Le projet de loi américain CLARITY Act, censé encadrer le marché des cryptomonnaies, se heurte à des obstacles législatifs croissants. Selon Cryptoast, son adoption d’ici la fin de l’année 2026 reste incertaine, malgré les efforts de l’administration Trump et du secrétaire au Trésor, Scott Bessent. Sans texte clair, la Chine pourrait s’imposer comme architecte de la prochaine ère financière mondiale, privant les États-Unis de leur leadership historique sur les règles monétaires.
Ce qu'il faut retenir
- Adoption incertaine : Le CLARITY Act doit encore franchir plusieurs étapes, dont un vote à 60 voix au Sénat et une harmonisation avec la Chambre des représentants, avant une signature présidentielle.
- Risque chinois : Sans cadre réglementaire américain, Pékin pourrait dicter les normes de la finance décentralisée, marginalisant l’Europe et son règlement MiCA déjà en vigueur.
- Oppositions politiques : Les démocrates exigent des garde-fous éthiques pour écarter les conflits d’intérêts, tandis que les banques, comme JPMorgan, résistent à l’intégration des cryptos.
- Urgence affichée : La sénatrice Cynthia Lummis alerte sur la nécessité d’agir « avant que Pékin ne le fasse », invoquant la perte de souveraineté financière des États-Unis.
Un compromis fragile sur les stablecoins, mais une adoption toujours hypothétique
Le CLARITY Act a obtenu un compromis sur les rendements des stablecoins en mai 2026, adopté par la Commission bancaire du Sénat. Pourtant, selon les analystes de JPMorgan, « la fenêtre législative se rétrécit », notamment avec l’approche des élections de mi-mandat. Ces dernières pourraient fragiliser le camp républicain, pourtant porteur du texte. « Plusieurs étapes délicates et potentiellement conflictuelles restent à franchir », soulignent-ils, citant l’obtention des 60 voix nécessaires en séance plénière et une harmonisation avec la Chambre des représentants.
Les démocrates imposent des garde-fous éthiques, les banques freinent des quatre fers
Pour les démocrates, le CLARITY Act doit inclure des dispositions éthiques pour éviter les délits d’initiés, notamment en éloignant les responsables politiques du marché crypto. Une exigence que le secteur bancaire américain, représenté par Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, rejette catégoriquement. Dimon avait récemment affirmé que « le secteur bancaire ne se soumettrait pas à Coinbase », une déclaration vivement critiquée par Cynthia Lummis, qui l’invite à relire le texte remanié. « Il faut agir maintenant, avant que Pékin ne se décide à le faire », a-t-elle déclaré, mettant en garde contre une perte de leadership historique.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, pousse pour une adoption avant l’été 2026, promettant de « avancer aussi vite que possible » sur un dossier complexe : la création d’une réserve stratégique de Bitcoin. Aucune échéance n’a cependant été fixée pour ce projet parallèle.
La Chine, grande gagnante potentielle d’un échec américain ?
Si le CLARITY Act échoue, la Chine pourrait devenir l’arbitre incontesté des règles financières mondiales, selon les observateurs. Pékin a déjà montré son ambition en matière de cryptomonnaies, malgré son interdiction interne, en développant des projets comme le e-CNY. Contrairement à l’Europe, dont le règlement MiCA est déjà effectif, les États-Unis risquent de perdre leur influence sur l’écosystème crypto. « L’Amérique a construit le système financier dominé par le dollar qui a ancré la stabilité mondiale pendant un siècle », rappelle Cynthia Lummis. « Le CLARITY Act permet de garantir que nous allons construire la prochaine ère financière. »
Une course contre la montre pour les États-Unis
Le temps presse pour Washington. Les élections de mi-mandat, prévues en novembre 2026, pourraient rebattre les cartes politiques et compliquer davantage l’adoption du texte. Les analystes de JPMorgan estiment que la probabilité d’une finalisation avant la fin de l’année reste « possible, mais aléatoire ». En parallèle, la Chine accélère ses travaux sur les monnaies numériques de banque centrale (MNBC), tandis que l’Europe avance avec son cadre réglementaire, laissant les États-Unis dans une position de suiveurs.
Les enjeux sont doubles : préserver la souveraineté financière américaine et éviter une fragmentation des règles qui affaiblirait la position du dollar dans l’économie mondiale. « Il faut agir maintenant », martèle Cynthia Lummis, tandis que les oppositions internes freinent le processus.
Reste à voir si les États-Unis parviendront à conserver leur avance historique dans la régulation financière, ou s’ils céderont la place à Pékin dans un domaine où chaque mois compte.
Le CLARITY Act doit obtenir 60 voix au Sénat, être harmonisé avec la version de la Chambre des représentants, et obtenir la signature de Donald Trump. Les démocrates exigent aussi des garde-fous éthiques pour éviter les conflits d’intérêts.
Sans cadre clair aux États-Unis et avec un règlement européen déjà en place (MiCA), Pékin pourrait imposer ses propres normes, notamment via ses projets de monnaies numériques de banque centrale (e-CNY). Son avance technologique et son absence de scrupules réglementaires lui donnent un avantage stratégique.