Alors que le nouveau congé supplémentaire de naissance peine à séduire les jeunes parents, le Medef, première organisation patronale française, avance une réforme radicale. Selon nos confrères de BFM Business, l’organisation présidée par Patrick Martin prône la suppression de la plupart des dispositifs existants au profit d’un congé parental unique de six mois maximum par parent. Une proposition présentée ce mercredi 26 août 2026 lors de la rencontre des entrepreneurs de France (REF).

Ce qu'il faut retenir

  • Le Medef propose de fusionner congés maternité post-natal (10 semaines), paternité et parental d’éducation en un seul congé de six mois maximum par parent.
  • Seul le congé maternité prénatal (6 semaines) serait maintenu séparément.
  • Ce congé pourrait être pris simultanément ou en alternance, jusqu’au premier anniversaire de l’enfant, et fractionné en trois périodes de deux mois.
  • L’indemnisation serait de 75 % du salaire net pendant trois mois, puis de 50 % les trois mois suivants, avec un plafond basé sur la médiane des salaires.
  • Le coût brut de la réforme est estimé à 3,4 milliards d’euros, mais serait compensé par des économies sur les autres congés (-2,1 milliards pour le maternité post-natal, -0,6 milliard pour le paternité et -0,7 milliard pour le parental d’éducation).

Une réforme ambitieuse pour simplifier le système

Le Medef justifie sa proposition par la volonté de rendre le système plus lisible pour les parents. Selon le livre blanc du Medef, rendu public lors de la REF, le congé actuel, composé de plusieurs dispositifs – congé maternité prénatal de six semaines, congé maternité post-natal de dix semaines, congé paternité et congé parental d’éducation –, serait remplacé par un seul et unique congé. « L’objectif est de clarifier les règles pour les employeurs et les salariés », a déclaré Patrick Martin, président du Medef, lors de la présentation du projet.

Ce congé unique permettrait à chaque parent de s’absenter jusqu’à six mois, en une ou plusieurs fois, jusqu’aux douze mois de l’enfant. Une flexibilité inédite, qui contraste avec les dispositifs actuels, souvent perçus comme trop rigides ou peu rémunérateurs. « Les parents pourront ainsi mieux organiser leur retour à l’emploi, en fonction de leurs besoins », a ajouté Patrick Martin.

Des conditions d’indemnisation plus avantageuses

Sur le plan financier, le Medef propose une indemnisation progressive : 75 % du salaire net pendant les trois premiers mois, puis 50 % pour les trois mois suivants. Le montant serait plafonné à la médiane des salaires, une mesure présentée comme plus équitable que le système actuel. « Les trois premiers mois à 75 % couvrent une période clé pour l’enfant et la famille, tandis que les trois mois suivants, à 50 %, permettent une transition plus douce vers le retour au travail », a expliqué Patrick Martin.

Les conditions d’éligibilité resteraient identiques à celles des indemnités journalières de maternité actuelles : dix mois d’affiliation à la sécurité sociale et 150 heures cotisées. Une exigence qui vise à éviter les abus tout en garantissant l’accès au dispositif aux travailleurs précaires ou en début de carrière.

Un coût maîtrisé, selon le Medef

Contrairement aux craintes d’un alourdissement de la dépense publique, le Medef affirme que sa réforme ne coûterait rien à l’État. « Le coût brut est estimé à 3,4 milliards d’euros, mais il serait entièrement compensé par les économies réalisées sur les autres congés », précise l’organisation patronale. Selon ses calculs, la suppression du congé maternité post-natal économiserait 2,1 milliards d’euros, celle du congé paternité 0,6 milliard, et celle du congé parental d’éducation 0,7 milliard. « Autant dire que le système resterait neutre pour les finances publiques », a souligné un économiste proche du dossier.

