Le groupe italien Leonardo a officiellement ouvert une filiale à Kiev, en Ukraine, afin de renforcer sa présence sur le front technologique de la guerre des drones. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à capitaliser sur l’expertise ukrainienne en matière de systèmes sans pilote et d’intelligence artificielle militaire, comme le rapporte Euronews FR.

Ce qu'il faut retenir

  • Leonardo Ukraine, une filiale à 100 % du groupe italien, a été enregistrée en mai 2026 avec un capital social d’environ 100 000 euros.
  • Le groupe souhaite tester son système de défense aérienne Michelangelo Dome, complémentaire des batteries Patriot américaines ou des SampT européennes, avec un potentiel de chiffre d’affaires estimé à 20 milliards d’euros sur dix ans.
  • L’Ukraine est devenue un laboratoire militaire de pointe, transformant sa guerre de tranchées en un terrain d’innovation pour les drones et l’IA.
  • Le pôle d’innovation ukrainien Brave1, qui regroupe 2 500 entreprises, collabore avec des acteurs européens et américains pour renforcer la défense du pays.
  • Bruxelles aurait alloué jusqu’à 60 milliards d’euros pour soutenir la coopération militaire avec l’Ukraine, selon des appels d’offres publiés pour des drones de longue portée et des systèmes de surveillance.

Cette implantation s’ajoute aux efforts de l’Italie pour s’imposer comme un acteur clé dans le réarmement européen, dans un contexte où l’innovation militaire devient un enjeu stratégique. Leonardo, contrôlé par le ministère italien de l’Économie, mise sur l’Ukraine comme terrain d’expérimentation pour ses technologies futures, notamment son système Michelangelo Dome, conçu pour intercepter des menaces aériennes variées.

Un laboratoire ukrainien au service de l’innovation militaire européenne

Depuis le début de l’invasion russe en 2022, l’Ukraine s’est transformée en un pôle d’innovation militaire sans équivalent en Europe. Les contraintes du conflit ont forcé les ingénieurs locaux à développer des solutions adaptées aux réalités du terrain : navigation sans GPS, résistance aux brouillages électroniques, et reconnaissance automatique des cibles. Ces avancées, souvent sous-estimées en temps de paix, ont acquis une valeur stratégique pour l’industrie de défense européenne.

« En Ukraine s’est développée une expertise considérable dans ces systèmes, qui, en Europe, seraient au départ considérés comme simples, mais qui, de toute évidence, ne le sont pas lorsqu’il s’agit de les concevoir ou de les produire à grande échelle », a souligné Elio Calcagno, chercheur senior à l’Institut des affaires internationales (IAI), dans un entretien avec Euronews FR. « C’est une valeur énorme pour l’industrie européenne, y compris pour les ministères de la Défense, qui cherchent à planifier leurs achats à moyen et long terme. »

Cette dynamique a poussé Leonardo à créer une filiale dédiée, Leonardo Ukraine, dont l’objectif affiché est de mener des activités de recherche et développement en sciences et ingénierie pour des systèmes optiques et de navigation. Cette structure, enregistrée en mai 2026, s’inscrit dans la stratégie du groupe de s’implanter durablement dans un marché en pleine expansion.

Le Michelangelo Dome, un système de défense aérienne aux ambitions européennes

Parmi les projets phares de Leonardo en Ukraine figure le Michelangelo Dome, un système intégré de défense aérienne conçu pour compléter les dispositifs existants comme les batteries Patriot américaines ou les SampT européennes. Ce système, dont le chiffre d’affaires potentiel est estimé à 20 milliards d’euros sur dix ans, vise à répondre aux besoins croissants en matière de protection des espaces aériens européens.

« L’Ukraine a acquis, pendant le conflit, une expérience opérationnelle sans équivalent. Il faudra donc envisager également des formes de coopération avec l’industrie ukrainienne des drones », avait déclaré Lorenzo Mariani, directeur général de Leonardo, lors du salon aéronautique de Farnborough en juillet 2026. Cette coopération permettra de tester concrètement le Michelangelo Dome dans des conditions réelles, un atout majeur pour affiner ses performances et son intégration dans les systèmes de défense européens.

