Le Japon accélère sa transition vers la finance décentralisée en annonçant le lancement, dès 2026, d’un système de négociation 24h/24 et 7j/7 de ses obligations d’État (JGB) sous forme tokenisée sur blockchain. Cette initiative, pilotée par un consortium réunissant les principales banques japonaises et des acteurs internationaux comme BlackRock Japan ou State Street, vise à réduire les coûts de transaction et à accélérer les règlements, selon Cryptoast.
Ce qu'il faut retenir
- Le Japon prévoit de tokeniser ses JGB (Japanese Government Bonds) dès 2026 pour un trading en continu sur blockchain.
- Le projet débutera sur le marché repo, un segment colossal pesant 16 000 milliards de dollars fin 2024, dont près de 10 % pour le Japon.
- Un consortium coordonné par Progmat associe les trois plus grandes banques japonaises, des acteurs financiers locaux (Tokio Marine Holdings, Daiwa Securities, SBI Securities) et des institutions étrangères (BlackRock Japan, State Street Trust & Banking).
- Le passage à un règlement T+0 (instantané) plutôt que T+1 pourrait améliorer l’efficacité du capital et la liquidité.
- Un rapport sur les enjeux juridiques et fiscaux, attendu en octobre 2026, devra clarifier le traitement des JGB tokenisés et leur échange contre des stablecoins.
Un marché repo de 16 000 milliards de dollars en ligne de mire
Le Japon mise sur la tokenisation des obligations d’État pour moderniser ses infrastructures financières. Selon les données citées par Cryptoast, le marché repo mondial, où les institutions s’échangent des fonds à court terme en utilisant les JGB comme garantie, représentait 16 000 milliards de dollars fin 2024. Le Japon en capte près de 10 %, soit une part significative de son système financier. La tokenisation de ces obligations sur blockchain pourrait, à terme, transformer ce marché en un écosystème 24h/24 et 7j/7, avec des règlements quasi instantanés.
Pour l’instant, les JGB s’échangent selon un cycle T+1 : le règlement intervient le jour ouvré suivant la transaction. Avec la blockchain, ce délai pourrait être réduit à T+0, permettant aux emprunteurs de régler leurs opérations le jour même et aux prêteurs — comme les hedge funds — de bénéficier d’une liquidité accrue. Une évolution qui pourrait redéfinir les standards du marché obligataire mondial, alors que des acteurs comme la Depository Trust & Clearing Corp. (DTCC) aux États-Unis ont déjà lancé des projets similaires.
Un consortium piloté par Progmat et soutenu par les géants financiers
L’organisation en charge du projet sera créée ce mois-ci. Elle sera coordonnée par Progmat, une plateforme spécialisée dans les actifs numériques, qui centralisera les échanges entre les membres du consortium. Ce dernier rassemble les trois plus grandes banques japonaises, aux côtés d’autres acteurs majeurs comme Tokio Marine Holdings, Daiwa Securities et SBI Securities. Du côté international, des institutions comme BlackRock Japan et State Street Trust & Banking participent activement au projet.
Cette collaboration illustre l’engouement mondial pour la tokenisation des actifs traditionnels. Le Fonds monétaire international (FMI) a d’ailleurs souligné, dans un rapport récent, que cette technologie « est en train de redéfinir la finance ». Le Japon entend ainsi rester dans la course face à la concurrence américaine, où la DTCC a déjà enregistré 330 milliards de dollars de transactions obligataires tokenisées sur blockchain en décembre 2025.
Des défis juridiques et fiscaux à clarifier d’ici octobre
Plusieurs questions restent en suspens avant le déploiement opérationnel. Un rapport sur les enjeux juridiques et fiscaux du dispositif est attendu pour octobre 2026. Ce document devra notamment trancher sur le traitement fiscal des JGB tokenisés et définir les conditions d’échange contre des stablecoins. Le Japon avait déjà posé les bases d’une finance « on-chain » en yen fin 2025, avec le lancement du premier stablecoin adossé à la monnaie japonaise, une initiative saluée par les observateurs du secteur.
Par ailleurs, le type de blockchain utilisée n’a pas encore été précisé. Les porteurs du projet n’ont pas indiqué s’il s’agira d’une blockchain publique — et laquelle — ou d’une infrastructure privée dédiée aux institutions financières. Une décision qui pourrait influencer la transparence, la sécurité et l’accessibilité du système.
Vers une liquidité accrue et une finance plus inclusive ?
Les bénéfices attendus de cette tokenisation sont multiples. En premier lieu, la réduction des coûts de transaction et des délais de règlement pourrait attirer de nouveaux investisseurs, notamment des particuliers et des fonds d’investissement. La possibilité de trader les JGB 24h/24 et 7j/7 pourrait aussi attirer les acteurs des marchés asiatiques et américains, favorisant une intégration accrue des flux financiers.
Côté régulateurs, la tokenisation pourrait offrir une meilleure traçabilité des transactions et renforcer la lutte contre la fraude. « Les actifs tokenisés permettent une transparence sans précédent, ce qui est un atout majeur pour la stabilité financière », a déclaré un analyste du secteur, cité par Cryptoast. Cependant, les risques liés à la cybercriminalité et à la volatilité des stablecoins nécessiteront une surveillance renforcée des autorités.
En attendant, les investisseurs et les institutions financières surveillent de près cette avancée, alors que la course à la tokenisation des actifs traditionnels s’intensifie à l’échelle mondiale. Une chose est sûre : le marché obligataire, pilier de la finance traditionnelle, est en train de vivre une révolution silencieuse.
La tokenisation consiste à représenter des actifs financiers, comme des obligations d’État, sous forme de jetons numériques (tokens) sur une blockchain. Ces jetons peuvent être échangés en continu, avec des règlements instantanés et une liquidité accrue.
Le Japon cherche à moderniser son système financier en réduisant les coûts et les délais de règlement, tout en attirant de nouveaux investisseurs. La blockchain permet aussi une meilleure traçabilité et une intégration 24h/24 des marchés.