Cette argumentation s’appuie sur une analyse des dépenses actuelles de la branche famille de la Sécurité sociale. « Les congés existants sont souvent sous-utilisés, notamment le congé parental d’éducation, en raison de son faible niveau d’indemnisation. En le remplaçant par un dispositif plus attractif, on peut espérer une meilleure adoption par les parents », a expliqué un expert en politiques sociales.

Un nouveau congé gouvernemental déjà critiqué

Cette proposition du Medef intervient alors que le gouvernement a mis en place, début juillet 2026, un nouveau congé supplémentaire de naissance de deux mois maximum, fractionnable une fois. Selon BFM Business, ce dispositif offre une indemnisation de 70 % du salaire le premier mois, puis 60 % le second, dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale, fixé à 4 005 euros bruts au 1er janvier 2026. Un montant bien inférieur aux six mois proposés par le Medef, mais qui vise à compléter les dispositifs existants sans les supprimer.

Pourtant, ce nouveau congé ne fait pas l’unanimité. « Il ajoute une couche supplémentaire de complexité à un système déjà fragmenté », a réagi une association de parents, contactée par nos confrères. « Le Medef a raison de proposer une simplification, mais six mois, c’est très court pour couvrir les besoins d’un jeune enfant. » Le congé parental d’éducation actuel, bien que peu rémunérateur (456 euros par mois), permet en effet jusqu’à six mois par parent, mais son forfait mensuel en limite fortement l’attrait.

Une comparaison européenne pour justifier la réforme

Le Medef s’inspire en partie des modèles nordiques, où les congés parentaux sont souvent plus longs et mieux indemnisés. « En Suède ou en Allemagne, les parents bénéficient de congés plus flexibles et mieux rémunérés, ce qui contribue à un taux de natalité plus élevé qu’en France », rappelle un économiste. Selon l’INSEE, le taux de fécondité français, qui s’élevait à 1,84 enfant par femme en 2025, continue de baisser en 2026, malgré les incitations financières mises en place ces dernières années.

Pourtant, aucun pays européen n’a trouvé la recette miracle pour inverser la tendance. « La France a déjà testé plusieurs dispositifs : allocations familiales, primes à la naissance, congés parentaux… Aucune mesure n’a eu d’impact durable », souligne un démographe. Le Medef mise donc sur une réforme structurelle, quitte à bousculer les habitudes des employeurs et des salariés.

Et maintenant ?

Cette proposition du Medef devra désormais être discutée avec les pouvoirs publics et les partenaires sociaux. Aucune date n’a encore été fixée pour un éventuel dépôt de projet de loi, mais le gouvernement pourrait intégrer tout ou partie de ces mesures dans le cadre de sa future réforme des congés familiaux, prévue pour 2027. « Il faudra évaluer l’impact de cette réforme sur l’emploi des jeunes parents, notamment les femmes, dont la carrière est souvent pénalisée par les congés parentaux », a précisé un conseiller ministériel.

Les prochains mois seront donc décisifs pour savoir si cette proposition, ambitieuse sur le papier, trouvera un écho favorable auprès des familles et des entreprises. Une chose est sûre : le débat sur la natalité en France n’est pas près de s’éteindre.

Pour aller plus loin : Plusieurs pays européens, comme l’Allemagne ou la Suède, ont adopté des stratégies différentes pour soutenir la natalité, mais aucun n’a encore trouvé la solution miracle. En France, la baisse de la fécondité reste un défi majeur pour les années à venir.

Le Medef propose de supprimer le congé maternité post-natal (10 semaines), le congé paternité et le congé parental d’éducation, pour les fusionner dans un congé parental unique de six mois maximum par parent. Seul le congé maternité prénatal (6 semaines) serait maintenu.

Les trois premiers mois seraient indemnisés à 75 % du salaire net, puis 50 % pour les trois mois suivants, avec un plafond basé sur la médiane des salaires. Les conditions d’éligibilité resteraient les mêmes que pour les indemnités journalières de maternité actuelles (dix mois d’affiliation à la Sécurité sociale et 150 heures cotisées).