Le groupe italien n’est pas le seul à miser sur l’Ukraine comme terrain d’expérimentation. D’autres pays européens, comme l’Allemagne, renforcent leurs liens avec l’industrie locale, tandis que l’Union européenne a alloué jusqu’à 60 milliards d’euros pour soutenir la production de drones, de systèmes de guerre électronique et d’intelligence artificielle en Ukraine. Ces fonds visent notamment à financer des appels d’offres pour des drones d’attaque de longue portée, des aéronefs de surveillance et des véhicules sans pilote.

Brave1, le pôle ukrainien qui structure l’innovation militaire

Pour structurer cette dynamique, le gouvernement ukrainien a créé Brave1, un pôle public d’innovation regroupant quelque 2 500 entreprises spécialisées dans les drones, la guerre électronique et l’IA. Ce hub, qui s’appuie sur le Brave1 Dataroom – développé avec l’entreprise américaine Palantir –, met à disposition des données visuelles et thermiques recueillies en conditions réelles. Ces données servent à entraîner des algorithmes capables de reconnaître et d’intercepter les menaces aériennes.

« Ces dernières années, depuis la perspective de pays en paix comme le nôtre, apparaît de manière évidente et extraordinaire la capacité des Ukrainiens à créer un flux d’informations continu entre la première ligne, ceux qui combattent, et les ingénieurs des entreprises », explique Calcagno. Cette réactivité a permis des innovations rapides, comme la navigation sans GPS ou la résistance aux brouillages électroniques, des technologies désormais indispensables pour les systèmes de défense modernes.

L’Italie a également renforcé sa coopération avec l’Ukraine, comme en témoigne la rencontre, au printemps 2026, entre le ministre italien de la Défense Guido Crosetto et son homologue ukrainien Mykhailo Fedorov – ce dernier, figure clé de la guerre hybride, ayant été écarté par la suite par le président Zelensky. Cette collaboration s’inscrit dans une logique plus large de réarmement européen, où l’Ukraine joue un rôle central.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront des résultats des tests menés en Ukraine, notamment pour le système Michelangelo Dome. Une échéance clé sera la présentation des premiers bilans opérationnels, attendus d’ici la fin 2026. Par ailleurs, l’Union européenne pourrait accélérer le déblocage des fonds alloués à Brave1, sous réserve des avancées concrètes sur le terrain. Enfin, la production en Ukraine du missile Storm Shadow-Scalp, sous licence britannique, devrait également être suivie de près, dans un contexte où chaque donnée recueillie en conditions réelles devient un atout stratégique.

L’enjeu des données : un avantage compétitif pour l’Europe

Dans le domaine militaire moderne, les données issues des champs de bataille constituent la ressource la plus précieuse. Leur exploitation permet d’affiner les systèmes de défense et d’anticiper les menaces futures. L’Ukraine, en raison de son expérience unique, offre un terrain idéal pour ces expérimentations. « Absolument, ces informations sont utiles pour comprendre, par exemple, la réaction des systèmes russes de défense aérienne, combien de missiles parviennent à passer, et dans quelles conditions », précise Calcagno. Ces données sont donc un atout majeur pour les industriels européens.

Cette logique explique pourquoi des acteurs comme l’Allemagne ou l’Union européenne multiplient les partenariats avec l’industrie ukrainienne. L’objectif est double : soutenir Kiev dans sa résistance face à l’invasion russe, et renforcer les capacités de défense européennes. Dans ce contexte, l’implantation de Leonardo en Ukraine s’inscrit comme une étape clé pour l’industrie italienne, mais aussi pour l’autonomie stratégique du continent.

Pour l’Italie, cette initiative pourrait également ouvrir la voie à d’autres projets similaires, notamment dans le domaine de l’IA militaire ou des systèmes de guerre électronique. Le pays mise sur son expertise technologique pour se positionner comme un acteur incontournable, alors que les tensions géopolitiques en Europe orientale continuent de s’aggraver.

Le Michelangelo Dome est un système intégré de défense aérienne conçu par Leonardo pour intercepter des menaces variées, complémentaire des batteries Patriot américaines ou des SampT européennes. Son chiffre d’affaires potentiel est estimé à 20 milliards d’euros sur dix ans.