Le débat sur le déclin de la rationalité dans le monde contemporain gagne en intensité, à tel point que plusieurs médias internationaux en font la couverture cette semaine. Courrier International, dans son édition datée du 27 août 2026, consacre ainsi un dossier complet à cette question, s'appuyant sur des analyses parues dans des publications américaines et britanniques comme le New York Magazine ou le Temps. Le constat est partagé : notre époque semble confrontée à une forme d'inversion des valeurs intellectuelles, où le mensonge s'imposerait comme une vérité et où la stupidité serait parfois perçue comme de l'intelligence.

Ce qu'il faut retenir

  • Plusieurs intellectuels et journalistes s'interrogent sur l'existence d'une « ère de la stupidité » dans le monde actuel, marquée par une remise en cause des normes de la rationalité.
  • Aux États-Unis, des experts comme Stuart Jeffries estiment que la bêtise n'est plus un simple écart passager, mais une force historique capable de transformer les sociétés.
  • Une étude citée par le New York Magazine montre que les scores de QI, après des décennies de progression, commencent à reculer dans les pays développés depuis quelques années.
  • La surcharge d'informations et leur compression, amplifiée par les réseaux sociaux et l'intelligence artificielle, affaiblirait nos capacités cognitives, selon le journaliste Lane Brown.
  • Le Cap-Vert, souvent cité en exemple en Afrique pour son équilibre entre croissance économique et démocratie, illustre une exception à cette tendance générale.

Une époque où la bêtise devient une force

L'idée que nous vivrions dans une « ère de la stupidité » n'est pas nouvelle, mais elle gagne en crédibilité avec des prises de position comme celle de Stuart Jeffries, journaliste et critique britannique. Dans son essai A Short History of Stupidity, paru en 2025, il défend l'idée que la bêtise n'est pas un simple écart de conduite, mais une force historique capable de façonner les sociétés. « Nous vivons dans une société si décomplexée que beaucoup de dirigeants politiques surestiment leur intelligence sans jamais se sentir idiots. Ce n'est pas une stupidité éclairée, mais une stupidité brute, et c'est sans doute la plus dangereuse », expliquait-il dans une interview accordée au Temps en mars 2026. Son analyse rejoint celle d'autres observateurs, qui voient dans la remise en cause des faits établis une menace pour la démocratie.

Les réseaux sociaux et l'IA, accélérateurs de l'appauvrissement intellectuel ?

Parmi les facteurs avancés pour expliquer ce phénomène, la question de l'information occupe une place centrale. Lane Brown, auteur d'un article fouillé publié dans le New York Magazine et repris par Courrier International, pointe du doigt la surcharge cognitive à laquelle nous sommes soumis. Selon lui, nos cerveaux, hérités du paléolithique, ne sont pas conçus pour traiter l'afflux constant de données auquel les expose l'ère numérique. « Aujourd'hui, ces mêmes cerveaux sont bombardés chaque heure par les pensées de centaines d'inconnus. Sous toutes ses formes, la communication moderne nous met en relation avec bien plus d'esprits que ceux que notre cerveau est conçu pour gérer », souligne-t-il. Et la situation pourrait empirer avec l'intelligence artificielle, qui tend à compresser l'information jusqu'à en altérer la logique.

Cette idée est reprise par le biologiste David C. Krakauer, qui a consacré un numéro de la revue Nautilus à ce qu'il appelle « The Stupid Issue ». Dans un essai intitulé « Curieusement, le degré de stupidité disponible dans tout système s'avère directement proportionnel à son intelligence : plus on produit d'intelligence, plus on multiplie les démonstrations de bêtise », il illustre ce paradoxe par l'exemple d'une bibliothèque dont les ouvrages seraient progressivement remplacés par des résumés successifs, chacun amplifiant les erreurs du précédent. Un phénomène qui, selon lui, menace de nous éloigner toujours davantage des données originales.

