Le département américain de la Défense (DoD) a lancé une opération de recrutement inédite en s’appuyant sur les méthodes de Wall Street pour financer ses besoins d’armement et ses secteurs stratégiques. Selon Le Figaro, 30 banquiers d’affaires issus des plus grandes banques – Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan et Bank of America – ont été débauchés pour intégrer une nouvelle équipe baptisée « DEAL Team Six ». Leur mission : gérer l’investissement de 200 milliards de dollars sur trois ans dans des filières jugées critiques pour la souveraineté économique et technologique des États-Unis.
Cette initiative, révélée en exclusivité par le quotidien, marque un tournant dans la gestion des fonds publics américains. Pour attirer ces profils, le DoD a proposé des salaires annuels pouvant atteindre 600 000 dollars (environ 517 000 euros), un niveau bien supérieur aux standards du secteur public. Le document de recrutement, consulté par le média Semafor, mettait en avant la possibilité d’investir « plus de capitaux que la plupart des investisseurs n’en mobilisent en une carrière entière ». Autant dire que l’opportunité a séduit des banquiers habitués aux bonus colossaux de la finance privée.
Ce qu’il faut retenir
- 30 banquiers recrutés parmi les plus grandes banques américaines (Goldman Sachs, Morgan Stanley, JPMorgan, Bank of America).
- Salaire annuel proposé : jusqu’à 600 000 dollars, contre une moyenne bien inférieure dans le secteur public.
- Mission confiée : investir 200 milliards de dollars en trois ans dans des secteurs stratégiques pour la souveraineté américaine.
- Nouvelle équipe nommée « DEAL Team Six », directement inspirée des méthodes de financement de Wall Street.
- Objectif affiché : renforcer la compétitivité économique et technologique des États-Unis face à la Chine et à d’autres rivaux stratégiques.
Une stratégie financière ambitieuse pour réduire la dépendance aux marchés
Ce recrutement s’inscrit dans une logique plus large de modernisation de la gestion des dépenses militaires américaines. Jusqu’à présent, le DoD dépendait principalement de financements publics traditionnels, souvent critiqués pour leur manque d’efficacité. Avec la « DEAL Team Six », l’administration Biden mise sur une approche plus agressive, inspirée des fonds d’investissement privés. L’idée est de diversifier les sources de financement et de cibler des secteurs clés comme les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle ou les énergies renouvelables, souvent cités comme des points faibles face à la Chine.
Selon des sources proches du dossier citées par Le Figaro, cette équipe aura pour rôle de « repérer et accompagner des projets à fort potentiel », notamment dans les technologies émergentes. Les 30 recrues devront également travailler en étroite collaboration avec des agences fédérales comme la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) ou le Department of Energy, afin d’aligner leurs investissements sur les priorités nationales.
Un pari risqué pour le Pentagone
Si l’opération séduit par son audace, elle n’est pas sans risques. D’abord, parce que le secteur public peine généralement à rivaliser avec Wall Street sur le plan des rémunérations. Ensuite, parce que la gestion de fonds aussi importants par des profils habitués aux marchés financiers pourrait soulever des questions sur la transparence et les conflits d’intérêts. Certains observateurs s’interrogent déjà sur la capacité des banquiers à concilier rentabilité à court terme et intérêt stratégique de long terme pour l’État américain.
« Ce n’est pas une décision anodine », a souligné un ancien haut fonctionnaire du DoD sous anonymat. « Recruter des banquiers pour gérer de l’argent public, c’est prendre le risque de reproduire les excès de la finance privée, mais dans un contexte où l’enjeu n’est pas seulement économique, mais aussi géopolitique ». Pour l’heure, le Pentagone n’a pas communiqué sur les critères de sélection des projets financés, ni sur les garanties mises en place pour éviter les dérives.
Un signal fort dans un contexte de tensions géopolitiques
Cette initiative intervient alors que les États-Unis renforcent leur arsenal législatif pour protéger leurs secteurs technologiques stratégiques. La loi CHIPS and Science Act, adoptée en 2022, prévoit par exemple des subventions massives pour relocaliser la production de semi-conducteurs aux États-Unis. Avec la « DEAL Team Six », le DoD semble vouloir aller plus loin en mobilisant des outils financiers plutôt que des subventions classiques.
Le timing n’est pas anodin. La rivalité sino-américaine s’intensifie, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la 5G ou des biotechnologies. « La souveraineté technologique est devenue une priorité absolue », a rappelé un responsable du département de la Défense lors d’une conférence de presse en mai 2026. « Nous ne pouvons plus nous contenter de réagir aux initiatives de Pékin. Il faut anticiper et investir massivement ».
En attendant, les 30 banquiers recrutés ont jusqu’à l’automne 2026 pour prendre leurs fonctions. Leur première mission consistera à identifier les filières les plus prometteuses – un exercice qui s’annonce aussi passionnant que complexe.
Le département américain de la Défense a opté pour cette stratégie afin de bénéficier de l’expertise en gestion de capitaux et en investissement à haut rendement que possèdent les banquiers de Wall Street. Selon Le Figaro, l’objectif est de « mobiliser des méthodes éprouvées pour financer des projets à forte rentabilité, tout en servant l’intérêt national ». Le DoD cherche ainsi à combiner efficacité financière et impact stratégique, une approche inédite dans l’histoire du Pentagone.