« Ce serait vraiment dommage que de tels bateaux soient abandonnés », s’inquiète Maelig Cheval-Brosseau, mousse sur le Sinagot « Joli Vent ». Selon Franceinfo – Culture, ce voilier traditionnel, reconnaissable à sa coque noire et ses voiles ocre, incarne l’âge d’or de la pêche dans le Golfe du Morbihan, un patrimoine aujourd’hui menacé par l’abandon et le manque de transmission.

Ce qu'il faut retenir

  • Unique exemplaire en navigation : Sur les quelque 160 Sinagots construits au début du XXᵉ siècle, un seul, datant de 1943, est encore en état de naviguer et classé monument historique.
  • Patrimoine en danger : Avec seulement six Sinagots encore en activité aujourd’hui – tous des répliques –, la survie de ce type de bateau dépend désormais des bénévoles et des associations locales.
  • Un savoir-faire exigeant : Leur entretien, notamment avec un mélange d’huile de lin, d’essence de térébenthine et de goudron norvégien, nécessite un travail régulier pour préserver leur structure en bois.
  • Une navigation traditionnelle : Les Sinagots, dépourvus de moteur, se déplaçaient autrefois à l’aviron ou tractés par des barques, avant d’être progressivement abandonnés au profit de bateaux motorisés.
  • Une transmission fragile : Les bénévoles des « Amis du Sinagot » organisent des sorties pour initier le public et les jeunes, seuls garants de la pérennité de ces navires emblématiques.

Un navire chargé d’histoire, toujours en activité

Avec sa coque noire et ses voiles ocre, le Sinagot se distingue immédiatement des autres bateaux. Selon Franceinfo – Culture, ce deux-mâts traditionnel, né au début du XXᵉ siècle, fut le fidèle compagnon des pêcheurs modestes du Golfe du Morbihan. Aujourd’hui, il ne reste qu’un seul exemplaire d’époque encore en état de naviguer : construit en 1943, il est classé monument historique et continue de sillonner les eaux du golfe grâce à l’association « Les Amis du Sinagot ».

À bord, les bénévoles perpétuent les gestes des anciens pêcheurs. Gilles Fardel, l’un d’eux, explique la méthode d’entretien rigoureuse appliquée au bois : « On utilise un mélange d’huile de lin, d’essence de térébenthine et de goudron norvégien. Ce produit pénètre bien le bois, protège des parasites et des champignons. Un entretien à mi-saison est indispensable pour le préserver », précise-t-il. Ces techniques, transmises de génération en génération, témoignent d’un savoir-faire artisanal aujourd’hui rare.

Entre tradition et superstition, une navigation codifiée

Avant chaque sortie, l’équipage du Sinagot observe un rituel immuable : une prière. Daniel Fresneau, président des « Amis du Sinagot », souligne son importance : « Le milieu marin repose sur de nombreuses superstitions. Nous avons remarqué que lorsque nous omettons cette prière, des problèmes surviennent : échouages ou objets tombés à l’eau. Cela fait partie de notre histoire et de notre respect pour la mer. »

Manœuvrer un Sinagot relève de l’exploit. Frédéric Mancel, capitaine du « Joli Vent », témoigne de la complexité de ces chaloupes : « Nous essayons de comprendre comment les pêcheurs vivaient à bord : comment ils naviguaient, mangeaient, travaillaient et vendaient leur pêche. C’était un métier extrêmement difficile. À chaque sortie, nous mesurons l’ampleur de leur quotidien, nous qui naviguons pour le plaisir. »

L’abandon, conséquence d’une modernisation brutale

Au début du XXᵉ siècle, le Golfe du Morbihan comptait pas moins de 160 Sinagots. Ces bateaux, utilisés pour la drague des huîtres sauvages ou la pêche côtière, étaient alors indispensables à la vie économique locale. Pourtant, leur déclin fut rapide : « L’arrivée des moteurs a tout changé, explique Daniel Fresneau. Les nouveaux bateaux étaient bien plus pratiques pour les pêcheurs. Résultat, les Sinagots, dépourvus de propulsion mécanique, ont été poussés dans les vasières et abandonnés. »

Désormais, seuls six Sinagots, tous des répliques, battent encore les flots. Conçus pour la plaisance, ils permettent de faire découvrir ce patrimoine aux visiteurs et aux familles. Chantal, venue avec sa fille pour une première expérience, confie : « Elle a déjà pris des cours de voile, mais jamais sur un aussi gros bateau. C’est impressionnant et passionnant. »

Transmettre pour sauver : l’espoir d’un avenir

La survie du Sinagot repose désormais sur la passion des bénévoles et l’initiation du public. Catherine Bras, bénévole, raconte son coup de cœur pour ces bateaux : « Je les trouvais tellement beaux que je me suis inscrite à l’association avant même d’avoir navigué dessus. Pouvoir les approcher de près est un vrai bonheur. » Aujourd’hui, elle participe activement à leur préservation et à leur mise en valeur.

Les sorties en mer sont aussi l’occasion de former les plus jeunes. Maelig Cheval-Brosseau, mousse de 16 ans, incarne cette nouvelle génération : « J’ai plein de choses à apprendre. L’équipage est très sympa, et ça donne envie de s’investir pour garder ces bateaux. Ce serait vraiment dommage qu’ils disparaissent. » Son engagement reflète l’espoir partagé par tous : que le Sinagot ne devienne pas un simple vestige du passé.

Et maintenant ?

La pérennité des Sinagots dépendra des efforts de transmission et des financements nécessaires à leur entretien. L’association « Les Amis du Sinagot » organise régulièrement des événements pour sensibiliser le public et recruter de nouveaux bénévoles. Par ailleurs, des discussions sont en cours avec les collectivités locales pour intégrer ces bateaux dans des circuits touristiques, afin de générer des revenus dédiés à leur conservation. Une chose est sûre : sans cette mobilisation, le dernier Sinagot d’époque pourrait bien rejoindre les chantiers navals abandonnés du Golfe.

Quant aux répliques, leur avenir reste lié à la demande pour des activités nautiques traditionnelles. Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si le Sinagot parviendra à conserver sa place au cœur du patrimoine maritime breton.

Plusieurs associations, comme « Les Amis du Sinagot », recrutent des bénévoles pour des sorties en mer, des opérations d’entretien ou des événements de sensibilisation. Il est possible de les contacter via leur site internet ou leur page Facebook pour s’impliquer.