Le DEET, répulsif corporel le plus utilisé au monde contre les piqûres de moustiques, agirait différemment qu’on ne le pensait jusqu’à présent. Selon Courrier International, une étude publiée le 28 mai 2026 dans le Journal of Experimental Biology révèle que ce produit, au lieu de repousser systématiquement les insectes, pourrait, dans certains cas, les attirer. Une découverte qui remet en cause les mécanismes traditionnels d’action des répulsifs et soulève des questions sur leur efficacité à long terme.

Ce qu'il faut retenir

  • Le DEET, répulsif phare contre les moustiques, pourrait, dans certaines conditions, les attirer plutôt que les repousser, selon une étude publiée le 28 mai 2026 dans le Journal of Experimental Biology.
  • Les chercheurs ont observé que les moustiques Aedes aegypti, vecteurs de maladies comme la dengue ou le chikungunya, peuvent apprendre à associer la présence de DEET à la possibilité d’un repas sanguin.
  • Cette découverte s’inspire du principe de conditionnement pavlovien, où les moustiques développent une réponse comportementale après plusieurs expositions au produit.
  • Les expériences menées en laboratoire ont montré que les insectes modifient leur réaction au fil du temps, remettant en cause l’idée selon laquelle les répulsifs agissent uniquement par leurs propriétés chimiques toxiques ou répulsives.

Une découverte qui bouscule les idées reçues sur les répulsifs

Jusqu’à présent, on considérait que les répulsifs comme le DEET agissaient principalement en masquant les odeurs humaines ou en créant un environnement toxique pour les moustiques. Pourtant, cette étude, menée par une équipe internationale dirigée par Claudio Lazzari, chercheur à l’université de Tours, démontre que le mécanisme est plus complexe. « On a longtemps pensé que les répulsifs devaient leur pouvoir d’action uniquement à leurs propriétés chimiques, qui les rendaient toxiques ou désagréables pour les moustiques, ou qui empêchaient ces derniers de détecter les humains », explique-t-il dans les colonnes du Guardian. « Mais il ressort de nos résultats qu’à force d’expérience, la réaction des insectes pourrait changer. »

Les chercheurs se sont appuyés sur des travaux antérieurs, notamment ceux du physiologiste russe Ivan Pavlov, célèbre pour ses expériences sur le conditionnement des chiens. Comme ces derniers associaient un son à l’arrivée de nourriture, les moustiques étudiés ont fini par considérer la présence de DEET comme un signal annonçant un hôte potentiel. Cette adaptation comportementale pourrait expliquer pourquoi certains insectes reviennent malgré l’application du répulsif.

Des expériences en laboratoire aux implications réelles

Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont mené une série d’expériences en laboratoire sur des moustiques Aedes aegypti, une espèce particulièrement agressive et vectrice de maladies tropicales. Les chercheurs ont d’abord confirmé leur appétit vorace pour le sang humain, puis ont observé leur réaction face au DEET. Après plusieurs expositions, les insectes ont développé une préférence pour les zones traitées au répulsif, comme si ce dernier était devenu un indicateur de nourriture plutôt qu’un obstacle.

Ces résultats, bien que préliminaires, ouvrent de nouvelles pistes de recherche. Ils suggèrent que les moustiques pourraient développer une résistance comportementale aux répulsifs, tout comme ils développent parfois une résistance aux insecticides. « Cette étude montre que les moustiques ne sont pas de simples automates réagissant à des stimuli chimiques », souligne Lazzari. « Leur capacité à apprendre et à s’adapter complexifie la lutte contre les maladies qu’ils transmettent. »

Quelles conséquences pour les utilisateurs ?

Si cette découverte est confirmée par d’autres travaux, elle pourrait avoir des répercussions majeures sur les stratégies de prévention des piqûres de moustiques. Actuellement, le DEET est recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et les autorités sanitaires pour se protéger contre des maladies comme la dengue, le paludisme ou le virus Zika. Pourtant, son efficacité pourrait être remise en question si les moustiques apprennent à contourner ses effets.

Face à ce constat, les chercheurs appellent à une réévaluation des méthodes de protection. « Il ne s’agit pas de diaboliser le DEET, mais de comprendre ses limites », précise Lazzari. D’autres solutions, comme les moustiquaires imprégnées ou les répulsifs à base d’huiles essentielles, pourraient être étudiées en complément. Pour les voyageurs et les populations exposées, cette étude rappelle l’importance de combiner plusieurs moyens de protection plutôt que de se fier uniquement à un seul produit.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à vérifier si ces observations se confirment dans des conditions réelles, en dehors des laboratoires. Une campagne de tests sur le terrain, notamment dans les zones tropicales où les moustiques Aedes aegypti sont endémiques, pourrait être envisagée d’ici la fin de l’année. En attendant, les autorités sanitaires devraient probablement rappeler l’importance de varier les méthodes de prévention et de ne pas compter uniquement sur le DEET pour se protéger.

Cette étude rappelle que la lutte contre les moustiques et les maladies qu’ils transmettent reste un combat en constante évolution. Si le DEET a marqué l’histoire de la protection contre les piqûres, son avenir pourrait bien dépendre de notre capacité à anticiper les stratégies d’adaptation des insectes. Une chose est sûre : les chercheurs, les fabricants de répulsifs et les autorités sanitaires devront collaborer pour adapter leurs approches avant que les moustiques ne prennent trop d’avance.

Non, pas pour l’instant. Le DEET reste l’un des répulsifs les plus efficaces selon l’OMS et les autorités sanitaires. Cependant, cette étude souligne l’importance de diversifier les méthodes de protection, comme les moustiquaires ou les vêtements imprégnés, pour limiter les risques de résistance des moustiques.