Alors que l’Union européenne (UE) célèbre ses cinquante ans d’élargissements successifs, le sommet prévu ce 5 juin au Monténégro, réunissant les dirigeants des Vingt-Sept et des pays candidats des Balkans occidentaux, relance un débat aussi ancien que l’intégration européenne : à quel rythme et selon quelles modalités de nouveaux États peuvent-ils rejoindre le projet commun. Selon Courrier International, cette rencontre intervient dans un contexte où l’UE, après treize années sans élargissement depuis l’adhésion de la Croatie en 2013, envisage désormais une ouverture majeure vers l’est d’ici 2030.
Ce qu'il faut retenir
- L’UE compte aujourd’hui 27 États membres, après avoir accueilli la Croatie en 2013, dernier élargissement en date.
- Six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro et Serbie) sont candidats ou potentiellement candidats à l’adhésion.
- L’Ukraine et la Moldavie ont obtenu le statut de candidat en 2022, accéléré par la guerre en Ukraine, tandis que la Turquie et la Géorgie voient leur processus bloqué ou suspendu.
- Le processus d’adhésion exige le respect des critères de Copenhague et une unanimité au Conseil de l’UE, ce qui en fait une procédure longue et exigeante.
- L’Islande envisage de relancer sa candidature, suspendue en 2013, avec un référendum prévu le 29 août 2026.
Une intégration européenne née d’un projet économique et politique
L’histoire de l’élargissement européen commence en 1957 avec la création de la Communauté économique européenne (CEE), fondée par six pays : l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas. Comme le rappelle Courrier International, cette organisation supranationale visait avant tout à renforcer la coopération économique après les ravages de la Seconde Guerre mondiale. Ce n’est qu’en 1993, avec l’entrée en vigueur du traité de Maastricht, que la CEE devient officiellement l’Union européenne, comptant alors douze membres principalement situés en Europe de l’Ouest et du Sud.
Les vagues d’élargissement qui ont suivi ont souvent reflété des enjeux géopolitiques. En 1973, l’adhésion du Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni — malgré l’opposition initiale du général de Gaulle — marque un tournant. Comme l’a souligné Charles de Gaulle en 2003, cité par Courrier International, « Londres ne devait pas semer le trouble en contestant les politiques communes ou en brouillant les frontières politiques de la CEE », notamment en raison de son alignement avec les États-Unis. Cette tension illustre déjà les défis liés à l’intégration de nouveaux membres au projet européen.
Des élargissements historiques, souvent liés à des transitions démocratiques
Les années 1980 voient l’UE s’étendre vers le sud avec l’adhésion de la Grèce en 1981, puis de l’Espagne et du Portugal en 1986. Ces deux derniers pays sortaient alors de longues périodes de dictature, ce qui a motivé leur intégration rapide dans un espace démocratique et économique stable. En 1995, l’UE accueille trois nouveaux membres : l’Autriche, la Finlande et la Suède, marquant une première extension vers le nord de l’Europe.
Le plus grand bond en avant survient en 2004, lorsque dix pays rejoignent simultanément l’UE, dont huit anciens membres du bloc communiste (Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Slovénie et Tchéquie). Comme le soulignait en 2014 le journal croate Jutarnji List, « huit de ces pays se trouvaient quinze ans plus tôt de l’autre côté du rideau de fer ». Cette adhésion a presque doublé la population de l’UE, passant de 380 à plus de 500 millions d’habitants, et augmenté sa superficie de 1,1 million de kilomètres carrés.
Les Balkans occidentaux et l’Ukraine au cœur des négociations actuelles
Le sommet de ce 5 juin 2026 au Monténégro, organisé dans le cadre du sommet UE-Balkans occidentaux, se concentre sur les six pays candidats ou potentiellement candidats de la région : l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie. Selon Courrier International, le président du Conseil européen, António Costa, a rappelé l’« intérêt géostratégique » de ces adhésions, notamment dans un contexte marqué par l’invasion russe en Ukraine et les tensions croissantes en Europe de l’Est.
Outre les Balkans, deux autres pays ont récemment obtenu le statut de candidat : l’Ukraine et la Moldavie. Leur processus d’adhésion, bien qu’engagé depuis plusieurs années, s’est accéléré depuis 2022, date du début de la guerre en Ukraine. En revanche, la Turquie, candidate depuis 1999, voit son processus au point mort, tandis que la Géorgie a vu son Premier ministre suspendre le processus d’adhésion en 2024. Ces blocages reflètent les divergences politiques et les critères exigeants imposés par Bruxelles.
Les critères de Copenhague : un obstacle majeur pour les candidats
L’adhésion à l’UE n’est pas un parcours de santé. Comme l’explique Courrier International en s’appuyant sur les documents officiels de l’UE, un pays souhaitant rejoindre l’Union doit d’abord obtenir le statut de candidat. Il doit ensuite respecter les critères de Copenhague, adoptés en 1993, qui imposent des conditions strictes en matière d’État de droit, de démocratie, d’économie de marché et d’adoption de l’acquis communautaire (l’ensemble des lois et réglementations européennes).
Une fois ces critères remplis, les négociations peuvent débuter. Elles aboutissent à un accord final, soumis à l’approbation unanime des 27 États membres. Cette exigence d’unanimité explique pourquoi certains processus traînent en longueur. Par exemple, la Serbie, candidate depuis 2012, n’a toujours pas finalisé ses négociations, en raison notamment de désaccords persistants sur la normalisation des relations avec le Kosovo.
L’Islande et le Brexit : des rebondissements inattendus
L’Islande, candidate en 2009, avait suspendu son processus en 2013, mais le contexte géopolitique actuel — marqué par les tensions dans l’Arctique et les velléités de Donald Trump dans la région — a relancé le débat. Comme le rapporte Courrier International, le Parlement islandais a approuvé l’organisation d’un référendum sur une éventuelle réadhésion, prévu pour le 29 août 2026. Les Islandais devront trancher une question qui divise : leur pays a-t-il plus à gagner en restant en dehors de l’UE ou en rejoignant le marché unique européen ?
De l’autre côté de la Manche, le Brexit continue de hanter les esprits. Bien que le Royaume-Uni ait quitté l’UE en janvier 2020, des voix se font entendre outre-Manche pour envisager un retour. Pourtant, comme le souligne Courrier International, les obstacles sont nombreux : divergence réglementaire, question de la libre circulation, et surtout, une opinion publique divisée. Pour l’instant, aucune négociation n’est engagée, mais le sujet reste un marronnier politique dans le débat britannique.
Ce sommet s’inscrit dans une dynamique où l’UE cherche à consolider son rôle de puissance géopolitique face aux pressions russes et chinoises. Mais le chemin vers l’élargissement reste semé d’embûches, où chaque étape dépendra autant des réformes internes des candidats que de la volonté politique des Vingt-Sept.
Un pays candidat doit respecter les critères de Copenhague, qui incluent la stabilité des institutions garantissant la démocratie, l’État de droit, les droits de l’homme et le respect des minorités ; une économie de marché viable ; et l’adoption de l’ensemble du droit européen (acquis communautaire). Ces critères sont vérifiés lors d’un processus long et technique, avant que les États membres ne donnent leur accord à l’unanimité.
Le processus d’adhésion de la Turquie est bloqué depuis des années en raison de divergences politiques et géostratégiques. L’UE reproche à Ankara des reculs démocratiques, notamment après le coup d’État manqué de 2016 et les purges qui ont suivi. Par ailleurs, la question de Chypre — où la Turquie occupe toujours le nord de l’île — reste un point de friction majeur, tout comme les désaccords sur les réformes constitutionnelles et la question kurde.