Depuis plusieurs décennies, la bataille contre l’extrême droite est également une guerre de mots, et elle est mal engagée. Selon nos confrères de Le Monde, des expressions telles que « sidaïques », « Français de papier », « européiste » ou « immigrationniste » ont été utilisées par Jean-Marie Le Pen pour ouvrir les hostilités. Et comme si « submersion migratoire » ne suffisait pas, l’expression « grand remplacement », inventée en 2010 par l’écrivain Renaud Camus, s’est tant banalisée, en particulier depuis la campagne présidentielle de 2022, que sa véritable signification a presque fini par être oubliée.

Ce qu'il faut retenir

  • L'expression « grand remplacement » a été inventée en 2010 par l’écrivain Renaud Camus.
  • Elle prétend qu'il existe un plan concerté visant à remplacer, par le biais de l’immigration et de la démographie, la population européenne par des Africains.
  • Les « élites politiques et médiatiques », en particulier les juifs, seraient selon Renaud Camus les artisans de ce prétendu complot.

Le contexte

Il est vrai que l’écrivain devenu idéologue, auquel seules ses saillies racistes et antisémites ont permis de sortir de l’ombre, comme le racontent Gaspard Dhellemmes et Olivier Faye dans L’Homme par qui la peste arriva (Flammarion, 256 pages, 20,90 euros), a estimé en 2017 que la Shoah est « tout de même un peu petit bras » en comparaison de son « grand remplacement ». Cette formule a été reprise par des personnalités politiques, comme Valérie Pécresse en 2022, ou Jordan Bardella, agitée sous une forme euphémisée par Marine Le Pen.

Les implications

La confusion entre cette expression et d'autres termes a fini par faire oublier la menace concrète que représentent la croyance en ce prétendu complot migratoire et la promesse de « remigration » (expulsion) visant toute une partie de la population de notre pays désignée par la couleur de sa peau. L’intelligence artificielle ne va-t-elle pas « grand-remplacer » les salariés ? Et la monnaie virtuelle les espèces ? Par facilité ou par complaisance, parfois sous le couvert de l’ironie, l’expression fétiche de l’extrême droite tendance Zemmour a été reprise.

Et maintenant ?

Il reste à voir comment les politiques et les médias vont gérer cette expression et ses implications dans les prochains mois. Les réactions et prises de position des différents acteurs de la société civile et politique seront à suivre de près.

En conclusion, l’expression « grand remplacement » est un mythe conspirationniste qui s’est ancré dans la langue courante, avec des implications dangereuses pour la cohésion sociale et la démocratie. Il est essentiel de rappeler les faits et de ne pas laisser les idées extrémistes se banaliser.