régions françaises, où les pics de pollution hivernaux sont souvent corrélés aux pics d’utilisation des appareils de chauffage au bois. Les zones rurales, où ce mode de chauffage est plus répandu, sont particulièrement touchées, mais les grandes agglomérations subissent aussi ces pollutions transfrontalières.

Des technologies inégales face à la pollution

Tous les systèmes de chauffage au bois ne polluent pas de la même manière. L’Anses distingue notamment les appareils récents, comme les poêles à granulés labellisés « Flamme Verte 7* », qui émettent jusqu’à **80 % de particules en moins** par rapport à une cheminée ouverte. Pourtant, ces équipements performants restent minoritaires : selon les chiffres de l’ADEME, seulement **30 % des foyers** utilisent des poêles ou inserts performants, le reste se tournant vers des installations plus anciennes ou non optimisées.

Les cheminées à foyer ouvert, bien que souvent perçues comme traditionnelles et conviviales, figurent parmi les pires pollueurs. Un seul feu de cheminée peut émettre autant de particules qu’un trajet de **2 000 kilomètres en voiture diesel** selon certaines études citées par l’Anses. Face à ce constat, les pouvoirs publics pourraient renforcer les normes d’installation ou les interdictions locales, comme c’est déjà le cas dans certaines villes comme Grenoble ou Paris.

Un défi pour les politiques publiques

La France, engagée dans la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre, se trouve face à un paradoxe : promouvoir les énergies renouvelables tout en luttant contre leur impact sanitaire. Le chauffage au bois, qui représente **40 % de la consommation d’énergie renouvelable** du pays, bénéficie d’aides financières pour son installation, comme le crédit d’impôt ou les primes énergie. Pourtant, l’Anses recommande désormais de revoir ces dispositifs pour cibler uniquement les appareils les moins polluants.

Le gouvernement a jusqu’à présent privilégié l’incitation plutôt que l’interdiction. En 2025, la loi Climat et Résilience avait déjà prévu d’encadrer davantage les installations dans les zones les plus polluées, mais les décrets d’application peinent à voir le jour. « Il faut trouver un équilibre entre transition énergétique et protection de la santé publique », a souligné un conseiller ministériel sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

L’avis de l’Anses pourrait servir de base à de nouvelles mesures réglementaires d’ici la fin de l’année 2026. Plusieurs pistes sont évoquées : l’élargissement des zones d’interdiction des foyers ouverts, l’obligation de remplacer les anciennes chaudières, ou encore la modulation des aides financières en fonction des émissions des appareils. Les associations de défense de l’environnement, comme Greenpeace ou France Nature Environnement, appellent à une « refonte totale » du dispositif actuel, tandis que les professionnels du secteur du bois plaident pour des délais d’adaptation plus longs.

En attendant, l’Anses a annoncé qu’elle publierait d’ici l’automne 2026 des recommandations précises pour les particuliers et les collectivités, afin de limiter l’impact sanitaire de cette source de chauffage.

Selon l’Anses, les poêles à granulés labellisés « Flamme Verte 7* » et les inserts fermés récents émettent jusqu’à 80 % de particules en moins par rapport aux cheminées ouvertes ou aux vieux poêles à bûches. Les chaudières à granulés performantes sont également moins polluantes, à condition d’être entretenues régulièrement.