Selon Euronews FR, le Portugal franchit une étape majeure dans la course aux matériaux furtifs avec le développement d’un revêtement à base de graphène capable de réduire considérablement la signature radar des drones et des aéronefs militaires. Cette innovation, si elle aboutit, pourrait permettre à l’Europe de rattraper son retard face aux États-Unis et à d’autres puissances dans le domaine des technologies de camouflage électromagnétique.

Ce qu'il faut retenir

  • Un matériau révolutionnaire : le graphène portugais absorbe les ondes radar, rendant les appareils militaires bien moins détectables que les solutions actuelles.
  • Production à l’échelle atomique : la technologie plasma développée par GTechPlasma permet de contrôler avec précision les propriétés du matériau, un procédé breveté aux États-Unis, au Japon et en Europe.
  • Applications multiples : au-delà de la défense, ce matériau pourrait être utilisé pour le stockage de l’hydrogène ou la séparation de terres rares.
  • Industrialisation en cours : l’entreprise Plasmaphene, basée à Vila Viçosa, prépare la production à grande échelle d’un dispositif multi-matériaux.
  • Un avantage stratégique : un F-16 recouvert de ce revêtement aurait une signature radar similaire à celle d’un oiseau, selon les estimations des chercheurs.

Une spin-off portugaise au cœur de l’innovation

Le projet est porté par GTechPlasma, une entreprise issue de l’Institut des plasmas et de la fusion nucléaire, rattaché à l’Institut supérieur technique de Lisbonne. Spécialisée dans les matériaux sur mesure à base de graphène de haute qualité, la société a mis au point un système basé sur la technologie plasma pour produire ce revêtement absorbant les ondes radar.

« À l’heure actuelle, nous nous concentrons fortement sur le développement de revêtements pour l’absorption des ondes radar et du rayonnement électromagnétique », explique Bruno Soares Gonçalves, cofondateur de GTechPlasma et président de l’Institut des plasmas et de la fusion nucléaire, dans un entretien accordé à Euronews FR.

Une solution rare et protégée à l’international

Ce matériau, conçu pour absorber les rayonnements électromagnétiques, représente une avancée majeure pour les applications furtives. « Les applications les plus évidentes pour l’instant se situent dans le domaine de la défense, mais il existe de nombreux autres usages où ce type de matériau présente un potentiel pour le blindage électromagnétique », souligne le chercheur. Selon lui, des solutions similaires sont rares et fortement contrôlées au niveau international.

« Actuellement, il n’existe aucune autre solution en Europe et, même dans le reste du monde, on en trouve principalement aux États-Unis. Mais le matériau qui, par exemple, recouvre les F-35 est un matériau qui ne peut pas être exporté », précise-t-il. « Nous avons donc un matériau “made in” Portugal, avec un fort potentiel d’application. »

Une technologie brevetée et polyvalente

Le graphène, composé d’une seule couche d’atomes de carbone, est produit à partir de précurseurs comme l’éthanol ou le méthane, grâce à un procédé plasma innovant. Ce dernier permet de contrôler le matériau à l’échelle atomique, ajustant ses propriétés en fonction des besoins spécifiques. « Il existe de multiples autres applications où le graphène et ses dérivés peuvent être utilisés, mais pour cela il faut maîtriser l’ensemble du processus à l’échelle atomique. Et c’est ce que nous parvenons à faire avec notre dispositif, qui est breveté aux États-Unis, au Japon et en Europe », détaille Bruno Soares Gonçalves.

Des perspectives au-delà de la furtivité

Si l’aviation militaire constitue l’une des applications les plus prometteuses, les chercheurs envisagent d’autres usages pour ce matériau. « Au-delà de l’absorption des ondes radar, la technologie pourrait être utilisée pour le stockage de l’hydrogène ou la séparation des terres rares et de l’uranium », indique le cofondateur de GTechPlasma. Une polyvalence qui ouvre la voie à des collaborations dans des secteurs variés, bien au-delà de la défense.

Vers une industrialisation progressive

Pour l’heure, les dispositifs de GTechPlasma produisent déjà 40 milligrammes par minute de graphène de haute qualité. Une étape intermédiaire avant une montée en puissance industrielle. L’entreprise Plasmaphene, basée à Vila Viçosa, a été choisie pour industrialiser cette technologie, avec le soutien financier du programme Compete 2030. Son objectif ? Développer à l’échelle d’une usine plusieurs dispositifs capables de produire simultanément différents matériaux. « Notre machine est un dispositif multi-matériaux. Nous pouvons changer la “recette” et obtenir différents matériaux », explique un chercheur du Técnico cité par Euronews FR.

Des partenariats déjà engagés dans la défense

GTechPlasma a déjà franchi le pas de la collaboration avec des acteurs du secteur. L’entreprise a fourni 260 grammes de ce matériau pour l’absorption radar à un fabricant portugais de drones. Actuellement, le produit se présente sous la forme d’une poudre noire très légère, mais l’objectif est de proposer des solutions prêtes à l’emploi. « L’objectif est de fournir des solutions aussi proches que possible de ce que le client peut appliquer lui-même, au lieu de livrer uniquement une poudre que le client doit ensuite apprendre à intégrer », justifie Bruno Soares Gonçalves.

Cette évolution vise à faciliter l’adoption du matériau par les industriels, notamment pour des revêtements ou des peintures applicables directement sur des surfaces comme celles des drones.

Et maintenant ?

Si les avancées technologiques sont prometteuses, plusieurs étapes restent nécessaires avant une généralisation de ce matériau. D’ici à 2027, Plasmaphene devrait finaliser l’industrialisation de la production, tandis que GTechPlasma entend multiplier ses partenariats, notamment avec des acteurs européens de la défense. Reste à voir si cette innovation permettra au Portugal de s’imposer comme un leader en Europe dans un domaine aussi stratégique que les technologies furtives.

Cette percée survient à un moment où les tensions géopolitiques accentuent l’importance des capacités de camouflage et de discrétion dans les opérations militaires. Le développement de tels matériaux pourrait ainsi redéfinir l’équilibre des forces dans les conflits futurs, où la maîtrise des technologies de détection et de contre-détection devient un enjeu crucial.

À ce jour, le matériau développé par GTechPlasma a été fourni à hauteur de 260 grammes à un fabricant portugais de drones, principalement pour des tests et des prototypes. Aucune application opérationnelle sur des appareils militaires n’a encore été confirmée publiquement.