Le Zimbabwe a entamé cette semaine la réintroduction de 17 rhinocéros noirs dans le parc national de Matusadona, près de trois décennies après les avoir évacués pour les sauver du braconnage. Selon Le Figaro, ces animaux, transportés par avion depuis d’autres réserves du pays, sont les descendants directs de ceux qui avaient fui les chasseurs illégaux au début des années 1990. Leur retour marque le premier projet de ce type en Afrique, visant à restaurer un patrimoine génétique local décimé.
Ce qu'il faut retenir
- 17 rhinocéros noirs ont été réintroduits dans le parc de Matusadona cette semaine, tous descendants des individus évacués dans les années 1990.
- Leur population était passée de 250 à 16 têtes en un an au début des années 1990 à cause du braconnage intensif.
- Les cornes des animaux réintroduits ont été coupées et des drones ainsi que des balises de suivi ont été déployés pour renforcer leur protection.
- Vingt autres rhinocéros noirs doivent rejoindre le parc en 2027, selon les autorités zimbabwéennes.
- La population mondiale de rhinocéros noirs est passée de 65 000 individus en 1970 à seulement 2 300 au début des années 1990 avant de remonter à environ 6 800 aujourd’hui.
Un sauvetage d’urgence face à l’hécatombe des années 1990
Au début des années 1990, la région de Matusadona, dans le nord-ouest du Zimbabwe, a été dévastée par une vague de braconnage sans précédent. Les chasseurs illégaux, motivés par la demande internationale de cornes de rhinocéros – alors réputées pour leurs prétendues vertus aphrodisiaques – ont réduit la population locale de 250 à 16 individus en moins d’un an, selon les chiffres communiqués par Michael Pelham, gestionnaire du parc de Matusadona. « Les braconniers ont fait chuter leurs effectifs à un niveau critique », a-t-il expliqué à l’AFP, comme le rapporte Le Figaro.
Cette tragédie locale s’inscrivait dans un phénomène plus large : entre 1980 et 1992, la population totale de rhinocéros noirs en Afrique australe est passée de 3 500 à seulement 400 animaux. Face à l’urgence, les autorités zimbabwéennes ont décidé d’évacuer les survivants vers des zones plus sûres. Une partie a été transférée dans d’autres réserves du Zimbabwe, tandis qu’une vingtaine d’individus ont été envoyés en Australie et au Texas, aux États-Unis, pour y être placés sous protection.
Un patrimoine génétique préservé grâce à la réintroduction
« Nous ré-ensauvageons avec le retour du même patrimoine génétique », a déclaré Michael Pelham lors d’une conférence de presse. Les 17 rhinocéros noirs réintroduits cette semaine sont en effet les descendants directs des animaux évacués il y a trente ans. « Nous les réintégrons dans leur écosystème d’origine », a-t-il précisé, soulignant que ce projet, le premier du genre sur le continent africain, pourrait servir de modèle pour d’autres régions touchées par le déclin des rhinocéros.
Parmi les animaux évacués dans les années 1990, certains sont encore en vie, mais leur âge avancé les rend inaptes à un nouveau déplacement. « Leurs progénitures reviennent donc à Matusadona », a indiqué le gestionnaire du parc. Ces animaux, une fois acclimatés, devraient contribuer à la reproduction et à la stabilisation de la population locale, affaiblie par des décennies de pression humaine.
Des mesures renforcées pour éviter une nouvelle catastrophe
Pour éviter que l’histoire ne se répète, les autorités zimbabwéennes ont mis en place plusieurs dispositifs de protection. D’abord, les cornes des rhinocéros réintroduits ont été coupées, une pratique courante pour dissuader les braconniers, car elle réduit la valeur marchande de l’animal. Ensuite, des technologies modernes ont été déployées : des drones effectuent des patrouilles régulières au-dessus du parc, tandis que des balises de suivi permettent de localiser les animaux en temps réel.
Ces mesures s’ajoutent aux efforts déjà en place pour lutter contre le braconnage dans la région. Selon la Fondation internationale pour le rhinocéros, la population mondiale de rhinocéros noirs s’est redressée depuis les années 1990, passant de 2 300 à environ 6 800 individus grâce à des campagnes de conservation intensives. Pourtant, le risque persiste : malgré ces progrès, le braconnage reste une menace majeure dans plusieurs pays africains, où la demande en cornes de rhinocéros alimente encore un marché noir lucratif.
Un projet ambitieux avec une feuille de route précise
La réintroduction de ces 17 rhinocéros noirs n’est que la première étape d’un projet plus large. Michael Pelham a confirmé que vingt autres animaux devraient rejoindre le parc de Matusadona d’ici 2027, afin d’assurer une diversité génétique suffisante et de renforcer la résilience de la population locale. « Nous suivrons de près leur adaptation et leur reproduction », a-t-il indiqué, ajoutant que les résultats de cette opération pourraient influencer d’autres initiatives similaires en Afrique.
Ce retour des rhinocéros noirs à Matusadona s’inscrit dans une dynamique plus globale de réensauvagement, un concept qui gagne en popularité sur le continent africain. Après des décennies de déclin causé par l’homme, certaines espèces menacées commencent à retrouver des territoires où elles avaient disparu, à condition que les conditions de sécurité soient réunies.
À plus grande échelle, ce projet illustre les défis et les espoirs de la conservation en Afrique. Alors que certaines espèces continuent de décliner face aux pressions humaines, d’autres commencent à renaître, à condition de bénéficier des moyens nécessaires pour se rétablir. La réintroduction des rhinocéros noirs à Matusadona en est un exemple concret.
Les cornes de rhinocéros sont principalement recherchées pour leurs prétendues vertus médicinales en Asie, où elles sont utilisées dans la médecine traditionnelle, notamment pour traiter des problèmes de santé comme la fièvre ou les troubles digestifs. Leur valeur sur le marché noir peut atteindre plusieurs milliers de dollars par kilogramme, ce qui en fait une cible privilégiée pour les braconniers malgré les interdictions internationales.
Le rétablissement d’une population de rhinocéros noirs dépend de nombreux facteurs, notamment la taille initiale du groupe réintroduit, la disponibilité des ressources alimentaires et la pression du braconnage. En moyenne, il faut compter entre 10 et 20 ans pour observer une croissance significative de la population, à condition que les conditions de sécurité soient maintenues et que les animaux se reproduisent avec succès.