« Crier à tout rompre en public est tabou, et nous avons permis aux gens de le faire. » Cette affirmation d’Emanuel Hernandez, cofondateur du club de cri de Chicago, résume l’esprit d’un phénomène social et thérapeutique qui séduit de plus en plus d’Américains, selon Courrier International.
Chaque dimanche soir, à la belle saison, une centaine de participants – jusqu’à 300 les soirs d’affluence – se rassemblent sur la promenade de North Avenue Beach, au bord du lac Michigan. Leur activité ? Hurler à pleins poumons en direction des eaux, dans le cadre d’une séance organisée par le « club de cri » de la ville. Une initiative lancée en 2024 par Hernandez et sa compagne, Elena Soboleva, qui s’est rapidement étendue bien au-delà de l’Illinois.
Ce qu'il faut retenir
- Un rassemblement hebdomadaire à Chicago, sur les bords du lac Michigan, où jusqu’à 300 personnes se réunissent pour crier ensemble.
- L’idée est née en 2024 d’un couple, Emanuel Hernandez (41 ans) et Elena Soboleva (36 ans), après un déménagement difficile.
- Le concept s’est exporté dans plusieurs villes américaines (Los Angeles, Austin, Washington, Miami) et à l’étranger (Londres, Birmingham).
- Chaque participant note ses frustrations sur un papier biodégradable avant de le jeter à l’eau.
- Les fondateurs s’inspirent de la respiration consciente et des thérapies par le cri, comme celle d’Arthur Janov dans les années 1970.
Une thérapie née d’un besoin personnel
Le déclic est venu d’un moment de tension pour le couple Hernandez-Soboleva. Après le déménagement d’Emanuel à Chicago pour rejoindre Elena, la période a été difficile. « On traversait une phase compliquée, raconte Hernandez au quotidien espagnol El País. Un soir, j’ai proposé à Elena de crier vers le lac pour évacuer le stress. Ça a marché. » Le couple décide alors d’ouvrir l’activité à d’autres, transformant une idée personnelle en un phénomène collectif. « On voulait briser un tabou : crier en public est souvent mal perçu, mais ici, c’est encouragé », explique-t-il.
Le succès est tel que le club est devenu un rendez-vous incontournable pour les habitants de Chicago. « Certains viennent pour évacuer leur stress, d’autres pour célébrer des événements comme un mariage », précise le quotidien britannique The Guardian, cité par Courrier International. Les réseaux sociaux ont amplifié la visibilité du concept, avec des vidéos virales montrant des groupes de participants hurlant à l’unisson sous le ciel du Midwest.
Une méthode inspirée par la science et l’histoire
Hernandez n’en est pas à son premier essai thérapeutique. Praticien de la respiration consciente, il a déjà observé, dans son cabinet, les effets libérateurs du cri. « Avant de crier, chaque participant est invité à coucher sur un bout de papier ses frustrations ou ses colères », explique Elena Soboleva au Chicago Sun-Times. Ces notes, précises-t-elle, doivent être biodégradables. Une fois rédigées, elles sont jetées à l’eau, symbolisant une libération.
Cette pratique n’est pas nouvelle. Dans les années 1970, le psychologue américain Arthur Janov avait popularisé la thérapie par le cri primal, adoptée notamment par des célébrités comme John Lennon. « Crier pour se libérer, ça fonctionne », affirme la psychologue espagnole Paola Diéguez dans les colonnes d’El País. « Les gens se sentent plus calmes après, leur rythme cardiaque baisse, leur tension aussi. » Une affirmation corroborée par les témoignages des participants, qui décrivent une sensation de soulagement immédiat.
L’exportation d’un concept : des États-Unis à l’Europe
Ce qui a commencé comme une initiative locale à Chicago a rapidement essaimé. Dès l’été 2025, des clubs similaires ont émergé aux États-Unis, dans des villes comme Minneapolis ou Pittsburgh. À l’étranger, le phénomène a également pris de l’ampleur. Le Chicago Tribune rapportait en septembre 2025 l’apparition de groupes de cri au Royaume-Uni, notamment à Londres et Birmingham. Selon The Guardian, ces initiatives européennes restent moins actives sur les réseaux sociaux, mais leur existence témoigne d’un engouement transatlantique pour cette forme de thérapie par l’expression vocale.
Les fondateurs du club de Chicago ont même formalisé leur méthode, créant un réseau informel de groupes partageant les mêmes valeurs. « On ne vend pas un produit, on partage une expérience », souligne Soboleva. Les participants, souvent anonymes, décrivent une communauté bienveillante, où les rires succèdent aux cris les plus intenses. « Ici, pas de jugement, juste l’acceptation de libérer ce qu’on a sur le cœur », confie un habitué au Guardian.
Un tabou sociétal qui tombe
Pour Hernandez, le succès du club repose sur un paradoxe : « Crier en public est mal vu, mais c’est exactement ce qu’on encourage. » Dans une société où l’expression des émotions négatives est souvent réprimée – surtout en public –, l’idée de hurler sa colère ou sa frustration devant des inconnus peut sembler contre-intuitive. Pourtant, les retours sont unanimes. « Ça fait du bien de lâcher prise, même si c’est juste une heure par semaine », confie une participante au Sun-Times.
Cette pratique s’inscrit dans une tendance plus large de retour aux thérapies alternatives et aux méthodes de bien-être accessibles. « On est submergés par le stress quotidien. Trouver un exutoire comme celui-ci, c’est presque une nécessité », analyse un psychologue interrogé par El País. D’ailleurs, certains clubs de cri organisent désormais des ateliers thématiques : gestion de la colère, célébration de réussites, ou même séances dédiées aux couples en difficulté.
D’ici là, ceux qui souhaitent tenter l’expérience n’auront qu’à se rendre sur place, papier et stylo à la main, prêts à crier ce qu’ils ont sur le cœur.
Non. Les organisateurs insistent sur le fait que le club est ouvert à tous, quel que soit le motif. Que ce soit pour évacuer le stress, célébrer un événement ou simplement vivre une expérience originale, chacun est le bienvenu. « Il n’y a pas de mauvaises raisons de venir crier », assure Emanuel Hernandez.