Cinq ans après avoir fait du Bitcoin une monnaie à cours légal, le Salvador semble désormais tourner la page des paiements en BTC. Selon nos confrères de Cryptoast, une enquête menée sur place par un contributeur de Bitcoin Core révèle une quasi-disparition des transactions quotidiennes en Bitcoin, malgré l’obligation légale toujours en vigueur. Une évolution qui interroge sur l’avenir de cette initiative phare portée par le président Nayib Bukele, alors que le pays tente de concilier ambitions technologiques et contraintes économiques.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2021, le Salvador adopte le Bitcoin comme monnaie légale, une première mondiale.
  • Un accord avec le FMI en 2024 impose aux commerçants de rendre facultative l’acceptation des paiements en BTC.
  • Un développeur de Bitcoin Core constate l’absence quasi totale de transactions en Bitcoin dans un restaurant emblématique d’El Zonte.
  • La volatilité du Bitcoin et la préférence pour les cartes bancaires expliquent ce rejet progressif.
  • L’instabilité du BTC favorise sa détention à long terme plutôt que son utilisation comme moyen de paiement.

Une adoption légale qui bute sur la réalité économique

En septembre 2021, le Salvador devenait le premier pays au monde à reconnaître le Bitcoin comme monnaie officielle, aux côtés du dollar américain. Une décision historique saluée par les partisans des cryptomonnaies, mais rapidement contestée par le Fonds monétaire international (FMI). Ce dernier, inquiet des risques financiers liés à cette adoption, a proposé en 2024 une aide financière de 1,4 milliard de dollars au pays, assortie de conditions strictes.

Parmi ces exigences, l’une a particulièrement changé la donne : l’acceptation des paiements en Bitcoin est devenue facultative pour les commerçants, alors qu’elle était obligatoire depuis 2021. Une clause que le président salvadorien Nayib Bukele a acceptée, tout en continuant officiellement à promouvoir l’achat de BTC par l’État. Pourtant, sur le terrain, cette mesure semble avoir sonné le glas des transactions quotidiennes en Bitcoin.

El Zonte, symbole de l’échec relatif du Bitcoin comme moyen de paiement

Pour évaluer l’impact réel de cette politique, le développeur Jon Atack, membre de Bitcoin Core et installé au Salvador, a mené une enquête dans un restaurant d’El Zonte, ville côtière surnommée « Bitcoin Beach » en raison de son adoption précoce et massive du Bitcoin. Ce lieu, autrefois présenté comme un modèle d’utilisation quotidienne du BTC, illustre aujourd’hui le revers de la médaille.

Lors de son séjour d’un mois en août 2026, Jon Atack a tenté de régler son addition avec du Bitcoin. Contre toute attente, il s’agissait du premier paiement en BTC effectué dans cet établissement depuis des semaines. La serveuse, pourtant familiarisée avec le système, s’est montrée incapable de traiter la transaction via l’application dédiée. Pire : elle a accueilli avec peu d’enthousiasme la proposition d’un pourboire en satoshis, la plus petite unité du Bitcoin, qualifiant cette option de « morte ».

Volatilité et préférence pour la stabilité monétaire

Le déclin des paiements en Bitcoin au Salvador s’explique principalement par la forte volatilité de la cryptomonnaie. Les commerçants, confrontés à des fluctuations de prix quasi instantanées, préfèrent désormais les paiements en dollars ou par carte bancaire, jugés plus stables et plus simples à convertir. « Quel est l’intérêt de payer une facture de 20 dollars avec du BTC si sa valeur peut doubler ou tripler en quelques mois ? », s’interroge Jon Atack dans son rapport.

Cette instabilité a progressivement orienté les Salvadoriens vers une logique de détention à long terme (HODL) plutôt que d’utilisation comme moyen de paiement. Une tendance observée bien au-delà des frontières du pays, où le Bitcoin reste davantage perçu comme un actif spéculatif que comme une monnaie d’échange.

Une stratégie salvadorienne en quête de cohérence

Malgré l’échec relatif des paiements en Bitcoin, le gouvernement de Nayib Bukele maintient officiellement son soutien à la cryptomonnaie. Le président continue d’annoncer régulièrement des achats de BTC pour le compte de l’État, espérant ainsi profiter d’une éventuelle appréciation à long terme. Pourtant, les chiffres récents montrent que les réserves en Bitcoin de l’État salvadorien ont perdu une grande partie de leur valeur depuis 2021, en raison des baisses de cours et de la faible utilisation locale.

Cette contradiction entre la promotion officielle et la réalité des usages interroge sur la pérennité de cette stratégie. D’autant que l’accord avec le FMI, signé en 2024, lie désormais le pays à une politique économique plus orthodoxe, où le Bitcoin occupe une place secondaire.

Et maintenant ?

Si l’abandon progressif des paiements en Bitcoin par les commerçants salvadoriens semble acté, la question de l’avenir de cette cryptomonnaie dans le pays reste ouverte. Pour les observateurs, deux scénarios se dessinent : soit le gouvernement parviendra à relancer l’adoption par des incitations ciblées, soit le Bitcoin restera confiné à un rôle marginal, réservé aux investisseurs et aux transactions internationales. Une chose est sûre : la première expérience mondiale d’adoption légale du Bitcoin devra faire face à ses limites économiques, bien avant ses ambitions technologiques.

Reste à voir si d’autres pays suivront l’exemple salvadorien ou tireront les leçons de cette tentative, notamment en matière de stabilité monétaire et d’acceptation par les acteurs économiques locaux.

Non. Le Bitcoin reste une monnaie à cours légal au Salvador, mais son utilisation comme moyen de paiement quotidien s’est effondrée depuis l’accord avec le FMI en 2024, qui a rendu facultative son acceptation par les commerçants.

La principale raison est la forte volatilité du Bitcoin, qui rend les transactions en BTC peu pratiques pour les petits commerces. Les fluctuations de prix peuvent transformer une facture de 20 dollars en une dépense de 100 dollars en quelques mois, poussant les Salvadoriens à préférer les dollars ou les cartes bancaires.