Une tendance inquiète de plus en plus les dirigeants allemands et la presse s’en fait écho : les plus qualifiés et les plus aisés du pays le quittent. Selon Courrier International, tout est parti d’un post sur le réseau social X : Thorsten Alsleben, patron de l’Initiative Neue Soziale Marktwirtschaft (INSM), y racontait que cinq familles de son entourage proche partaient s’installer à Majorque ou au Portugal.
Karl Lauterbach (SPD), ancien ministre de la santé, a ironisé, parlant des « exagérations incessantes de jeunes gens qui ne supportent pas les cotisations retraite élevées (snif) et qui, par conséquent, émigreraient. On peut se passer de ces gens-là, s’ils existent vraiment ». Se disant mal compris, Karl Lauterbach a supprimé son message.
Ce qu'il faut retenir
- 97 000 départs l’an dernier, selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung
- Les Allemands qui s’expatrient sont majoritairement jeunes, aisés et diplômés
- Les destinations préférées sont la Suisse, les États-Unis et le Royaume-Uni, où la qualité de vie est bonne et la fiscalité faible par rapport à l’Allemagne
Un phénomène réel et chiffré
La Frankfurter Allgemeine Zeitung part de cet épisode pour documenter un phénomène réel et chiffré : 97 000 départs l’an dernier, du jamais-vu, portés par des jeunes diplômés lassés, selon l’économiste Stefan Kolev, du « rapport prix-prestations » de l’État allemand. « Dans le même temps, l’Allemagne perd de son attrait auprès des citoyens de l’UE », explique le journal, qui note que seules les arrivées du reste du monde permettent au solde migratoire de rester positif.
Les raisons de cette tendance
Or cela est insuffisant pour combler le déficit de main-d’œuvre lié au vieillissement de la population. Pire encore, les Allemands qui s’expatrient sont majoritairement jeunes, aisés et diplômés. C’est le cas de Johanna Gollnhofer : elle a préféré faire son doctorat en Suisse, où elle bénéficiait d’un financement intégral de son cursus, plutôt qu’en Allemagne où celui-ci n’était financé qu’à hauteur de la moitié de son coût. Une fois ses études terminées, Johanna est restée vivre et travailler en Suisse.
Les conséquences de cette tendance
Stefan Kolev, enseignant à l’université, constate que « le sujet de l’émigration est omniprésent parmi ses étudiants » et y a consacré un livre qui sortira à l’automne. Die Welt confirme cette tendance en citant une enquête récente, menée par le portail d’emploi Indeed, selon laquelle 54 % des foyers gagnant plus de 6 000 euros par mois se sont déjà renseignés sur l’expatriation.
Il reste à voir comment cette situation va évoluer dans les prochaines années. Une chose est sûre, cependant : les Allemands les plus aisés s’expatrient, et cela pourrait avoir des conséquences importantes pour l’avenir du pays.