Avec « Sorda », la cinéaste espagnole Eva Libertad García signe un long-métrage qui aborde sans fard la maternité vécue par une femme sourde, dans une société qui peine à intégrer les différences. Ce projet, déjà salué par la critique, s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’accessibilité et les représentations des personnes handicapées au cinéma, comme le rapporte Libération.
Le film s’attache à raconter le quotidien d’une mère sourde, entourée de ses enfants entendants et d’un conjoint dont les choix de vie influencent profondément son expérience maternelle. Autant dire que la réalisatrice y dépeint une réalité souvent ignorée : celle d’une parentalité qui se heurte aux normes d’un monde validiste, où les outils de communication adaptés et l’inclusion sociale restent des combats quotidiens.
Ce qu'il faut retenir
- Le film « Sorda » de la cinéaste espagnole Eva Libertad García aborde la maternité vécue par une femme sourde.
- L’œuvre met en lumière les défis d’une parentalité dans un environnement où les normes validistes dominent.
- La réalisatrice propose une réflexion sur l’inclusion et l’accessibilité des personnes handicapées au cinéma.
Une œuvre ancrée dans la réalité des familles sourdes
Le scénario de « Sorda » s’inspire de témoignages réels de femmes sourdes engagées dans un parcours parental. Eva Libertad García a mené des recherches approfondies pour restituer avec justesse les tensions entre les attentes sociales et les contraintes liées à la surdité. Dans une interview accordée à Libération, elle a souligné : « Ce film est avant tout une histoire humaine, celle d’une mère qui se bat pour ses enfants, mais aussi pour sa place dans une société qui ne l’a pas conçue ».
Le long-métrage évite les clichés et les dramatisations excessives, préférant une approche intimiste où chaque détail compte. Les scènes tournées en langue des signes espagnole (LSE) sont intégrées sans explication superflue, invitant le public à s’immerger pleinement dans l’univers des personnages. Une démarche qui, selon la réalisatrice, permet de « briser l’invisibilité des personnes sourdes ».
Un miroir tendu aux préjugés de la société
Le film s’inscrit dans un contexte où les représentations des personnes handicapées au cinéma restent limitées, souvent cantonnées à des rôles secondaires ou caricaturales. « Sorda » se distingue en plaçant une femme sourde au cœur de l’intrigue, avec toutes les complexités que cela implique. Bref, il ne s’agit pas d’un simple plaidoyer, mais d’une œuvre qui interroge les mécanismes de l’exclusion.
La réalisatrice a expliqué à Libération que l’un des enjeux majeurs du film était de montrer comment la surdité peut influencer les dynamiques familiales, notamment lorsque les enfants sont entendants. « Certains parents sourds se retrouvent parfois mis à l’écart des décisions concernant leurs enfants, simplement parce qu’ils ne peuvent pas entendre ou parler comme les autres », a-t-elle précisé.
Une réalisation technique au service du récit
Pour tourner « Sorda », Eva Libertad García a collaboré avec des acteurs sourds et entendants, tout en recourant à des techniques de tournage innovantes. Le film alterne entre séquences en LSE et dialogues traduits en espagnol, une approche qui permet de toucher un public aussi large que possible. Selon Libération, cette méthode a nécessité un travail de post-production rigoureux pour garantir une accessibilité optimale.
La bande-son joue également un rôle clé : elle intègre des silences volontaires, des vibrations et des ambiances sonores adaptées, afin de donner au spectateur une idée de ce que ressent une personne sourde dans un monde conçu pour les entendants. Une démarche artistique qui a été saluée par les critiques lors de la présentation du film en festivals.
Ce projet rappelle aussi l’importance des politiques publiques en matière d’accessibilité culturelle. En France, par exemple, la loi de 2005 sur l’égalité des droits et des chances a posé les bases d’une meilleure représentation des personnes handicapées, mais son application reste inégale. La question de savoir si le cinéma français suivra l’exemple d’Eva Libertad García reste donc entière.
Le film est prévu en salles à partir du 14 octobre 2026, avec une avant-première à Paris le 12 octobre dans le cadre d’une soirée dédiée au cinéma accessible. Plusieurs séances en version sous-titrée et en LSF seront organisées dans les grandes villes.