Un incident a marqué dimanche 10 mai 2026 la cérémonie organisée à Carcassonne en l'honneur de Jeanne d'Arc, selon Le Figaro. Quatre militantes du collectif féministe Femen ont interrompu le discours du maire Rassemblement National (RN) Christophe Barthès, alors que ce dernier s'exprimait lors d'un hommage à la figure historique, placé sous le signe du patriotisme. L'événement, qui se tenait devant la cathédrale Saint-Michel, visait à célébrer Jeanne d'Arc, symbole national, dans le cadre de la fête officielle du 8 mai.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre militantes Femen ont interrompu le discours du maire RN Christophe Barthès lors d'une cérémonie en l'honneur de Jeanne d'Arc à Carcassonne.
- Leurs seins étaient dénudés et couverts de slogans comme «Femen pas RN» ou «féministe pas fasciste».
- La statue de Jeanne d'Arc, récemment replacée sur le parvis de la cathédrale Saint-Michel, avait été repositionnée pour répondre à une promesse de campagne de Christophe Barthès.
- Les militantes ont été interpellées après leur intervention, visible sur une vidéo publiée par Femen sur Facebook.
- L'une d'elles a justifié cette action en dénonçant une «appropriation» de Jeanne d'Arc par l'extrême droite.
Une cérémonie perturbée par un acte symbolique
La cérémonie du 10 mai 2026 à Carcassonne, prévue pour honorer Jeanne d'Arc, a été interrompue par quatre militantes Femen, dont les actions spectaculaires sont devenues une marque de fabrique du collectif. Leurs corps peints de slogans politiques et leurs seins dénudés ont attiré l'attention alors que le maire Christophe Barthès, élu sous l'étiquette RN, commençait son allocution. Les images, diffusées par le groupe sur sa page Facebook, montrent les quatre femmes s'avançant vers l'estrade avant d'être rapidement interpellées par les forces de l'ordre.
Cette intervention s'inscrit dans une logique de provocation ciblée, souvent utilisée par Femen pour attirer l'attention sur des causes féministes ou sociétales. Les slogans portés par les militantes ne laissaient aucun doute sur leur cible : elles rejetaient ce qu'elles considèrent comme une récupération de l'image de Jeanne d'Arc par l'extrême droite, qu'incarne pour elles le maire de Carcassonne.
Jeanne d'Arc, entre mémoire nationale et enjeux politiques locaux
La cérémonie de Carcassonne s'inscrit dans le cadre de la fête de Jeanne d'Arc et du patriotisme, instaurée par une loi de 1920. Ce jour-là, la ville met à l'honneur une figure historique souvent associée à la résistance, au courage et à l'unité nationale. Selon la mairie, Jeanne d'Arc devait retrouver «sa place au cœur de notre ville, de notre mémoire et de notre patrimoine», une formulation reprise sur les réseaux sociaux de la collectivité. La statue de la sainte, récemment déplacée du parvis de la cathédrale Saint-Michel vers un emplacement plus visible, illustre cette volonté affichée par Christophe Barthès de réaffirmer le lien entre la cité médiévale et son héritage symbolique.
Pourtant, cette réappropriation symbolique de Jeanne d'Arc ne fait pas l'unanimité. Dans un entretien au quotidien local L'Indépendant, rapporté par Le Figaro, l'une des militantes impliquées a expliqué son geste par un refus catégorique de voir cette figure historique associée au RN. «Nous refusons cette appropriation par l'extrême droite de cette figure historique qu'est Jeanne d'Arc», a-t-elle déclaré. Elle a souligné que Jeanne d'Arc, «personnalité féministe, guerrière», ne correspondait en rien aux valeurs qu'elle attribue au maire Barthès : «Elle a mis dehors les envahisseurs mais elle n'était pas hostile aux étrangers, elle n'était pas méprisante avec les sans-abri, elle ne s'attaquait pas aux personnes les plus vulnérables».
Un maire RN sous le feu des critiques
Depuis son élection, Christophe Barthès, figure du RN dans une ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco pour sa cité médiévale, multiplie les initiatives qui alimentent les polémiques. Comme l'a rappelé Le Figaro, ses détracteurs lui reprochent notamment un arrêté anti-mendicité, la suppression d'une subvention accordée à la Ligue des droits de l'Homme, ou encore la décision de suspendre les achats d'espaces publicitaires dans la presse locale, qu'il accuse de partialité. Ces mesures, couplées à des prises de position tranchées, ont contribué à en faire l'une des cibles privilégiées des oppositions politique et associative dans la région.
La perturbation de la cérémonie en hommage à Jeanne d'Arc s'ajoute ainsi à une liste déjà longue de conflits symboliques autour de la gestion de la ville. Le RN, parti en progression constante dans plusieurs régions, y compris en Occitanie, voit ses actions locales scrutées avec attention par les observateurs politiques, tout comme ses détracteurs y voient une illustration de ses orientations idéologiques.
Un débat sur la mémoire et la récupération politique
L'incident de Carcassonne soulève une question plus large, celle de la récupération des symboles historiques par les partis politiques. Jeanne d'Arc, figure protéiforme, a souvent été invoquée par des courants très divers de l'échiquier politique, du nationalisme au féminisme en passant par les mouvements conservateurs. Les militantes Femen, en choisissant ce symbole pour dénoncer ce qu'elles perçoivent comme une dérive autoritaire du RN, illustrent une stratégie de contestation qui repose sur l'utilisation de l'iconographie historique pour servir des causes contemporaines.
Cette confrontation autour de Jeanne d'Arc n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans un contexte où les questions mémorielles et identitaires occupent une place centrale dans les débats publics. Les actions spectaculaires, comme celles menées par Femen, visent à provoquer un électrochoc médiatique et à interpeller l'opinion sur des enjeux sociétaux, quitte à brouiller les frontières entre histoire et politique.
Cette affaire rappelle que les symboles, lorsqu'ils sont mobilisés à des fins politiques, deviennent souvent des terrains de confrontation où s'affrontent des visions divergentes de l'histoire et de la société. À Carcassonne, comme ailleurs, Jeanne d'Arc continue de susciter les passions, bien au-delà des frontières de l'histoire.
Les militantes ont expliqué vouloir protester contre ce qu'elles considèrent comme une «appropriation» de Jeanne d'Arc par l'extrême droite, incarnée selon elles par le maire RN Christophe Barthès. Elles ont justifié leur action en affirmant que la figure historique de Jeanne d'Arc, présentée comme féministe et combattante pour les plus vulnérables, ne correspondait pas aux valeurs qu'elles attribuent au RN.