« Je crois sincèrement que nous sommes dans le pétrin », a déclaré Robert Nigmatulin, membre de l’Académie des sciences de Russie, lors du Forum économique de Moscou organisé début avril. Ce mathématicien, dont les propos ont été largement relayés par les médias locaux, a alerté sur le risque d’une récession à deux chiffres pour le pays, malgré un regain temporaire des revenus liés à la hausse des cours du pétrole.

Selon BFM Business, cette situation illustre les tensions persistantes qui agitent l’économie russe, tiraillée entre des indicateurs conjoncturels plus favorables et des faiblesses structurelles devenues criantes. Le Produit intérieur brut (PIB) russe s’est en effet contracté de 1,8 % en janvier et février 2026, une première depuis plusieurs années, comme l’a reconnu Vladimir Poutine lui-même lors d’une intervention mi-avril. Un recul qui intervient alors que le pays tente de concilier le financement de sa guerre en Ukraine et les conséquences des sanctions occidentales.

Ce qu'il faut retenir

  • Le PIB russe a reculé de 1,8 % en janvier-février 2026, selon les déclarations de Vladimir Poutine.
  • La hausse des prix du pétrole, liée aux tensions au Moyen-Orient, a permis à Moscou de doubler ses revenus pétroliers en mars (19 milliards de dollars).
  • Des personnalités russes, comme Robert Nigmatulin, alertent sur une récession à deux chiffres et une possible crise comparable à celle de 1917.
  • Le pays fait face à des défis structurels : décroissance démographique (la population devrait passer de 144 à 136 millions d’ici 2050), pénurie de main-d’œuvre et inflation persistante.
  • Le gouvernement a accru les prélèvements sur les ménages, notamment via la TVA, pour compenser la baisse des revenus pétroliers.

Un répit pétrolier, mais des fragilités persistantes

Le baril de pétrole russe de qualité Urals s’échangeait à 78 dollars fin avril 2026, contre 46 dollars avant l’escalade du conflit américano-israélien contre l’Iran. Cette remontée des cours a offert à Moscou un souffle d’oxygène budgétaire : ses revenus pétroliers ont doublé en mars, atteignant 19 milliards de dollars selon l’Agence internationale de l’énergie. Une manne providentielle, alors que les sanctions occidentales, en place depuis 2022, ont réduit l’accès aux marchés financiers et technologiques.

Pourtant, ce sursis reste fragile. Les réserves accumulées ces dernières années s’épuisent, et le contexte macroéconomique s’est durci. « Nos chiffres actuels montrent que ces réserves sont en grande partie épuisées », a reconnu Maxim Reshetnikov, ministre russe du Développement économique, lors d’une conférence le 17 avril. Autant dire que le répit pourrait être de courte durée si les cours du brut venaient à fléchir à nouveau.

Des critiques virulentes envers le pouvoir en place

Lors du Forum économique de Moscou, les intervenants n’ont pas mâché leurs mots. Robert Nigmatulin a fustigé la politique monétaire de la Banque centrale russe, estimant que ses taux directeurs trop élevés étouffaient l’économie. Il a également pointé du doigt l’inaction de Vladimir Poutine : « Depuis 2012, aucun décret présidentiel en matière économique n’est appliqué », a-t-il souligné, sous les applaudissements de l’assistance. Une critique d’autant plus cinglante que Nigmatulin, mathématicien reconnu, a comparé la situation actuelle à celle de l’URSS, où « nous étions certes plus pauvres, mais nous construisions le pays ».

D’autres figures politiques ont rejoint ce concert de récriminations. Guennadi Ziouganov, dirigeant historique du Parti communiste et deuxième force à la Douma, a mis en garde contre un scénario révolutionnaire : « Si vous n’adoptez pas d’urgence des mesures financières, nous risquons de revivre, d’ici l’automne, la situation de 1917 », a-t-il lancé lors d’un discours diffusé par l’agence Reuters. « Nous faisons tout notre possible pour soutenir Poutine, mais vous ne nous écoutez pas », a-t-il ajouté, s’adressant directement au gouvernement.

Des indicateurs économiques au rouge

Les difficultés russes ne se limitent pas à la conjoncture pétrolière. Le pays fait face à une décroissance démographique accélérée : selon les projections de l’ONU, sa population devrait chuter de 144 millions en 2023 à 136 millions en 2050. Le taux de natalité n’était que de 1,4 enfant par femme en 2024, tandis que la mortalité reste élevée, aggravée par les pertes humaines liées à la guerre en Ukraine.

L’industrie russe, elle aussi, montre des signes d’essoufflement. Nigmatulin a rappelé que l’industrie mécanique employait 4 millions de personnes en 1999, contre seulement 440 000 aujourd’hui. Une hémorragie qui reflète le déclin de secteurs clés, malgré les investissements massifs dans l’armement. Quant à l’inflation, elle reste tenace, alimentée par la dépréciation du rouble et les tensions sur les approvisionnements.

« Nous courons à la catastrophe : une récession à deux chiffres. [...] Sous l’Union soviétique, nous étions certes plus pauvres, mais nous construisions le pays. Et maintenant ? Nous avons tout perdu. »
— Robert Nigmatulin, membre de l’Académie des sciences de Russie, lors du Forum économique de Moscou.

Et maintenant ?

Le gouvernement russe a déjà réagi en augmentant les prélèvements sur les ménages, notamment via la TVA, pour compenser la baisse des revenus pétroliers. Une mesure impopulaire, mais jugée nécessaire à court terme. À plus long terme, la Russie devra trouver des solutions pour relancer sa croissance, alors que sa population vieillissante et ses infrastructures vieillissantes pèsent sur son potentiel économique. Les prochains mois seront déterminants, notamment si les cours du pétrole venaient à se stabiliser ou à reculer. Quant aux appels à des réformes structurelles, ils restent pour l’instant lettre morte.

Les prochaines étapes devraient inclure des ajustements budgétaires supplémentaires, alors que les réserves s’épuisent et que le financement de la guerre en Ukraine continue de peser sur les finances publiques. Une chose est sûre : le répit actuel, s’il est bienvenu, ne saurait masquer les défis structurels qui attendent Moscou.

La hausse des cours du pétrole est directement liée à l’escalade du conflit au Moyen-Orient, notamment l’offensive américano-israélienne contre l’Iran début 2026. Le baril de pétrole russe de qualité Urals est passé de 46 dollars avant ce conflit à 78 dollars fin avril 2026, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie. Cette flambée a permis à Moscou de doubler ses revenus pétroliers en mars, atteignant 19 milliards de dollars.

La Russie fait face à plusieurs faiblesses structurelles majeures : un déclin démographique marqué (la population devrait passer de 144 à 136 millions d’ici 2050), une pénurie de main-d’œuvre, une inflation persistante, une industrie en déclin (comme le montre la chute de l’emploi dans le secteur mécanique, passé de 4 millions en 1999 à 440 000 aujourd’hui), et un climat d’investissement morose. Ces facteurs limitent la capacité du pays à rebondir durablement.