Le député Sacha Houlié, figure montante de la majorité présidentielle et président de la commission d’enquête sur l’ingérence étrangère, a officiellement saisi la justice ce vendredi 5 juin 2026 concernant le dossier de Xenia Fedorova, ancienne conseillère municipale à Paris. Cette initiative, révélée par Libération, s’inscrit dans un contexte plus large de tensions persistantes autour des questions de transparence et de conflits d’intérêts au sein des institutions françaises.

Ce qu'il faut retenir

  • Le député Sacha Houlié a saisi la justice le 5 juin 2026 concernant Xenia Fedorova, ancienne élue parisienne.
  • Fedorova est soupçonnée d’avoir entretenu des liens troubles avec des acteurs étrangers, selon des éléments transmis au parquet national financier.
  • Houlié, en sa qualité de président d’une commission d’enquête parlementaire, a transmis un dossier complet aux autorités judiciaires.
  • Cette affaire intervient alors que le débat sur l’ingérence étrangère en France reste un sujet de préoccupation majeur.

Une saisine judiciaire motivée par des soupçons précis

Selon les informations transmises par Libération, Sacha Houlié a justifié sa démarche par l’existence de « plusieurs éléments troublants » concernant Xenia Fedorova. Celle-ci, élue municipale à Paris jusqu’en 2024, aurait selon lui entretenu des relations ambiguës avec des représentants d’un État étranger non précisé. « Les faits en notre possession nécessitent une investigation judiciaire approfondie », a déclaré le député lors d’une conférence de presse improvisée en marge de l’Assemblée nationale. Les soupçons portent notamment sur d’éventuels conflits d’intérêts et des financements opaques.

Houlié a précisé que son rôle, en tant que président d’une commission d’enquête parlementaire, consistait à « transmettre les éléments recueillis aux autorités compétentes ». Il a rappelé que la justice est désormais seule juge de la légalité des faits reprochés à Fedorova, refusant d’anticiper sur d’éventuelles suites pénales. « Notre responsabilité était d’agir, celle de la justice sera de trancher », a-t-il ajouté.

Xenia Fedorova : un parcours politique marqué par les polémiques

Xenia Fedorova, d’origine russe et naturalisée française en 2018, a été élue conseillère municipale du 15e arrondissement de Paris en 2020 sous l’étiquette de La République en Marche (LREM). Son élection avait déjà suscité des interrogations en raison de ses liens passés avec des cercles proches du Kremlin, bien qu’elle ait toujours démenti toute allégeance politique à Moscou. « J’ai quitté la Russie il y a plus de dix ans pour m’installer en France », avait-elle affirmé lors d’une interview au Monde en 2021, tout en reconnaissant avoir conservé des contacts professionnels dans son pays d’origine.

Son nom est réapparu dans l’actualité en 2025, lorsque Mediapart avait révélé des échanges électroniques suggérant des discussions avec des diplomates étrangers concernant des contrats publics à Paris. Fedorova avait alors dénoncé une « campagne de diffamation » et porté plainte pour « faux et usage de faux ». Ces échanges, jugés peu probants par certains observateurs, avaient néanmoins relancé le débat sur la loyauté des élus naturalisés.

Un contexte politique sous haute tension

La saisine de Houlié intervient dans un paysage politique français déjà fragilisé par plusieurs affaires de corruption et d’ingérence étrangère. En avril 2026, une commission parlementaire avait rendu un rapport accablant sur les vulnérabilités des institutions face aux pressions étrangères, recommandant notamment un renforcement des contrôles sur les élus et les hauts fonctionnaires. « La France ne peut se permettre de fermer les yeux sur ces risques », avait alors souligné Houlié, dont la commission a mis en lumière des cas de financements occultes et de lobbies étrangers influençant des décisions locales.

Cette affaire Fedorova pourrait donc s’inscrire dans une dynamique plus large, alors que le gouvernement prépare un projet de loi sur la transparence des élus, attendu pour l’automne 2026. Les oppositions, de leur côté, appellent déjà à une « tolérance zéro » vis-à-vis de ces pratiques. « Si ces allégations se confirment, elles illustreraient une fois de plus l’impunité dont bénéficient certains élus », a réagi Marine Le Pen, leader du Rassemblement National, dans un communiqué publié ce matin.

Et maintenant ?

Le parquet national financier (PNF) dispose désormais du dossier transmis par Houlié et devrait rendre une décision sous trois mois, selon les règles en vigueur. Si une information judiciaire est ouverte, les enquêteurs pourront auditionner Xenia Fedorova et examiner ses comptes bancaires, notamment ceux ouverts à l’étranger. En parallèle, la commission d’enquête parlementaire de Houlié pourrait compléter ses travaux d’ici la fin de l’année, avec un rapport final prévu pour décembre 2026. « La justice suivra son cours, mais nous continuerons à scruter ces risques », a conclu le député, laissant entendre que d’autres saisines pourraient suivre.

En attendant, cette affaire rappelle les défis posés par la montée des ingérences étrangères en Europe, un phénomène que la France cherche à contrer via des dispositifs législatifs et judiciaires renforcés. Les prochaines semaines seront donc décisives pour déterminer si cette saisine donne lieu à des poursuites ou si elle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie politique plus large.

Les éléments transmis par Sacha Houlié au parquet national financier ne précisent pas de chef d’accusation formel. Ils évoquent principalement des « soupçons de conflits d’intérêts » et des « relations ambiguës avec des acteurs étrangers », sans plus de détails pour l’instant. La justice devra trancher sur la qualification des faits.