Un déclin du QI confirmé dans plusieurs pays

Lane Brown s'appuie sur une étude controversée mais souvent citée pour étayer son propos : celle du déclin du QI dans les pays développés. Selon ses données, les scores de quotient intellectuel, après avoir progressé de près de 3 points par décennie entre les années 1930 et 2010, se mettent à reculer depuis quelques années. Ce phénomène, baptisé « lobotomie participative » par l'auteur, serait lié à plusieurs facteurs, dont la dégradation de la qualité de l'information et la fragmentation de l'attention. « Le QI reste un indicateur imparfait, mais la tendance est là », précise-t-il. Cette baisse s'observe aussi bien aux États-Unis qu'en Europe, et elle coïncide avec l'avènement des réseaux sociaux et des algorithmes de recommandation.

Le Cap-Vert, une exception en Afrique

Face à ce tableau général, certaines régions du monde semblent résister à cette dynamique. C'est le cas du Cap-Vert, un archipel d'Afrique de l'Ouest indépendant depuis 1975. Selon un reportage publié dans le magazine portugais Visão et repris par Courrier International, ce pays fait figure d'exception en combinant croissance économique et stabilité démocratique, sans disposer de ressources naturelles comme le pétrole ou les diamants. « Depuis son indépendance, l'archipel a réussi à allier développement et démocratie, une performance rare en Afrique », souligne le magazine. Cette réussite interroge : s'agit-il d'un miracle ou d'un mirage ? La question reste ouverte, mais le Cap-Vert suscite l'admiration de nombreux observateurs internationaux.

D'autres régions du monde confrontées à des défis spécifiques

Le dossier de Courrier International ne se limite pas à cette réflexion sur la stupidité. Il aborde également des enjeux géopolitiques et environnementaux qui illustrent les tensions actuelles. En Iran, par exemple, la guerre avec les États-Unis a aggravé une crise économique déjà profonde, poussant les commerçants à proposer des solutions de paiement différé pour attirer une clientèle en difficulté. « De plus en plus de boutiques iraniennes proposent des options « acheter maintenant, payer plus tard » », rapporte une correspondante du Financial Times, soulignant ainsi l'ampleur de la détresse économique.

En Algérie, les séquelles des essais nucléaires français entre 1960 et 1966 continuent de hanter les populations locales. Selon une enquête menée par Raseef22, 17 essais nucléaires ont été réalisés dans le Sahara algérien, dont 11 après l'indépendance du pays. Les sites contaminés portent encore les stigmates de ces essais, avec des conséquences sanitaires durables pour les habitants. « Des associations tentent de décontaminer les zones, mais l'accès aux cartes d'état-major françaises, toujours classifiées, reste un obstacle majeur », explique le média.

Et maintenant ?

Plusieurs pistes pourraient émerger dans les mois à venir pour tenter d'endiguer ce phénomène. D'abord, une réflexion sur l'éducation et la formation continue, afin de renforcer les capacités critiques des citoyens face à l'information. Ensuite, une régulation plus stricte des algorithmes des réseaux sociaux, souvent pointés du doigt pour leur rôle dans la diffusion de contenus polarisants ou trompeurs. Enfin, une attention accrue portée à la qualité de l'information, notamment dans le domaine scientifique, où la désinformation peut avoir des conséquences dramatiques. Pour l'heure, ces initiatives restent à l'état de projets, mais le débat est lancé.

Si l'idée d'une « ère de la stupidité » peut sembler exagérée, force est de constater que les signes d'un affaiblissement des capacités cognitives collectives se multiplient. Reste à savoir si les sociétés parviendront à inverser cette tendance avant qu'elle ne devienne irréversible.

Cette expression renvoie à l'observation, partagée par plusieurs intellectuels et médias, d'une remise en cause des normes de rationalité dans le monde contemporain. Selon eux, le mensonge serait parfois présenté comme une vérité, et la stupidité perçue comme une forme d'intelligence, notamment dans les sphères politiques et médiatiques.