Le Pakistan joue désormais un rôle d’intermédiaire inattendu entre les États-Unis et l’Iran, selon Le Monde. Depuis plusieurs semaines, Islamabad tente de désamorcer les tensions autour du détroit d’Ormuz en utilisant ses canaux diplomatiques avec Téhéran et ses contacts avec l’administration américaine, sous la présidence de Donald Trump. Une stratégie qui semble porter ses fruits, alors que les relations entre Washington et la République islamique restent particulièrement tendues.
Ce qu'il faut retenir
- Le Pakistan sert d’intermédiaire entre Washington et Téhéran pour apaiser les tensions autour du détroit d’Ormuz
- Islamabad mise sur ses relations avec Donald Trump et ses canaux discrets avec l’Iran pour jouer ce rôle
- La crise dans le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique du pétrole mondial, reste un enjeu majeur pour les grandes puissances
Une médiation facilitée par des canaux diplomatiques discrets
Selon Le Monde, le Pakistan a su tirer parti de ses liens historiques avec l’Iran pour s’imposer comme un acteur clé dans cette crise. Les diplomates pakistanais entretiennent des contacts réguliers avec leurs homologues iraniens, tandis que le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a multiplié les rencontres avec des responsables américains pour plaider en faveur d’une désescalade. « Islamabad joue un rôle de facilitateur, en évitant les déclarations publiques qui pourraient envenimer la situation », a précisé un analyste du South Asia Institute de Berlin, cité par le quotidien français.
Cette médiation intervient dans un contexte où les tensions autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un tiers du pétrole mondial, n’ont cessé de s’intensifier. Depuis 2019, plusieurs incidents ont opposé navires américains et iraniens, tandis que Téhéran a menacé à plusieurs reprises de bloquer l’accès à ce passage stratégique. « Le détroit d’Ormuz est une poudrière, et tout le monde cherche un moyen de l’éviter », a rappelé un diplomate européen sous couvert d’anonymat.
Donald Trump et l’administration américaine réceptifs à l’approche pakistanaise
L’administration Trump a récemment montré des signes d’ouverture envers Islamabad, malgré les critiques répétées du président américain à l’encontre du Pakistan, accusé de protéger des groupes militants afghans. « Les États-Unis ont besoin d’alliés fiables dans la région, et le Pakistan en fait partie », a expliqué un conseiller de la Maison-Blanche. « Nous sommes prêts à écouter leurs propositions, à condition qu’elles soient sérieuses », a-t-il ajouté.
Cette réévaluation de la relation entre Washington et Islamabad pourrait s’expliquer par la volonté américaine de désengager ses troupes d’Afghanistan, où le Pakistan joue un rôle central. « Les États-Unis ont besoin du Pakistan pour stabiliser la région, et ce rôle de médiateur tombe à point nommé », a souligné un expert du Middle East Institute de Washington. « C’est une stratégie gagnant-gagnant pour les trois parties : les États-Unis évitent une confrontation directe avec l’Iran, l’Iran peut négocier sans perdre la face, et le Pakistan renforce son influence régionale. »
Un enjeu géopolitique majeur pour l’Asie du Sud
Au-delà de la crise immédiate, cette médiation pakistanaise soulève des questions plus larges sur l’équilibre des pouvoirs en Asie du Sud. Avec la montée en puissance de l’Inde et les tensions persistantes avec l’Afghanistan, le Pakistan cherche à se repositionner comme un acteur incontournable. « Islamabad joue une partie délicate : il doit satisfaire Washington tout en maintenant des relations stables avec Téhéran, sans s’aliéner ni l’un ni l’autre », a analysé une chercheuse du Council on Foreign Relations.
Par ailleurs, cette médiation intervient alors que la Chine, alliée historique du Pakistan, renforce son influence dans la région. Pékin a déjà proposé son aide pour stabiliser la situation, mais les États-Unis pourraient voir d’un mauvais œil une implication trop marquée de Pékin. « La région devient un échiquier où se croisent les intérêts américains, chinois et russes. Le Pakistan doit naviguer avec prudence », a conclu l’experte.
Dans ce contexte, l’issue de la médiation pakistanaise pourrait avoir des répercussions bien au-delà du détroit d’Ormuz. Elle pourrait redéfinir les alliances en Asie du Sud et influencer les équilibres géopolitiques pour les années à venir.
Le détroit d’Ormuz est le passage obligatoire pour environ un tiers du pétrole mondial exporté par voie maritime. Son blocage, même temporaire, pourrait entraîner une hausse brutale des prix de l’énergie et perturber l’approvisionnement mondial. C’est pourquoi il est au cœur de tensions géopolitiques depuis des décennies.