Le parquet de Paris a annoncé, ce mardi 26 mai 2026, l’ouverture d’une enquête « d’initiative » pour déterminer si la campagne de certains candidats de La France insoumise (LFI) aux dernières élections municipales avait fait l’objet d’une opération d’ingérence numérique en provenance d’un État étranger. Selon BFM - Faits Divers, cette initiative intervient sans saisine externe, ni plainte, ni signalement, ni dessaisissement de la part d’autres autorités.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois candidats LFI visés : Sébastien Delogu (Marseille), François Piquemal (Toulouse) et David Guiraud (Roubaix).
  • Ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris pour « intelligence avec une puissance étrangère » et « détournement de suffrage ».
  • Un service de l’État évoque une manipulation : Viginum signale un « dispositif de diffusion artificielle ou automatisée » de contenus trompeurs, impliquant un acteur étranger.
  • L’entreprise israélienne BlackCore mentionnée dans la presse comme possible source des agissements.
  • Les chefs d’enquête incluent l’apologie en ligne de terrorisme, en raison de certains logos utilisés.

L’information a été rendue publique après que Jean-Luc Mélenchon, leader de LFI, a affirmé sur ses réseaux sociaux que les campagnes de Sébastien Delogu, François Piquemal et David Guiraud avaient été ciblées par une « opération d’ingérence numérique étrangère ». Dans un communiqué, le parquet parisien précise que cette enquête vise à vérifier si une « opération d’ingérence étrangère » était bien à l’origine de ces agissements, et si elle avait pour but d’altérer le débat public ou de perturber le processus électoral.

Les magistrats se sont notamment appuyés sur les analyses de Viginum, le service de l’État chargé de la vigilance contre les ingérences numériques. Ce dernier a établi dans ses rapports qu’un « dispositif de diffusion artificielle ou automatisée » avait été utilisé pour propager des contenus « manifestement inexacts ou trompeurs ». Selon Viginum, cette campagne malveillante, impliquant un acteur localisé à l’étranger, était de nature à porter atteinte aux « intérêts fondamentaux de la nation », en altérant délibérément l’information des citoyens.

Cependant, Viginum a également souligné que l’impact de cette opération sur le débat public numérique était « marginal ». Par ailleurs, l’enquête pourrait révéler une finalité lucrative derrière ces agissements, sans qu’une motivation de déstabilisation du processus électoral n’ait été clairement identifiée. Le parquet parisien rappelle d’ailleurs que la notion d’ingérence vise un État étranger, et non une entreprise ou un individu.

Les candidats concernés et leurs réactions

Sébastien Delogu, candidat LFI à Marseille, a récemment interpellé le gouvernement sur la menace que représentent les ingérences étrangères, craignant que l’élection présidentielle de 2027 ne soit « mise en péril » par de telles pratiques. François Piquemal, battu à Toulouse, a quant à lui déposé un recours pour contester la validité de l’élection de Jean-Luc Moudenc. David Guiraud, candidat à Roubaix, n’a pas encore réagi publiquement à l’ouverture de cette enquête.

Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues autour des manipulations informationnelles, notamment depuis les dernières élections européennes et municipales. En 2024 déjà, plusieurs rapports alertaient sur l’augmentation des campagnes de désinformation menées depuis l’étranger, visant à influencer le débat démocratique en France.

Les pistes explorées par l’enquête

L’enquête a été confiée à l’Unité Nationale Cyber, une structure spécialisée dans la lutte contre la cybercriminalité et les menaces numériques. Les magistrats chargés du dossier s’appuient sur les éléments recueillis par Viginum, mais aussi sur des articles de presse évoquant le rôle possible d’une entreprise israélienne, BlackCore, basée à Tel-Aviv. Cette société, dont les activités exactes restent à préciser, serait selon certaines sources le vecteur technique de la diffusion des contenus trompeurs.

Les chefs d’enquête retenus par le parquet parisien couvrent plusieurs infractions potentielles. Outre le délit d’« intelligence avec une puissance étrangère », les magistrats explorent la piste du « détournement de suffrage d’électeurs par fausses nouvelles ou manœuvres frauduleuses ». Enfin, l’apologie en ligne de terrorisme est également mentionnée, en raison de l’utilisation de certains logos dans les contenus diffusés, jugés similaires à ceux d’organisations terroristes.

Cette approche large reflète la volonté des autorités judiciaires de couvrir l’ensemble des angles juridiques possibles, même si aucune preuve définitive d’une ingérence d’État n’a encore été établie. Le parquet insiste d’ailleurs sur le fait qu’aucune « suspicion d’intervention d’un État étranger » ne lui a été signalée à ce stade.

Et maintenant ?

Les investigations devraient se concentrer dans un premier temps sur l’identification des sources techniques et humaines de la campagne de désinformation. Une attention particulière sera portée à l’analyse des données récupérées par Viginum, ainsi qu’à l’éventuelle implication de BlackCore ou d’autres acteurs. Les prochaines semaines pourraient voir l’audition de témoins ou l’expertise de rapports techniques pour étayer ou infirmer les soupçons actuels. Si des éléments concrets émergent, le parquet pourrait décider de requalifier l’enquête en information judiciaire, ce qui permettrait des mesures plus contraignantes, comme des perquisitions ou des gardes à vue.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de renforcement des dispositifs de lutte contre les ingérences étrangères. Depuis 2023, la France a créé une cellule dédiée au sein du ministère de l’Intérieur, et plusieurs lois ont été adoptées pour sanctionner plus sévèrement les manipulations de l’information. Les élections de 2027, qui s’annoncent déjà comme un enjeu majeur, pourraient ainsi être soumises à une pression accrue des campagnes de désinformation venues de l’étranger.

Reste à voir si cette enquête préliminaire permettra de lever le voile sur une éventuelle ingérence étrangère, ou si elle aboutira à la conclusion que les manipulations observées relèvent davantage de stratégies commerciales ou de cybercriminalité que d’une volonté de déstabilisation politique. Une chose est sûre : la question des ingérences numériques dans le débat démocratique français n’est pas près de disparaître.

Le parquet de Paris a ouvert cette enquête « d’initiative », c’est-à-dire de sa propre initiative, conformément à l’article 40 du code de procédure pénale. Cela lui permet de se saisir d’affaires présentant un intérêt général, même en l’absence de saisine externe. Dans ce cas, les éléments relayés par Viginum et les déclarations publiques de Jean-Luc Mélenchon ont pu alerter les magistrats sur un possible trouble à l’ordre public ou une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation.