Avec plus de 600 rivières et cours d’eau, quelque 300 lacs naturels ou artificiels et plus de 50 grands réservoirs, l’eau représente un pilier essentiel de l’Ouzbékistan, tant sur le plan économique que culturel. Selon Euronews FR, ces ressources hydriques structurent depuis des siècles l’implantation des populations, le développement des communautés et les échanges le long de la Route de la soie. Fleuves majestueux, cascades isolées ou bassins historiques continuent aujourd’hui de jouer ce double rôle : servir les habitants tout en attirant des visiteurs en quête de paysages uniques.
Ce qu'il faut retenir
- L’Ouzbékistan compte plus de 600 rivières, 300 lacs et 50 grands réservoirs, essentiels pour l’eau potable, l’agriculture et l’hydroélectricité.
- La rivière Ugam, près de Tachkent, est une destination prisée pour ses aires de loisirs et sa cascade aménagée par la tradition hashar.
- La cascade Qizilsuv, dans la région de Jizzakh, attire entre 2 000 et 3 000 touristes internationaux par an grâce à ses sources riches en fer et son cadre naturel préservé.
- Les hovuzs de Boukhara, comme Lyabi Hauz ou Bolohovuz, étaient à la fois des réserves d’eau et des lieux de vie sociale depuis le XVIe siècle.
Des cours d’eau qui ont façonné les paysages et les sociétés
L’eau a toujours déterminé l’organisation des territoires en Ouzbékistan. Le fleuve Ugam, qui prend sa source dans les contreforts du Tian Shan occidental, illustre parfaitement cette influence. Ce cours d’eau, alimenté par la fonte des neiges et les sources de montagne, irrigue les cultures locales et alimente les écosystèmes environnants. « Le long de la rivière Ugam, il y a une aire de jeux pour enfants, différents bassins, des zones de loisirs spéciales où les visiteurs peuvent se détendre, un restaurant et des équipements qui permettent aux gens de préparer eux-mêmes leur nourriture », explique Ravshan Temirov, un habitant de la région. Pendant la belle saison, les rives de l’Ugam deviennent un lieu de détente pour les familles tadjikes, avec des restaurants, des zones de pique-nique et même des piscines aménagées.
Plus en altitude, dans le village de Nanay, un ancien canal d’irrigation s’est transformé en une cascade spectaculaire. Ce site, aménagé grâce à la tradition communautaire hashar – toujours vivace en Ouzbékistan –, attire des visiteurs tout l’été. Dilshod Ashurmetov, guide local, souligne l’importance de cette infrastructure : « Cette cascade a été aménagée il y a longtemps grâce au hashar, ce travail communautaire. Nous disposons de véhicules dédiés et de jeunes gens chargés d’emmener les visiteurs jusqu’à la cascade et de les ramener. Il y a des tapchans et des plateformes où les gens peuvent se reposer, manger et passer leur temps libre. »
Des cascades naturelles, entre ressources et attractions touristiques
À quelques heures de route au sud de Tachkent, dans les montagnes de la région de Jizzakh, les sources naturelles donnent naissance à des cascades permanentes, comme celle de Qizilsuv. Nichée dans les forêts du district de Bakhmal, cette chute d’eau est entourée de falaises et de verdure, offrant un refuge de fraîcheur en été. Jahongir Shukurov, chef de division au service forestier d’État de Baxmal, précise : « La cascade que vous voyez ici est naturelle. Elle est formée par des sources qui se rassemblent en amont et s’écoulent naturellement. Les habitants en contrebas l’utilisent aussi comme eau potable. En hiver, cette eau de source ne gèle pas. »
Les analyses menées par les autorités locales révèlent une particularité de cette eau : une teneur naturellement élevée en fer. Akbarjon Qolberdiyev, ingénieur en chef du service forestier de Bakhmal, indique : « Nous avons mené des recherches et des analyses en laboratoire, qui ont montré que l’eau de Qizilsuv présente une forte concentration en fer. » Malgré cette caractéristique, le site accueille entre 2 000 et 3 000 visiteurs internationaux chaque année, ainsi que 30 000 à 50 000 touristes nationaux. Pour beaucoup, l’attrait tient à la pureté et à la limpidité de l’eau, comme le confie Nargiza Oqilova, une visiteuse : « Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la propreté de l’eau, sa limpidité et sa douceur. »
Les bassins de Boukhara, symboles d’une ingénierie hydraulique historique
À l’inverse des régions montagneuses de l’est du pays, la ville de Boukhara, située en bordure du désert du Kyzylkoum, a dû compter sur l’ingéniosité humaine pour subvenir à ses besoins en eau. La solution ? Un réseau de bassins publics, appelés hovuzs, qui remplissaient à la fois des fonctions pratiques et sociales. Ces réservoirs fournissaient l’eau potable, irriguaient les cultures et offraient des espaces ombragés où les habitants pouvaient se reposer pendant les mois les plus chauds. Iskandar Hamroev, chercheur à l’université d’État de Boukhara, rappelle : « Boukhara se trouve près du désert du Kyzylkoum et il y fait très chaud. Les gens venaient ici pour se reposer sous les arbres. Les bassins servaient aussi de réserves d’eau. Aujourd’hui, les visiteurs viennent surtout pour s’asseoir et se détendre. »
Parmi les plus célèbres, Lyabi Hauz est un ensemble architectural emblématique aménagé entre les XVIe et XVIIe siècles autour d’un vaste bassin en pierre. Selon la légende locale, l’homme d’État Nadir Divan-Begi aurait financé sa construction en vendant un bijou précieux, souhaitant laisser un héritage durable. Un autre bassin, Bolohovuz, situé en face de la forteresse de l’Ark, date du début du XVIIIe siècle. Construit sous la dynastie ashtarkhanide, il alimentait en eau la résidence de l’émir et les quartiers environnants. Hamroev explique : « Bolohovuz a été créé parce qu’il y avait un besoin d’eau. Les habitants des quartiers alentour l’utilisaient aussi pour leurs besoins domestiques quotidiens. »
Que ce soit à travers les rivières de montagne de Tachkent, les cascades de Jizzakh ou les bassins historiques de Boukhara, l’eau reste au cœur de l’identité ouzbèke. Ces paysages, à la fois utiles et esthétiques, rappellent comment une ressource naturelle a pu façonner une civilisation – et continue de le faire, à travers un tourisme de plus en plus tourné vers la découverte des traditions locales.