L’écrivaine et militante mapuche Moira Millan publie « Le Train de l’oubli », un récit intimiste qui explore, sur quatre générations, l’impact de l’arrivée du chemin de fer en Patagonie argentine aux XIXᵉ et XXᵉ siècles. Selon Le Monde, cet ouvrage restitue une période charnière pour les peuples autochtones, marquée par l’expropriation systématique de leurs terres ancestrales. À travers une narration familiale, Millan restitue les conséquences sociales et culturelles de cette colonisation, souvent présentée comme un symbole de « progrès » industriel.

Ce qu'il faut retenir

  • Moira Millan, militante mapuche et écrivaine, publie « Le Train de l’oubli », un récit retraçant l’accaparement des terres en Patagonie.
  • L’ouvrage couvre quatre générations et se concentre sur les XIXᵉ et XXᵉ siècles, période d’expansion du chemin de fer en Argentine.
  • Le livre met en lumière la destruction des sociétés mapuches et la spoliation de leurs territoires sous couvert de « modernisation ».
  • Millan, figure emblématique de la défense des droits autochtones, y mêle mémoire familiale et histoire collective.

Une fresque historique ancrée dans la mémoire mapuche

Dans « Le Train de l’oubli », Moira Millan construit un récit où se mêlent fiction et autobiographie. L’autrice s’appuie sur les récits de ses aïeuls pour décrire comment l’arrivée du rail, à partir des années 1880, a accéléré l’appropriation des terres par l’État argentin et les compagnies ferroviaires. Comme le rapporte Le Monde, ce processus s’est accompagné de violences et de déplacements forcés contre les communautés mapuches, dont les territoires étaient perçus comme des ressources à exploiter. « Ce train n’a pas seulement transporté des marchandises, il a charrié l’oubli de nos droits », souligne Millan dans son livre.

La Patagonie, symbole d’une colonisation violente

La Patagonie, région du sud de l’Argentine, est au cœur du récit. Selon Le Monde, cette zone, peuplée majoritairement de Mapuches avant l’arrivée des colons, a vu son paysage et ses structures sociales radicalement transformées. Les infrastructures ferroviaires, présentées comme un vecteur de développement, ont servi de levier à l’État pour imposer sa souveraineté sur des terres disputées. Les Mapuches, dont les terres étaient traditionnellement collectives, se sont retrouvés exclus des décisions et privés de leurs moyens de subsistance. « On nous a volé bien plus que des hectares, on nous a pris notre histoire », écrit Millan.

Un engagement militant porté par la littérature

Moira Millan, connue pour son activisme en faveur des droits des peuples autochtones, utilise la littérature comme outil de résistance. Son précédent ouvrage, « La Revuelta de las Muñecas », avait déjà mis en lumière les luttes des Mapuches contre les exploitations minières et les projets énergétiques. Avec « Le Train de l’oubli », elle élargit le champ de sa réflexion en abordant un épisode méconnu de l’histoire argentine. L’autrice, qui a elle-même grandi dans une communauté mapuche de la province de Neuquén, y intègre des éléments de sa propre trajectoire, notamment les récits de sa grand-mère, survivante des déplacements forcés.

Et maintenant ?

La sortie de « Le Train de l’oubli » intervient dans un contexte où les questions de reconnaissance des peuples autochtones et de restitution des terres restent d’actualité en Argentine. Le gouvernement argentin a engagé, depuis 2021, un dialogue avec les communautés mapuches pour répondre à leurs revendications. Cependant, les avancées restent lentes, et les conflits fonciers persistent, notamment dans les provinces de Neuquén et Río Negro. Une réunion prévue en juin 2026 au ministère de la Justice devrait aborder les modalités de restitution de terres, mais les modalités concrètes restent à définir. Pour Millan, ce livre est aussi un appel à la société argentine pour qu’elle reconnaisse son passé colonial et ses conséquences actuelles.

La publication de cet ouvrage pourrait relancer le débat sur la mémoire historique et les réparations dues aux peuples autochtones. Des associations, comme le Conseil des Aînés Mapuches, ont déjà salué son initiative, espérant qu’il servira de support à des actions juridiques et politiques. Reste à voir si cette reconnaissance passera par la littérature ou par des mesures concrètes.

Le rail a permis une colonisation rapide et massive de la Patagonie en facilitant le transport des troupes, des colons et des marchandises. Selon Le Monde, les compagnies ferroviaires, souvent soutenues par l’État, ont profité de l’absence de titres de propriété formels chez les Mapuches pour s’emparer des terres, présentées comme « vacantes ». Ce processus, légitimé par des lois comme celle de 1867 sur la « Conquête du Désert », a systématisé l’exclusion des communautés autochtones.